Ce jeudi, les deux joueurs Français Oscar Jegou et Hugo Auradou vont témoigner devant les enquêteurs de Mendoza pour raconter leur version des faits.
C’est vers 15h00 heure française, ce jeudi, que les deux internationaux Français vont prendre la parole.
Ils répondront également aux nombreuses questions des enquêteurs.
A l’approche de cette audition, le grand frère de la plaignante âgée de 39 ans a accepté de répondre à un entretien exclusif effectué par Le Parisien.
Le grand frère de la plaignante – qui est avocat – a expliqué pourquoi il a accepté de sortir du silence. Extrait:
Parce que beaucoup de choses se disent sur l’affaire, dans les médias notamment. De nombreux éléments ressortent des audiences. Ça me paraît important que les gens connaissent la réalité, sachent comment se vivent les choses de l’intérieur quand une personne a été victime de violence ou d’un viol. Quand on analyse tout ça en détail, l’unique stratégie des avocats des accusés est de mentir, semer des doutes. Pour essayer de minimiser ou atténuer des faits qui, pour moi, sont impossibles à défendre.
Il affirme, avec sa famille, vivre une immense douleur face aux faits qui sont rapportés. Extrait:
Avec le temps, on se rend compte de ce qu’il s’est passé. Chaque membre de la famille le vit d’une manière différente. Quand tu imagines ce que ma sœur a vécu… Ça nous procure une douleur immense. Mon petit frère fait des cauchemars, il souffre lui aussi d’une forme de stress post-traumatique, comme s’il avait vécu les faits. Pour mon père (avocat également), c’est indescriptible.
Dans la foulée, il peste contre le fait que l’avocat des deux joueurs Français soit le frère du Ministre de la Justice Argentine.
Selon lui, les deux inculpés ont bénéficié d’avantages qu’ils n’auraient pas dû avoir. Extrait:
Il y a une question politique en jeu. Normalement, une personne mise en examen à Mendoza, même avec moins de preuves que dans cette affaire, aurait été placée en détention provisoire. Là, le fait que les accusés aient obtenu si rapidement le placement en résidence surveillée (le 17 juillet, cinq jours après leur mise en examen), ça pose forcément question.
C’est un avantage accordé à deux joueurs de rugby connus, qui sont représentés par un avocat (Rafael Cúneo Libarona) dont le frère est ministre de la Justice. C’est quelque chose d’étrange. Les versions de chaque camp sont totalement opposées. Mais il y a des éléments incontestables à mon sens. Nous sommes à 100 % convaincus qu’il y a eu un viol qui justifie une mise en examen des accusés puis leur condamnation. Ils ne devraient pas avoir droit à ces privilèges.
Il indique clairement avoir peur que la justice ne soit pas rendue dans cette affaire. Extrait:
Des éléments démontrant qu’il y a eu un acte non consenti, un viol, à commencer par la quantité de lésions (quinze) constatées par le médecin légiste le jour du dépôt de plainte (le 7 juillet).
Elle a dit non. (Il insiste.) Les preuves sont flagrantes. Nous avons peur que la justice ne soit pas rendue, que des pressions politiques influencent le procureur en charge de l’affaire (Darío Nora), qui a pourtant la réputation d’être dur.
Dans la foulée, il exprime toute sa peine de savoir que sa sœur a été victime d’un viol et de violences physiques. Extrait:
J’étais en vacances, loin de Mendoza. Ma famille n’a pas tout de suite voulu m’expliquer en détail. Ça m’a détruit. Ma sœur venait de se séparer de son ex-compagnon. Ce viol va l’affecter toute sa vie. (Il marque une pause) C’est ma petite sœur. C’est mon sang. (Silence) Là, on fait une interview, mais en vérité, c’est avec un psychologue que je devrais parler.
Toute ma vie, je me suis considéré suffisamment fort pour ne jamais consulter. Mais là… (Natacha Romano, l’avocate de la plaignante, intervient : « L’autre frère de la victime, plus jeune, m’a envoyé un message quelques jours après le dépôt de plainte pour me dire qu’il ne pouvait pas dormir, ni arrêter de penser à ce qu’avait vécu sa sœur. Il a perdu le sommeil pendant une semaine. ») C’est très dur.
La douleur est immense pour ma sœur et toute ma famille. Mon père et ma mère sont brisés moralement. Notre famille est très traditionnelle. Mon papa est avocat. Ma mère, femme au foyer, a toujours été présente pour nous, tout en aidant mon père en gérant la partie administrative. Ma sœur vit avec eux. Elle travaille dans le secteur de la justice également.
Il explique comment sa sœur a eu le courage de dénoncer ce viol. Extrait:
Elle est rentrée à la maison (le matin du 7 juillet, en venant de l’hôtel Diplomatic, où se seraient produits les faits.). Elle avait honte au début. Elle a fait une sieste. Puis elle a courageusement parlé à mes parents, leur a montré les marques (sur son corps). Elle a voulu faire quelque chose rapidement avant qu’ils (les joueurs) ne quittent le pays.
Ma mère était sous le choc. Mon père a commencé à se taper la tête contre le mur. Littéralement. Il fait abstraction de son propre état de santé pour soutenir sa fille. (L’avocate ajoute : « En se levant de sa sieste, elle a montré les marques de coups à sa mère et il n’y a eu aucun doute. Sa mère l’avait vue vers 2 heures du matin avant qu’elle sorte en boîte de nuit, puisque la plaignante lui avait laissé sa fille. Ma cliente a porté plainte quelques heures après les faits, le jour même, sans même enlever les vêtements qu’elle portait la nuit en question. C’est fondamental.)
Il l’affirme : sa sœur est détruite moralement et physiquement. Extrait:
Elle est brisée, détruite moralement et physiquement. Et ce n’est que le début. Avant son audition (ce mardi, devant le parquet de Mendoza), je l’ai vu démoralisée, très mal. Le temps passe, ça fait déjà un mois. Les gens ne comprennent pas la mécanique psychologique derrière les violences sexistes. Ce qu’elle vit correspond à ce que vit quelqu’un qui a été victime d’un abus.
Au début, tu ne sais pas comment réagir, puis tu réalises, ce qui peut prendre plus ou moins de temps. Certaines victimes s’en rendent compte au bout de plusieurs années. Grâce à son amie, mes parents et Natacha (Romano, son avocate), elle a réalisé très vite.
Pour conclure, il indique que les deux enfants de sa sœur doivent absolument être préservés. Extrait:
Non. On souhaite qu’ils ne sachent absolument rien. C’est pour ça qu’on ne veut pas dévoiler l’identité de ma sœur. Je vous parle aujourd’hui parce qu’on veut que la justice soit rendue. Pour expliquer ce que traverse une famille dont l’un des membres a souffert d’un viol. Pour que la société fasse preuve d’empathie. Et je ne dis pas qu’elle en manque. Mais je crois que la défense, qui utilise beaucoup de témoignages inutiles dans l’instruction du dossier, a toutes les armes pour mentir et semer la confusion.
Elle s’en sert pour minimiser les marques par exemple. Ou en mentionnant ces messages audio échangés avec son amie (sur WhatsApp) après la soirée. C’était une conversation intime entre deux amies encore un peu sous l’effet de l’alcool à ce moment-là. Ce n’est pas un élément valide et suffisant en comparaison avec les marques qui apparaissent sur son corps et sont très parlantes. Si elle a dit non, c’est non. Peu importe le langage, ça se comprend.







