Lorsque le Stade Français a recruté Jeremy Ward à l’été 2022, peu imaginaient que ce Sud-Africain deviendrait l’un des piliers du vestiaire parisien. Quatre ans plus tard, le trois-quarts centre est un joueur incontournable du club de la capitale, aux côtés de Paul Gabrillagues et Romain Briatte, figures emblématiques et leaders reconnus, portant régulièrement le brassard de capitaine.
Mais l’histoire de Jeremy Ward dépasse largement le cadre sportif.
**Le pari gagnant de Gonzalo Quesada**
À l’époque, engager Ward n’était pas une évidence. Peu sollicité et discret sur la scène sud-africaine, il ne faisait pas partie des profils les plus en vue. Pourtant, Gonzalo Quesada, alors entraîneur, a rapidement été convaincu.
Il confie à *Midi Olympique* :
« Jeremy nous a été proposé par un agent. Peu de clubs s’intéressaient à lui à ce moment-là. J’ai fait plusieurs visios avec lui pour apprendre à le connaître. Très vite, j’ai compris que c’était le joueur idéal pour nous. »
Avant de confirmer sa venue, Quesada a pris soin de multiplier les retours d’expérience.
« Pour valider son profil, j’avais aussi échangé avec James Hall, dont Jeremy avait été le capitaine à l’école. James m’a tout de suite parlé de son leadership, de son caractère et de cette personnalité qui, pour moi, est essentielle. JJ Van der Mescht, qui l’avait connu aux Sharks, m’en avait dit aussi le plus grand bien. On connaissait donc son profil de grand défenseur, mais on voyait aussi en lui ce leadership naturel. »
Une intuition qui s’est rapidement révélée juste.
**Le relais idéal de Paul Gustard**
Au fil des saisons, Ward est passé de simple recrue étrangère à véritable patron du vestiaire. Son engagement dans la vie du club et sa maîtrise rapide de la langue française — qu’il a apprise en six mois — ont consolidé son rôle de pont entre les joueurs francophones et anglo-saxons.
Léo Barré témoigne :
« Son intégration s’est faite hyper naturellement. C’est le genre de mec avec qui c’est facile. Aujourd’hui, il a un français remarquable. Il l’a appris en l’espace de six mois. C’est le relais parfait entre des mecs comme moi qui ont un anglais un peu pourri, je ne le cache pas, et les joueurs anglo-saxons qui ne parlent pas français. Il n’est pas pour rien dans la saison qu’on réalise. Au contraire. »
Cette proximité avec le groupe justifie la confiance que lui porte Paul Gustard. Romain Briatte résume ainsi son poids dans la structure :
« Ça fait partie de son rôle de vice-capitaine mais Jeremy passe beaucoup de temps avec les membres du staff, il assure le lien aussi avec les joueurs. »
Avec le sourire, il ajoute :
« Entre nous, on dit que c’est le fils caché de Paul Gustard. »
**Un compétiteur qui agace ses adversaires**
Sur le terrain, Ward ne se contente pas d’être le relais du staff. Sa détermination et son esprit combatif en font un concurrent redoutable.
Léo Barré raconte :
« C’est un petit cancer pour eux. Parce qu’il leur parle beaucoup. Il ne parle pas mal, mais il est un petit peu chambreur. C’est ce qui fait aussi sa force sur un terrain. »
Le joueur assume pleinement cette caractéristique :
« Oui, c’est vrai. Peut-être que je parle un peu trop, mais c’est toujours pour le bien de l’équipe. »
**Les drames vécus loin des terrains**
Derrière sa réussite sportive, Jeremy Ward a connu des épreuves personnelles lourdes. Depuis son arrivée en France, lui et son épouse ont traversé des moments extrêmement difficiles, notamment deux fausses couches successives l’année dernière.
Le joueur confie :
« Nous avons vécu des moments très douloureux, c’est vrai. Mais quand tu vis quelque chose comme ça, tu apprends aussi beaucoup de choses sur la force, l’amour et la résilience. Ma femme et moi, individuellement, nous sommes plus forts. Dans le couple, nous sommes aussi beaucoup plus proches. »
Malgré ces douleurs, Ward a toujours su garder la tête haute, sans jamais afficher ses blessures intimes. Cette force mentale impressionne ses coéquipiers :
« Ce qui fait sa force, c’est qu’il a un mental d’acier. Il n’a jamais rien montré au stade de ce qu’il vivait dans son intimité. Il a toujours été très positif alors que nous vivions déjà une saison galère sur le plan sportif. Mais il a su répondre présent. C’est quelqu’un qui est toujours là pour les autres, qui est toujours de bon conseil, que ce soit pour les jeunes ou même pour les anciens. C’est vraiment un top mec. »
**La plus belle victoire de sa vie**
Le bonheur est finalement revenu. Le 30 avril dernier, Jeremy Ward et son épouse ont accueilli leur premier enfant, une petite fille prénommée Stevie.
Un événement bouleversant pour le joueur :
« C’est exactement ça. Après la victoire contre La Rochelle, quand je suis rentré à la maison, ma femme m’a dit : “C’est super d’avoir gagné, mais maintenant, c’est le moment de changer une couche.” Je pense que ça m’aide aussi à garder les pieds sur terre et à profiter de chaque instant de la vie. »
Quatre ans après son arrivée discrète à Paris, Jeremy Ward est devenu bien plus qu’un simple joueur du Stade Français. Leader respecté, lien essentiel entre joueurs et staff, capitaine à l’occasion, et désormais jeune papa, il incarne l’un des visages majeurs du club de la capitale.
Tout cela, sans faire de bruit. Comme toujours.







