Le Stade de France a été le théâtre, jeudi soir, d’un geste d’une rare élégance lors de la victoire des Bleus contre l’Irlande (36-14). À la 47e minute, Thomas Ramos a délivré une passe décisive du pied gauche à l’extérieur pour Louis Bielle-Biarrey, un geste d’une précision chirurgicale qui relance le débat sur son talent balle au pied.
Un geste « désespéré » ou une technique pure ?
Interrogé sur cette action magistrale, l’arrière toulousain a fait preuve d’une grande modestie, évoquant un concours de circonstances favorables. « Avec le rebond, je n’avais quasiment que ça à faire. C’est un jeu au pied désespéré. Je me dis juste qu’il faut que j’essaie de mettre le ballon du côté de Louis Bielle-Biarrey parce que je sais qu’il sera là. Mais je ne vais pas vous dire que je l’ai fait exprès. Quand je revois l’image et que je vois comment je touche le ballon, je constate que j’ai quand même eu beaucoup de chance. »
Pourtant, pour les observateurs, la chance n’explique pas tout.
Élie Baup, ancien entraîneur de football de renom, voit dans ce geste une intentionnalité et une gestuelle propres aux footballeurs de haut niveau. Il s’est confié dans les colonnes de L’Équipe : « Sa passe, tu te dis d’abord qu’il la fait comme il peut. Mais quand tu revois l’action au ralenti, tu te rends compte que c’est tout le contraire. Il la joue comme ça parce qu’il sait que c’est la meilleure solution. Jouer au pied, pour lui, ce n’est pas juste taper dans un ballon, c’est faire des vraies passes de footballeur qui arrivent dans les bras ou dans la course du partenaire. Ramos a tous les réflexes et la gestuelle d’un footeux. Pareil quand il bute. On dirait un mec qui s’apprête à tirer un coup franc. »
Un travail acharné et une vision hors norme
Cette prouesse n’est pas un cas isolé dans la carrière de Thomas Ramos. Habitué à offrir au public grands ponts et déviations astucieuses, l’arrière toulousain doit cette maîtrise à un entraînement rigoureux.
Son ancien coéquipier Sofiane Guitoune témoigne : « Thomas est très doué des deux pieds. Il ne le doit qu’à lui. Certains naissent ambidextres, mais lui, c’est du travail. À Toulouse, on fait une fois par semaine une séance de foot et il prend toujours ça très à cœur. Il est un des meilleurs, mais pas forcément le plus fort, parce qu’il y a d’autres joueurs surprenants. Rodrigue Neti, par exemple, est très, très bon au foot. Ses gestes du pied, Thomas ne les tente pas juste pour réussir un exploit. Il préférera toujours quelque chose de plus simple à réaliser si ça doit être aussi efficace. En revanche, il ne se retiendra pas de les oser si la situation l’exige. Disons que sa vision du jeu, sa confiance en lui, sa technique et son sang-froid lui permettent de réaliser le bon geste juste au bon moment. »
Cette capacité à lire le jeu plus vite que les autres fait l’unanimité, y compris chez ses adversaires. Ronan O’Gara, manager de La Rochelle, loue ses qualités dans les colonnes de l’Irish Examiner : « Thomas Ramos joue un jeu différent, à un rythme plus rapide, avec deux secondes d’avance sur tous les autres. C’est un joueur exceptionnel, le meilleur parmi les meilleurs. »







