
Le rugby français perd l’une de ses figures. À seulement 30 ans, Romane Ménager a décidé de mettre un terme à sa carrière de joueuse. Une décision douloureuse pour la troisième ligne de Montpellier et du XV de France, mais devenue inévitable après plusieurs commotions cérébrales.
Double championne de France et internationale à 68 reprises, la native de Villeneuve-d’Ascq espérait encore poursuivre l’aventure. Pourtant, les difficultés rencontrées lors de ses dernières reprises ont fini par la convaincre de privilégier sa santé.
Des commotions de plus en plus difficiles à surmonter
Au fil de sa carrière, Romane Ménager a connu plusieurs commotions cérébrales. Jusqu’à récemment, les protocoles de récupération lui permettaient de retrouver les terrains sans trop de difficultés.
Mais les dernières ont marqué un véritable tournant.
L’internationale française explique dans Midi Libre ce qui a provoqué sa prise de conscience.
« J’ai fait quand même quelques commotions et, à chaque fois, en prenant le temps de récupérer, en passant les paliers, ça se passait plutôt bien. Mais sur les dernières que j’ai faites, j’ai pris beaucoup plus de temps pour récupérer. Et surtout, quand je suis revenue, mes capacités à encaisser étaient vraiment beaucoup plus faibles. Et ça a été un peu le déclic. »
Deux années à repousser l’échéance
Très attachée au rugby, Romane Ménager reconnaît avoir longtemps refusé d’accepter l’idée d’une retraite anticipée.
Pendant deux saisons, elle a tenté de poursuivre malgré les signaux envoyés par son corps.
Elle admet avoir eu beaucoup de mal à renoncer à sa carrière.
« L’hésitation a duré deux saisons quand même. Je pense que je me suis beaucoup menti aussi parce que j’aime profondément le rugby. J’essayais de me raccrocher au maximum et de tout tenter. Il faut être lucide. Il y a une vie derrière et j’ai l’ambition de bien la réussir aussi. »
Un accompagnement médical et psychologique décisif
Cette décision n’a pas été prise seule. L’encadrement médical a accompagné la joueuse tout au long de sa réflexion, tout comme un suivi psychologique devenu indispensable.
Romane Ménager revient sur l’importance de cet accompagnement.
« C’est une décision qui est prise en concertation avec le médical. Cette prise de conscience est aussi arrivée avec un suivi psychologique parce que moi, j’avais du mal à prendre du recul sur la situation. Et après, pour mon entourage, je pense que ça a été plus un soulagement qu’autre chose. »
Elle explique également pourquoi elle a ressenti le besoin de se faire aider.
« Mes commotions ont été vraiment déclencheuses de ce besoin d’aller vers quelqu’un. J’avais vraiment cette envie d’être accompagnée pour comprendre comment ça fonctionnait et ce qui pourrait m’aider à aller mieux et faire que j’aille un peu plus de l’avant. »
« C’est devenu très anxiogène »
Les deux dernières saisons de sa carrière n’ont plus ressemblé à celles qu’elle avait connues auparavant. Chaque retour sur le terrain s’accompagnait désormais d’une peur grandissante de subir une nouvelle commotion.
L’ancienne troisième ligne décrit le poids mental qu’elle portait au quotidien.
« Je sentais qu’il y avait quelque chose qui avait changé, que j’étais beaucoup plus fragile et vulnérable. Cette appréhension de me blesser ou surtout de refaire une nouvelle commotion était très présente. C’est devenu très anxiogène pour moi. Et ça n’a pas été les meilleures années de rugby. »
« Une blessure qu’il faut prendre au sérieux »
Si les mentalités ont évolué ces dernières années, Romane Ménager estime que les commotions cérébrales restent parfois insuffisamment prises en considération.
Elle appelle à continuer de sensibiliser le monde du rugby sur ce sujet.
« À mes débuts, c’était un peu plus méconnu et il y avait des tabous autour de ça qui persistent un petit peu, je pense. Mais pour le coup, on en parle de plus en plus. C’est une blessure qui existe et qu’il faut prendre au sérieux, même si elle est moins visible que d’autres. »
Après vingt-deux années passées sur les terrains, Romane Ménager referme ainsi le chapitre de sa carrière de joueuse. Une décision difficile, mais qu’elle assume pleinement afin de préserver sa santé et préparer la suite de sa vie.







