À quelques jours de la finale de Champions Cup contre le Leinster, Ben Tameifuna s’impose une nouvelle fois comme une pièce maîtresse de l’Union Bordeaux-Bègles. Pourtant, le destin de ce pilier droit tongien aurait pu prendre une autre voie, beaucoup plus brillante, sous le maillot des All Blacks.
Ce jeudi soir, le journal L’Équipe lève le voile sur les raisons pour lesquelles Tameifuna n’a jamais percé avec la génération dorée de la Nouvelle-Zélande.
**Ben Tameifuna, un talent venu d’une génération exceptionnelle**
Avant de briller en Top 14, Ben Tameifuna faisait partie des espoirs les plus prometteurs du rugby néo-zélandais. En 2011, il décroche la Coupe du monde U20 avec les Baby Blacks, entouré de futurs stars comme Beauden Barrett, Sam Cane, Brodie Retallick ou Codie Taylor.
Titulaire à plusieurs reprises, il inscrit même un essai décisif en finale contre l’Angleterre. « Une équipe construite sur une capacité inouïe à travailler les uns pour les autres. Brodie et moi, on avait commencé ensemble dans la province de Hawke’s Bay. Je le liftais en touche, lui poussait derrière moi en mêlée. On était les cellules d’un même corps humain », confie-t-il.
Beauden Barrett ne tarit pas d’éloges à son sujet : « D’abord, il a un cœur en or, sa lumière éclaire un vestiaire. Et puis, quel joueur ! Pas seulement puissant en mêlée ou pour porter le ballon, il est incroyablement talentueux balle en main et avec le pied. »
**Des troubles du sommeil qui ont freiné sa progression**
Mais alors qu’il semblait destiné à intégrer les All Blacks, sa carrière a brusquement dévié. À plusieurs reprises, Tameifuna manque des rendez-vous cruciaux, faute de s’être réveillé à temps. La cause ? De sévères apnées du sommeil, un trouble qui perturbe profondément son repos.
Sans son appareil respiratoire, le pilier peine à trouver un sommeil réparateur. Son ancien entraîneur Tom Coventry explique : « Ben Tameifuna souffre de sévères apnées du sommeil. Il lui faut dormir avec un masque relié à un appareil qui régule l’air dans ses voies respiratoires. Sans cet appareillage, il ne parvient à atteindre un sommeil profond que très tardivement. »
Brad Weber, ancien coéquipier, se souvient aussi des nuits difficiles : « Ben ronfle très fort. Sans son masque, il pouvait faire des apnées d’une minute trente. C’est grave et extrêmement inconfortable. »
**Un malentendu profond avec les All Blacks**
À cette époque, beaucoup perçoivent Tameifuna comme un joueur désinvolte. Son entourage déplore que ses difficultés personnelles n’aient jamais été réellement prises en compte. « Les gens vous jugent paresseux. Vous ne l’êtes pas. J’étais amer envers les All Blacks : ils n’ont pas pris en compte cette dimension », confie Tom Coventry.
Physiquement, il peinait également à s’adapter aux exigences athlétiques de la Nouvelle-Zélande. « Alors ils l’ont surtout mis sur un vélo pour perdre du poids », regrette encore son ancien coach.
Dans le vestiaire, sa personnalité atypique faisait aussi débat. Lima Sopoaga se souvient : « Certains le disaient électron libre, franc-tireur. Lui avançait à son propre rythme. »
**Bordeaux, une renaissance pour “Big Ben”**
Malgré ces obstacles, tous reconnaissent le joueur d’exception qu’il est. « C’est un phénomène. Il a les mains soyeuses d’un ouvreur, les appuis d’un trois-quarts, la dureté d’un flanker », assure Sopoaga.
Installé en France depuis plus de dix ans, Tameifuna semble avoir trouvé à Bordeaux l’environnement idéal pour s’épanouir pleinement. Brad Weber résume : « Les deux équipes où il s’est le plus épanoui, ce sont les Chiefs et maintenant Bordeaux. Ils ont compris ses particularités. »
À bientôt 35 ans, “Big Ben” va tenter de décrocher une deuxième Champions Cup avec l’UBB, offrant une revanche éclatante à un joueur que les All Blacks n’ont jamais complètement su comprendre.







