
Paul Boudehent a accepté de dépanner le Stade Rochelais en deuxième ligne malgré les conséquences possibles sur son avenir international.
Frustré par son absence lors du Tournoi des Six Nations 2026, le troisième ligne a préféré placer les besoins de son club avant ses ambitions personnelles.
Le 28 février dernier, après la victoire rochelaise à Castres (26-31), Ronan O’Gara avait spontanément rendu hommage à son joueur. Boudehent venait alors de connaître sa neuvième titularisation en deuxième ligne dans une équipe frappée par les blessures.
O’Gara se sentait responsable
Paul Boudehent ne correspond pas au gabarit habituellement privilégié par le XV de France au poste de deuxième ligne. En l’utilisant régulièrement comme numéro 5, Ronan O’Gara craignait donc d’avoir fragilisé sa place chez les Bleus.
Le manager rochelais avait publiquement reconnu le sacrifice réalisé par son international.
« Paul fait beaucoup de sacrifices, je pense qu’il est pénalisé pour l’équipe de France parce qu’il joue n°5. Je dois le féliciter pour ce qu’il fait pour notre club. C’est un grand sacrifice surtout quand on voit les standards de l’équipe de France. Il est très triste de ne pas y être, j’en suis un peu responsable, je ne suis pas à l’aise avec ça. Mais Paul serre les dents. »
Après cette période passée dans la cage, Boudehent avait enchaîné cinq rencontres en troisième ligne. Une blessure rapidement contractée lors du barrage perdu à Paris avait ensuite anéanti ses derniers espoirs de participer à la tournée estivale avec le XV de France.
« Forcément, il y a de la frustration »
Nommé capitaine pour la première fois lors du match amical face à l’UBB, le flanker de 27 ans a pourtant retrouvé la deuxième ligne dès la première journée du Top 14.
Entré à la 32e minute contre Toulouse, il a livré une prestation remarquée face à l’attelage international composé de Thomas Flament et Emmanuel Meafou.
Interrogé par Sud-Ouest sur les conséquences possibles de ce repositionnement à un an de la Coupe du monde, Boudehent a d’abord préféré sourire.
Le Rochelais a ensuite reconnu avoir abordé ce sujet directement avec son manager.
« Qu’est-ce que je réponds à ça ? On a eu la conversation avec Ronan O’Gara. Forcément, il y a de la frustration. Mais la laisser durer dans le temps n’est bon ni pour l’équipe, ni pour moi. »
Plutôt que de subir cette situation, Boudehent a décidé de travailler pleinement ses repères aux deux postes de la deuxième ligne.
L’international français explique avoir volontairement mis son orgueil de côté.
« J’ai vraiment fait un travail sur moi en me disant : OK, quel est le mieux pour l’équipe ? Je suis 2e ligne, bascule tout de suite. Tu es aligné en 4 ou en 5 ? Eh bien, bosse 4 et 5, on verra pour le reste, la saison est longue. »
Il savait qu’une attitude négative aurait pu lui faire perdre la confiance du vestiaire.
« Il y a des moments où il faut mettre l’orgueil et la fierté de côté. Je pense avoir réussi à le faire. Si j’avais fait ma tête de cochon, si j’avais râlé, j’aurais fait une mauvaise prestation. En fait, j’aurais tout perdu, dont la confiance du groupe. Il n’y a rien de positif à ça. C’est un bon challenge. »
Un leader de plus en plus important
Ce dépannage pourrait devenir moins fréquent cette saison. La Rochelle a recruté Thomas Adelaïde et Theo McFarland, tandis que Salmaan Moerat et Will Skelton doivent encore retrouver la compétition.
Paul Boudehent devrait donc obtenir davantage de temps de jeu à son poste naturel, malgré une concurrence importante en troisième ligne. Son expérience acquise dans la cage pourrait également enrichir son profil en vue de la Coupe du monde.
Sébastien Boboul constate que le joueur prend une nouvelle dimension dans le groupe rochelais.
« Il est costaud, capable d’avancer sur du un contre un frontal comme d’aller assez vite. Il prend un peu plus d’ampleur, il est leader de touche, il arrive à parler. On peut s’appuyer sur lui, sur son vécu en club et à l’international. Il a une certaine expérience. »
Sa puissance, son activité et sa nouvelle polyvalence pourraient finalement devenir des arguments supplémentaires auprès du staff des Bleus, notamment pour affronter des équipes disposant de packs aussi imposants que celui de l’Afrique du Sud.







