
Romain Ntamack a retrouvé le sourire et ses sensations. Après plusieurs mois marqués par les blessures, la perte de confiance et les interrogations, l’ouvreur du Stade Toulousain a profondément revu son approche du rugby.
Jusqu’à faire appel à un psychologue après sa fracture du rein puis sa déchirure à l’ischio. Un travail qui lui a notamment appris à lâcher prise, à davantage penser à lui et, surtout, à remettre le plaisir de jouer au centre de ses priorités.
Les chiffres confirment les sensations de Romain Ntamack.
Malgré seulement dix jours de préparation collective, l’ouvreur Toulousain a pu participer quasiment intégralement aux quatre premières rencontres de la saison, avec 296 minutes disputées sur 320 possibles.
Et physiquement, les voyants sont au vert.
« J’ai rarement eu des tests aussi bons »
Après une période durant laquelle son corps l’a régulièrement contraint à s’arrêter, Ntamack savoure forcément cette situation.
L’international Français estime même afficher actuellement certaines de ses meilleures données physiques. Il s’est confié pour L’équipe :
« C’est déjà un gros début de saison avec presque quatre matches pleins. Même si les vacances ont été courtes et que je n’ai effectué que dix jours de préparation, je me sens bien physiquement. Toutes mes données sont au vert. J’ai rarement eu des tests aussi bons notamment sur les mètres parcourus aux entraînements, sur les distances à haute intensité, les répétitions de sprints. Idem sur le test Bronco et le test Maxwell où j’ai amélioré mes temps. »
Cette excellente condition ne l’empêche pas d’insister sur la nécessité de préserver les joueurs tout au long de la saison.
Pour Ntamack, la gestion des organismes ne doit surtout pas devenir une préoccupation uniquement à l’approche d’une Coupe du monde.
« J’espère que cette petite coupure va être bénéfique. Notre staff a toujours été très attentif à la gestion de l’effectif. Il ne faut pas attendre une année de Coupe du monde pour protéger les joueurs. Il faut le faire tout le temps et pas que les internationaux. Les saisons sont longues et compliquées. Quand vous commencez à dépasser les 25 matches par saison, c’est déjà beaucoup. Le casse-tête est permanent. »
Dix jours de préparation avec un seul mot d’ordre : le plaisir
Ntamack n’est pourtant pas resté totalement inactif pendant ses congés.
Il a coupé durant quinze jours avant de reprendre progressivement afin de ne pas revenir trop loin physiquement de ses partenaires.
Mais contrairement à une préparation estivale classique, il a très rapidement retrouvé le ballon et le collectif.
Une façon de travailler qui lui a également fait beaucoup de bien mentalement.
« Pendant mes quatre semaines de congé, j’ai coupé pendant quinze jours puis j’ai repris progressivement pour ne pas arriver à la rue par rapport à mes coéquipiers. Sans oublier que la préparation physique, même si elle a beaucoup évolué, n’est pas le moment le plus sympa d’une saison. En attaquant très vite avec le groupe et avec du ballon, ça m’a fait du bien au moral. Durant ces dix jours, les mots d’ordre ont été : envie et plaisir. »
Ce dernier mot n’a rien d’anodin.
Car pendant plusieurs mois, Romain Ntamack avait justement perdu cette sensation.
« Je ne prenais plus de plaisir sur le terrain »
Sa fracture du rein durant l’hiver dernier a provoqué une profonde remise en question.
Depuis cet épisode, l’ouvreur a décidé de replacer une notion très simple au sommet de ses priorités.
« Depuis ma blessure l’hiver dernier, je m’étais remis en question sur beaucoup de choses. J’ai remis le plaisir de jouer au rugby au centre de tout. C’est ce qui m’anime quotidiennement. »
Ntamack reconnaît aujourd’hui ouvertement qu’il avait fini par perdre ce plaisir.
Et un cercle vicieux s’était progressivement installé.
Blessé, moins performant et en manque de confiance, il n’arrivait plus à sortir de ses interrogations.
« Oui. Quand j’étais en difficulté à cause de mes blessures, je ne prenais plus de plaisir sur le terrain. Du coup, dans ce cas, vous êtes moins bon, vous cogitez, vous perdez confiance et vous n’arrivez pas à vous en sortir. Je me suis recentré pour retrouver mes priorités. J’ai effectué un gros travail sur moi-même. Ça se ressent sur le terrain. »
Ntamack a fait appel à un psychologue
La fracture du rein subie en décembre 2025 n’a pas été le seul coup dur.
À peine revenu, Ntamack a été victime d’une déchirure à l’ischio en février.
C’est à ce moment-là qu’il a décidé de chercher une aide extérieure.
L’international Français révèle avoir entamé un travail avec un psychologue afin de mettre des mots sur certaines choses dont il n’avait lui-même pas conscience.
« Après ma fracture du rein, et surtout ma déchirure à l’ischio juste après ma reprise, j’ai fait appel à un psychologue pour me faire exprimer des choses dont je n’avais pas conscience. Ça m’a fait du bien. Je l’ai beaucoup consulté jusqu’à la fin de la saison dernière et je continue ce travail de temps en temps. »
Un accompagnement qui ne s’est donc pas arrêté avec son retour sur les terrains.
Et le travail effectué a notamment modifié sa manière d’appréhender son rôle au sein d’une équipe.
« Je me devais d’être plus égoïste »
Pendant longtemps, Ntamack a énormément réfléchi à ce qu’il devait apporter aux autres.
À un poste aussi central que celui d’ouvreur, il cherchait constamment à mettre ses partenaires dans les meilleures conditions.
Mais à force de penser au collectif, il estime s’être parfois oublié.
Son travail psychologique lui a permis de comprendre qu’il devait également penser davantage à son propre jeu.
« La notion de lâcher-prise, de me recentrer un peu sur moi aussi. Même si je pratique un sport collectif, au sein duquel j’ai un rôle central, je me devais d’être plus égoïste, dans le bon sens du terme. Je pensais souvent au bien-être du collectif, de mettre mes coéquipiers dans les meilleures situations possibles, mais j’en oubliais parfois de jouer mon jeu. Je m’effaçais. »
La prise de conscience a été importante : penser davantage à lui ne signifiait pas pénaliser le collectif.
Bien au contraire.
« Je me sens libéré. Si la tête va, le corps suit »
Ntamack assure aujourd’hui constater directement les effets de cette nouvelle approche sur son rugby.
Il cherche moins à analyser indéfiniment chaque difficulté et accepte davantage qu’une mauvaise performance puisse simplement arriver.
Une évolution qu’il associe également à la maturité acquise au fil des années.
« Il m’a fait prendre conscience que je devais aussi penser à moi pour retrouver ce plaisir, ce qui n’allait pas empêcher le collectif d’être performant. Ç’a porté ses fruits. Je me sens libéré. Si la tête va, le corps suit. Avant, je cherchais peut-être trop à comprendre quand un truc ne se passait pas comme prévu. Maintenant, j’essaie de vite passer à autre chose, d’accepter qu’il y a eu un jour sans. Avec la maturité, j’ai pris plus de recul. Je relativise. »
Après des mois durant lesquels les blessures avaient progressivement fait disparaître son plaisir, Romain Ntamack a donc changé son approche. Moins de cogitations, davantage de lâcher-prise et une priorité redevenue essentielle : prendre du plaisir sur un terrain de rugby.







