
La victoire bonifiée du Stade Rochelais face aux Lions (31-14) est passée au second plan, samedi, dans une atmosphère particulièrement lourde. Au lendemain du décès tragique du deuxième ligne sud-africain Hyron Andrews, Ronan O’Gara a livré une conférence de presse chargée d’émotion.
Le manager irlandais a notamment raconté un moment de solidarité exceptionnel entre les deux équipes, tout en évoquant ses propres souvenirs douloureux. Sur le plan sportif, il n’a pas caché les insuffisances de son équipe malgré les cinq points récoltés.
Il était difficile de parler uniquement de rugby après une telle rencontre. La disparition d’Hyron Andrews, survenue vendredi, a profondément marqué les joueurs des Lions et du Stade Rochelais.
Pour Ronan O’Gara, préparer son équipe dans ces circonstances relevait presque de l’impossible. Le technicien a reconnu que l’émotion avait pesé sur l’ensemble de la rencontre.
Une soirée marquée par la solidarité entre les deux clubs
Habituellement très exigeant sur la performance de ses joueurs, O’Gara a cette fois préféré insister sur l’essentiel.
Pour Midi Olympique, il a décrit une préparation particulièrement difficile, rappelant que certaines épreuves dépassent largement le cadre sportif.
« J’ai essayé de préparer l’équipe pour ce match, mais c’était vraiment bizarre. La journée d’hier (vendredi) a été très dure. Ce n’est pas tant compliqué pour moi personnellement, mais c’est profondément triste. Je n’aurais jamais pensé devoir jouer un match après avoir appris une telle nouvelle. Mais il a fallu faire avec. Aujourd’hui, il n’y avait pas d’étincelle sur le terrain ni dans les tribunes. Il y a des choses bien plus importantes que le rugby. Nos pensées vont avant tout à la famille d’Hyron. C’est un rappel brutal de la fragilité de la vie. »
Au-delà des hommages organisés à Marcel-Deflandre, c’est surtout ce qui s’est passé dans les coulisses qui a marqué l’ancien international irlandais.
Vendredi après-midi, il avait notamment pris le temps d’échanger avec la délégation sud-africaine autour d’une bière, retrouvant Morné Steyn, ancien ouvreur des Springboks et du Stade Français, aujourd’hui membre de l’encadrement des Lions.
Les deux hommes ont évoqué quelques souvenirs de la tournée des Lions britanniques en 2009. Mais c’est une scène survenue après le match qui a particulièrement ému O’Gara : la réunion d’une soixantaine de joueurs des deux équipes dans un même vestiaire.
Le manager rochelais a longuement insisté sur la force de ce moment collectif.
« C’était extrêmement difficile pour eux, d’autant qu’ils doivent enchaîner avec Édimbourg puis Glasgow. Quand un tel drame survient, cela ne vous frappe pas forcément sur le coup, mais le choc ressenti résonne avec le temps. J’ai passé du temps avec eux hier après-midi, on a échangé autour d’une bière. Il y avait Morné Steyn (ndlr : ancien ouvreur des Springboks et du Stade français, consultant du jeu au pied dans le staff des Lions).
On s’est rappelé quelques souvenirs d’une tournée des Lions Britanniques en 2009, j’avais notamment lancé la carrière de Morné (Rires). Plus sérieusement, voir soixante mecs, les joueurs du Stade Rochelais et les joueurs des Lions réunis dans le même vestiaire après le match pour partager cette peine, c’est fort. Notre club a de grands hommes, que ce soit chez les joueurs ou dans le staff. Personne n’est resté étranger à cette douleur. Cela montre les valeurs que ce club est capable de transmettre, et c’est ce qui compte le plus pour la vie après le rugby. »
Anthony Foley, les attentats et une réflexion personnelle
Cette tragédie a également réveillé des souvenirs douloureux chez Ronan O’Gara.
Le décès d’Hyron Andrews intervient dix ans après celui d’Anthony Foley, figure emblématique du Munster, disparu brutalement en octobre 2016.
L’ancien ouvreur irlandais a également repensé aux attentats du Bataclan, alors qu’il travaillait à Paris, et à celui de Christchurch.
Ces événements l’ont amené à s’interroger sur sa propre manière d’aborder la vie et la compétition.
« Oui, les dix ans de la disparition d’Anthony Foley étaient déjà présents dans ma tête. Axel était l’homme d’un seul club, tout comme moi au Munster. Je pensais aussi aux événements tragiques que j’ai pu traverser par le passé, comme le Bataclan quand j’étais à Paris ou l’attentat de Christchurch. Tout cela remet les choses en perspective. Cela montre à quel point tout est fragile. C’est peut-être aussi une leçon pour moi : je ne devrais pas prendre la vie autant au sérieux comme je peux le faire. »
« On a eu énormément de chance de prendre ces cinq points »
Malgré ce contexte exceptionnel, le Stade Rochelais a réussi à décrocher une victoire bonifiée importante pour lancer sa campagne européenne.
Mais Ronan O’Gara n’a pas été convaincu par la prestation de ses joueurs.
Le manager a notamment regretté une première période trop timide dans les collisions, qui l’a conduit à effectuer plusieurs changements dès la pause.
Il reconnaît que les Rochelais ont été loin de leur meilleur niveau, même si les circonstances ont forcément pesé sur les organismes et les esprits.
« On a eu énormément de chance de prendre ces cinq points. Je ne suis pas aveugle ni bête, mais je les prends ! L’an dernier, ce genre de match, on aurait pu le perdre. Sur le plan comptable, nous sommes lancés avant un grand rendez-vous dimanche prochain. Mais aujourd’hui, la priorité était de penser à la famille d’Hayron, de bien se reposer et de recharger les batteries. »
« Pour être gentil, nous avons été moyens lors du premier acte. Les mecs qui débutent doivent apporter un véritable impact. En première période, il nous a manqué cette « grinta », cette agressivité nécessaire pour aller mettre le nez là où personne ne veut le mettre. En seconde mi-temps, l’attitude a été bien meilleure, même si tout n’était pas parfait. Il faut aussi comprendre que les joueurs étaient tous perturbés par la nouvelle de la veille. »
Valentin Bouju a bluffé son entraîneur
Si la performance collective n’a pas totalement satisfait O’Gara, certains joueurs ont néanmoins marqué des points.
C’est notamment le cas de Valentin Bouju, dont l’audace en fin de rencontre a particulièrement séduit son manager.
À la 77e minute, alors que les organismes étaient fatigués, le jeune joueur a choisi de jouer rapidement un bras cassé pour exploiter un espace dans la défense adverse.
Une initiative qui n’a pas débouché sur un essai, en raison d’un en-avant de Tolu Latu, mais qui a impressionné le technicien.
O’Gara voit dans cette prise de responsabilité la preuve du potentiel important de Bouju.
« Je ne devrais pas être surpris, mais je suis soufflé, c’est du très haut niveau ! Ce qui m’a le plus plu, c’est sa prise d’initiative : jouer rapidement un bras cassé après 77 minutes de jeu alors que tout le monde tirait la langue. Il a vu l’espace et il y est allé. Dommage que Tolu (Latu) ne commette un en-avant. Mais j’adore cette prise de responsabilité. Valentin a une énorme marge de progression, et il sait aussi très bien botter ! C’est la prochaine étape. »







