
La victoire du Stade Rochelais face aux Lions (31-14), samedi en Champions Cup, est passée au second plan pour Ronan O’Gara. Profondément marqué par la mort d’Hyron Andrews, survenue vendredi à l’hôtel de la formation sud-africaine sur l’île de Ré, le manager irlandais a vécu un moment particulièrement douloureux.
Cette disparition a ravivé le souvenir de son ami Anthony Foley, décédé exactement dix ans plus tôt, dans des circonstances similaires.
Le 16 octobre 2016, le rugby européen était frappé par la disparition d’Anthony Foley. Ancienne figure emblématique du Munster, dont il était devenu le manager, l’Irlandais avait été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel à Suresnes, alors que son équipe devait affronter le Racing 92 en Coupe d’Europe.
Ronan O’Gara, qui travaillait alors au sein du staff francilien, avait été profondément touché par la perte de son ancien compagnon de route.
Dix ans plus tard, jour pour jour, la mort d’Hyron Andrews, deuxième ligne sud-africain de 31 ans, a brutalement fait ressurgir ces souvenirs.
« Axel est présent dans mes pensées chaque jour »
Pour Ronan O’Gara, Anthony Foley n’appartient pas simplement au passé. Son ancien coéquipier reste une présence quotidienne, intimement liée à son histoire personnelle et à celle du Munster.
Après la rencontre contre les Lions, le technicien rochelais a évoqué avec émotion ce lien qui ne s’est jamais effacé.
« Depuis dix ans, « Axel » est présent dans mes pensées chaque jour. Il n’est pas question de dixième anniversaire, du genre : « Tiens, ça fait dix ans ». « Axel » est resté fidèle à un seul club, tout comme moi. Le Munster représentait tout pour nous. Depuis que je suis parti en 2013, je suis toujours en déplacement et on s’imagine qu’en retournant à Limerick, on va croiser « Axel ». Mais on ne le verra pas, ce qui ne change rien au fond. »
La coïncidence des dates a rendu la disparition du joueur des Lions encore plus difficile à appréhender.
Elle a également rappelé à O’Gara d’autres événements tragiques dont il a été géographiquement proche au cours de sa carrière, notamment les attentats de Paris en 2015 et ceux de Christchurch en 2019.
« Je devrais peut-être prendre la vie un peu moins au sérieux »
Au-delà du rugby, c’est la fragilité de l’existence qui a profondément interrogé le manager rochelais.
La situation familiale d’Hyron Andrews, qui laisse derrière lui une épouse et deux enfants, a particulièrement retenu son attention.
Dans L’équipe, Ronan O’Gara a livré une réflexion très personnelle sur les épreuves auxquelles certaines familles sont confrontées.
« J’ai trouvé ça tout simplement surréaliste qu’une telle chose se produise un 16 octobre. Ça m’a fait un choc. Hier soir, je pensais à ma femme : j’étais à Paris lors des attentats du Bataclan, j’étais à Christchurch lors de l’attaque de la mosquée. Cela montre à quel point tout est fragile. C’est une leçon pour moi, en tant qu’entraîneur : je devrais peut-être prendre la vie un peu moins au sérieux. On finit par se demander pourquoi certaines personnes subissent de telles épreuves. Ce n’est peut-être pas la bonne façon de voir les choses, mais voilà… La femme d’Hyron, ses deux enfants… Qui doit gérer tout ce chaos ? »
O’Gara s’est rendu auprès des Lions dès vendredi
Dès l’annonce du décès, le manager rochelais a souhaité apporter personnellement son soutien à la délégation sud-africaine.
Vendredi après-midi, il s’est rendu à l’hôtel Atalante de Sainte-Marie-de-Ré, où séjournaient les Lions, accompagné notamment du directeur général Pierre Venayre et de plusieurs joueurs sud-africains du Stade Rochelais : Dillyn Leyds, Salmaan Moerat et David Kriel.
Sur place, O’Gara a retrouvé d’anciennes connaissances du rugby international, dont Morné Steyn et Jaque Fourie, aujourd’hui membres du staff des Lions.
Malgré la douleur, quelques souvenirs communs ont permis de partager des instants plus légers.
Le manager rochelais a notamment plaisanté sur la tournée des Lions britanniques et irlandais en Afrique du Sud en 2009.
« J’ai de bons souvenirs avec certains d’entre eux, même si normalement ce devrait être de mauvais souvenirs parce que c’était lors de la tournée des Lions britanniques et irlandais en 2009. J’ai lancé leurs carrières dans un très bon sens pour eux. Vingt ans après, on est capables de rigoler ensemble, autour d’une bière. On a parlé de choses comme ça. »
« On a partagé la douleur des Lions »
Ronan O’Gara ne pensait pas initialement que la rencontre de Champions Cup pourrait être maintenue après un tel drame.
Samedi, le résultat sportif lui a semblé secondaire face à la douleur des joueurs sud-africains.
Le manager rochelais a surtout retenu l’attitude du public de Marcel-Deflandre, notamment les applaudissements à la cinquième minute, en hommage au numéro porté par Hyron Andrews.
Un élan de solidarité qui lui a donné une immense fierté d’appartenir au Stade Rochelais.
« J’étais fier d’être le manager de ce club quand j’ai vu les applaudissements à la cinquième minute et aussi après le match. On a partagé la douleur des Lions, on a passé du temps avec eux pour leur montrer qu’ils n’étaient pas seuls. C’est le plus important. »







