Le RC Vannes a dominé la saison régulière de Pro D2 avec une avance de 21 points sur son dauphin Colomiers, survolant ainsi le championnat. Pourtant, à quelques heures de la finale face à Provence Rugby, le club breton n’a toujours pas la certitude d’évoluer en Top 14 la saison prochaine. Cette situation, loin de faire l’unanimité, est pourtant maintenue par la Ligue Nationale de Rugby (LNR).
**Une domination qui ne garantit rien**
Jusqu’en 2017, le premier du classement à l’issue de la saison régulière accédait directement à l’élite. Depuis la réforme imposée par la Ligue, le leader doit désormais passer par les phases finales pour valider sa montée. Vannes en fait aujourd’hui l’amère expérience, malgré une saison exceptionnelle.
Le président vannetais, Olivier Cloarec, avait déjà souligné les conséquences de cette règle lors de la préparation de la saison prochaine : « On a discuté avec des joueurs du niveau top 6 ou top 8 du Championnat. Mais comment les attirer sans être sûr de jouer en Top 14 ? » Un problème partagé par plusieurs prétendants à la montée.
**« Cette formule est obsolète »**
Chez Provence Rugby, le président Denis Philippon n’a jamais caché son opposition au système actuel. Lors d’une interview accordée à L’Équipe, il déclare : « En fait, cette formule décourage tout le monde, parce que vous montez le 6 ou le 15 juin, et personne ne peut se préparer. » Pour lui, ce modèle pénalise clairement les clubs les plus performants.
« Il suffit d’entendre les partenaires, les élus, le public. C’est une formule obsolète, plus personne ne comprend pourquoi celui qui a tant dominé la Pro D2 ne monte pas. » Les récents exemples d’Oyonnax, Vannes puis Montauban — tous relégués immédiatement après leur accession — nourrissent ce constat, à l’inverse de clubs comme Pau ou Lyon, qui pouvaient préparer leur arrivée en Top 14 plus tôt, grâce à une montée assurée en fin de saison régulière.
**Pourquoi la Ligue refuse de changer**
Malgré ces critiques, la majorité des clubs de Pro D2 défend le format actuel, essentiellement pour des raisons économiques. Emmanuel Eschalier, directeur général de la LNR, rappelle : « On souhaitait renforcer l’attractivité de la Pro D2, avec des phases finales identiques au Top 14 débouchant sur un titre de champion. »
Il souligne également un avantage clé en termes de visibilité : « Il y a derrière cela une stratégie d’exposition avec des matches le jeudi et le vendredi, et on voit que les stades sont remplis et les audiences suivent. » Depuis la mise en place de cette formule, les budgets des clubs ont considérablement progressé, portés par l’augmentation des recettes commerciales et des droits télévisés.
**La Ligue assume totalement ce choix**
Si la LNR reconnaît que le système peut pénaliser le premier de la saison régulière — « Ce biais, il est indiscutable » — Emmanuel Eschalier considère que les avantages surpassent les inconvénients : « Il doit être mis en balance avec ce que serait une phase finale de Pro D2 si la montée était acquise. »
Avant de conclure : « Est-ce que la formule actuelle est parfaite ? Non, mais laquelle le serait ? »
**Un débat déjà clos**
Pour ceux qui espéraient une évolution rapide, la Ligue est claire : ce format est désormais fixé dans le contrat liant la Pro D2 à Canal+ jusqu’en 2032. En d’autres termes, même si Vannes, Provence Rugby et d’autres clubs dénoncent l’injustice d’un système qu’ils jugent dépassé, il ne sera pas remis en cause à court ou moyen terme.
Les Bretons n’ont donc plus qu’une seule option : battre Provence Rugby ce samedi, puis, si nécessaire, l’emporter lors du barrage d’accession, pour transformer leur saison exceptionnelle en montée vers le Top 14.







