Une page se tourne au RC Vannes. À 34 ans, Jules Le Bail a annoncé qu’il mettrait un terme à sa carrière professionnelle à la fin de la saison. Demi de mêlée emblématique du club morbihannais, il a pris cette décision difficile pour privilégier sa santé, après avoir rencontré de sérieux problèmes oculaires.
Jules Le Bail, figure majeure du RC Vannes, a marqué l’histoire récente du club avec ses 117 matchs sous les couleurs vannetaises. Il a contribué à la montée en puissance du rugby dans la région, devenant l’un des joueurs les plus appréciés du club.
Malgré sa volonté de continuer l’aventure, ses soucis au niveau des yeux ont finalement eu raison de sa carrière. « À 34 ans, Jules Le Bail a préféré ne prendre aucun risque supplémentaire pour sa santé », souligne-t-on au club. Pour un joueur aussi attaché au terrain, cette décision fut d’autant plus difficile.
Lors d’un entretien accordé au Télégramme, Le Bail raconte : « Au mois de mars en 2025, j’ai eu un problème à l’œil. En quelques jours, j’ai perdu l’acuité visuelle. Je suis passé de 10 sur 10 à 0 sur 10. J’ai été pris en charge par un ophtalmologiste, que je remercie. Et grâce à mon frère, j’ai fini à l’Hôpital Fondation Rothschild à Paris, la clinique de l’œil. J’ai pu rencontrer les grands spécialistes qui m’ont décelé un problème. »
Malgré son espoir, aucun feu vert médical ne lui sera donné pour reprendre la compétition : « Le spécialiste qui me suit ne m’a jamais autorisé à reprendre. J’espérais, j’espérais… Au début, le suivi était tous les mois. Maintenant, tous les trois mois. En janvier, il m’a dit qu’on se reverrait dans trois mois et qu’il n’était pas favorable à une reprise. Donc je savais très bien que c’était la fin. Même avant le rendez-vous de janvier… À partir du moment où il ne m’a pas autorisé à reprendre dès la prépa, je savais un peu ma destinée. J’ai toujours espéré, je me suis entretenu. Mais là, c’était le médical avant tout. Et je ne pouvais pas prendre la décision de reprendre. Enfin, j’aurais pu, mais ce n’était pas raisonnable de ne pas écouter les spécialistes. »
Le joueur explique que ce refus médical vise avant tout à préserver son second œil : « Le risque n’est pas forcément de prendre des chocs à l’œil. Mais aussi à la tête ou simplement de courir vite et d’être arrêté d’un coup. Ma tête peut bouger un peu et ça peut endommager l’autre œil. C’est un problème qui est tellement rare qu’il y a très peu de recul. L’objectif, c’était surtout de préserver le deuxième œil. Et que j’en garde un des deux, tout simplement. »
Conscient de la gravité de la situation, Jules Le Bail a choisi d’arrêter sa carrière pour sauver sa vision : « Si on perd la vue, la vie est quand même différente. Quand tu ne vois rien d’un œil, tu te rends compte de l’importance de garder le deuxième. J’ai été très bien pris en charge. Le club m’a accompagné. La parole du spécialiste prenait le dessus sur tout. Personne n’avait envie de prendre des décisions sans savoir les conséquences. C’est pour ça que ça a été la voie de la raison sur tout le suivi et ça va continuer après l’arrêt de la carrière. »
Le Breton se confie également sur l’impact personnel et humain de cette épreuve : « Je ne suis pas quelqu’un qui déballe beaucoup de choses. Quand le problème est arrivé, j’ai bien vu dans le regard des gars qu’ils avaient de la peine pour moi. Tout s’arrête d’un coup. Ce ne sont pas des choses faciles à vivre. Ils m’ont accompagné au quotidien. On a continué à déconner, à faire du terrain. J’avais un rôle différent. J’ai eu des exercices avec eux. Ils m’ont toujours respecté. Quand j’animais un exercice, ce n’était pas la foire. J’aurais voulu continuer à être sur le terrain avec eux, à batailler le week-end, mais je n’ai pas pu. »
Il décrit aussi l’évolution de sa vision : « Je ne sais pas qui est la personne en face de moi, mais avant, je ne savais même pas qu’il y avait une personne. C’est toujours une progression. C’est ultra positif, ça veut dire que le traitement fonctionne. Le corps est bien fait. Je ne sais pas jusqu’où je vais récupérer. L’autre œil a aussi progressé. Je ne suis pas là pour m’apitoyer sur mon sort ou être plaint. C’est grave mais il y a des choses bien plus graves. »
Face aux incertitudes, il a su trouver la force d’avancer : « Je me suis posé des questions. Quand on commence à voir les spécialistes, ça parle de protéger le deuxième œil, on s’imagine les choses, se retrouver aveugle ou très malvoyant, ne plus pouvoir faire quoi que ce soit en autonomie. Tu te poses des questions. C’est passé assez vite. Mes copains d’enfance sont venus passer un week-end. J’ai basculé rapidement sur comment voir les choses positivement. »
Le RC Vannes a tenu à saluer la carrière et le courage de son joueur sur les réseaux sociaux, témoignant de la « #FiertéBretonne » qu’il incarne. Une page se ferme, mais l’héritage de Jules Le Bail restera gravé dans la mémoire du club et de ses supporters.







