Le retour aux huit changements en Top 14 et Pro D2, prévu dès la saison prochaine, divise déjà. Une clause spécifique du règlement soulève une vive polémique : l’exception accordée aux piliers et talonneurs. Contrairement aux autres postes, un joueur de première ligne remplacé peut réintégrer le terrain si son remplaçant se blesse.
Cette mesure, instaurée pour renforcer la sécurité en mêlée, fait craindre des abus. En effet, si le remplaçant simule une blessure, le titulaire, souvent plus performant, pourrait revenir sur le terrain, créant une faille réglementaire difficile à contrôler.
Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR, n’hésite pas à dénoncer ce risque : « Il y aura des tricheries, c’est certain. Ce n’est pas un secret malheureusement. Comme pour tout règlement, des personnes essaieront de jouer avec pour en tirer profit. Cela arrivait par le passé et ça arrivera demain. Lors de la dernière Coupe du monde, des joueurs étaient sortis sur protocole commotion de manière vraiment suspecte. »
Le corps médical se retrouve donc face à un dilemme :
– La parole du staff médical fait foi, et ni l’arbitre ni le délégué ne peuvent contester une déclaration de blessure.
– Le principe de précaution interdit de forcer un joueur de première ligne à disputer une mêlée s’il se dit blessé, le risque de blessure grave étant trop élevé.
– Aucun contrôle post-match n’est effectué pour vérifier la réalité des blessures, la LNR jugeant ces vérifications inutiles.
Bernard Dusfour explique d’ailleurs : « Quand on vous dit qu’un pilier a mal au dos par exemple, vous devez croire le staff médical. C’est logique. Que voulez-vous faire ? C’est impossible de prendre le risque et de laisser un joueur amené à faire des mêlées sur le terrain. Je serai toujours pour la précaution dans ces cas-là. Parfois on nous mentira, mais c’est ainsi. »
Ce règlement pose un vrai casse-tête éthique. La sécurité des joueurs reste la priorité absolue, mais certains craignent que cette « malice » tactique ne devienne un levier déloyal pour faire revenir des joueurs cadres en fin de match. Pour les instances, il vaut mieux tolérer quelques tricheries que de mettre la vie d’un joueur en danger lors d’une mêlée écroulée.
Un débat qui promet de s’enflammer dès les premières journées du prochain championnat.







