
Le procès a constitué une étape majeure pour Shaun Hegarty, plus de quatre ans après la mort de son ami Federico Martín Aramburú. Profondément transformé par le drame, il reconnaît avoir perdu une partie de son insouciance et être devenu beaucoup plus vigilant pour ceux qu’il aime.
Mais malgré la colère accumulée, il refuse une chose : laisser la haine prendre une place dans sa vie. Le verdict lui a également permis de se libérer d’un poids qu’il portait depuis quatre ans.
Sa femme Miren l’a constaté : Shaun Hegarty n’est plus exactement le même homme.
Après ce qu’il a vécu, il ne prétend d’ailleurs pas pouvoir le rester. Il continue d’aimer les gens et de leur faire confiance, mais quelque chose s’est forcément brisé dans son rapport au danger.
« Moi, je n’ai plus peur. J’ai peur pour ceux que j’aime »
Le drame lui a fait prendre conscience que certaines situations qu’il aurait autrefois difficilement imaginées pouvaient réellement survenir.
Cette expérience a développé chez lui une forme de méfiance et surtout une vigilance beaucoup plus importante lorsqu’il s’agit de ses proches.
Dans Sud-Ouest, Hegarty résume aujourd’hui sa peur d’une manière particulièrement forte : elle ne concerne plus vraiment sa propre personne.
« Moi, je n’ai plus peur. J’ai peur pour ceux que j’aime. »
Cette évolution influence également la manière dont il souhaite accompagner ses filles.
Dans son Pays basque, qu’il considère comme un environnement protecteur, il veut continuer à leur transmettre des valeurs de partage et de joie plutôt qu’une vision du monde construite autour de la peur ou de la haine.
Un choix qui prend encore davantage de sens après les événements qu’il a traversés.
« La haine, je leur laisse »
La colère, en revanche, a existé.
Shaun Hegarty ne cherche pas à la nier. Mais il trace une frontière très nette entre cette colère et la haine.
Malgré tout ce qu’il a vécu, il refuse de conserver ce sentiment en lui.
« Non. J’ai été très en colère mais la haine, je leur laisse. »
Le procès devait aussi lui permettre d’avancer.
Après plusieurs années d’attente, Hegarty et les proches de Federico Martín Aramburú ont vécu plusieurs semaines particulièrement éprouvantes. Au-delà même du verdict, il retient notamment le sérieux avec lequel l’affaire a été examinée.
Trois semaines entièrement consacrées au procès
Shaun Hegarty avait décidé de rester à Paris pendant toute la durée des débats.
Il prenait des notes afin de conserver une trace de ce qui était dit, de suivre les témoignages et de ne rien oublier.
Il avait choisi de se consacrer totalement à cette étape.
« Je voulais vraiment être dans mon match. »
Le verdict n’était d’ailleurs pas le seul élément susceptible de lui apporter un certain apaisement.
Pour Hegarty et les proches de Federico Martín Aramburú, venus pour certains d’un autre pays, constater le sérieux des magistrats, des jurés et de l’avocat général avait une importance considérable.
« Il fallait rendre justice à Fede »
La reconstruction ne pouvait pas être uniquement individuelle.
Shaun Hegarty considère le procès comme une étape vécue collectivement avec ses proches et la famille de son ami.
Pour lui, la justice devait nécessairement jouer son rôle afin qu’ils puissent avancer.
« C’était une étape importante. Et collective. Pour moi, mes proches et la famille de Federico. C’était important qu’on traverse tout ça ensemble. Il fallait rendre justice à Fede. Tout seul, on ne peut pas le faire. Il faut que ça se fasse par la justice. »
Une phrase prononcée par son avocate Véronique Massi a particulièrement résumé ce qu’il traversait depuis quatre années.
Elle lui a dit : « Shaun, ça fait quatre ans qu’il ne respire plus. »
Des mots dans lesquels Hegarty s’est reconnu.
Lorsque le verdict est finalement tombé, il a senti quelque chose se relâcher.
« C’est vrai qu’à partir du moment où le verdict est tombé, j’ai été délesté d’un poids. »







