
Alors que la polémique autour des terrains synthétiques s’intensifie en période de fortes chaleurs, la Ligue nationale de rugby assume sa position. Si elle reconnaît l’existence d’un risque de brûlure pour les joueurs, elle estime qu’aucun élément scientifique ne justifie aujourd’hui leur interdiction dans le rugby professionnel.
La question des pelouses synthétiques revient avec insistance à chaque épisode de canicule. En Top 14 comme en Pro D2, plusieurs clubs évoluent sur ce type de surface, dont la température peut grimper très rapidement sous un fort ensoleillement.
Interrogé par L’équipe sur le sujet, Richard Cacioppo, directeur des stades et des compétitions de la Ligue nationale de rugby, reconnaît que ces terrains ne sont pas sans conséquence pour les joueurs.
Un risque de brûlure bien identifié
Pour la LNR, le principal danger concerne les brûlures provoquées par une surface devenue trop chaude.
Richard Cacioppo rappelle toutefois que des limites ont été fixées :
« A priori, il n’y a pas de danger. Il y a bien évidemment un risque de brûlure, mais elles sont dangereuses sur une surface dont la température est supérieure à 55 °C. C’est la raison pour laquelle nous demandons aux clubs de ne pas la dépasser. »
Afin de limiter ces risques, les clubs sont invités à arroser légèrement leur pelouse synthétique avant les rencontres.
L’objectif est également de réduire les blessures liées aux glissades :
« Nous leur demandons également de faire en sorte que leur synthétique soit toujours légèrement humide pour que les joueurs glissent et leur éviter ainsi les escalopes. Aujourd’hui, les clubs gèrent mieux cet aspect et ce type de blessure a diminué. Certains joueurs vont aussi mettre des leggings pour éviter de se brûler. »
Le casse-tête entre synthétique et gazon naturel
La multiplication des épisodes de canicule soulève aussi une autre question : faut-il continuer à utiliser des terrains synthétiques qui nécessitent d’être arrosés pour rester praticables ?
Pour Richard Cacioppo, le débat reste ouvert.
Il résume ainsi le dilemme auquel sont confrontés les clubs :
« Est-il préférable d’avoir un terrain synthétique qui, structurellement, ne bouge pas malgré les canicules et qu’il suffit d’arroser légèrement pour le faire descendre en température, ou faut-il un terrain en herbe qui prend moins la chaleur, mais qui demande beaucoup plus d’eau ? »
La réponse n’est pas évidente, notamment dans un contexte où les restrictions d’eau deviennent de plus en plus fréquentes.
« Nous n’avons pas la réponse, pour être honnête, même si c’est compliqué de justifier auprès des autorités d’arroser du plastique en pleine période de sécheresse. C’est plus facile avec un terrain en herbe, qui va mourir s’il n’est pas arrosé. Mais personne n’est en mesure de savoir comment s’adapter à ces vagues de chaleur de plus en plus complexes à gérer pour les terrains de sport. »
Pas d’interdiction en vue
Contrairement au football professionnel français, qui a choisi d’abandonner les terrains synthétiques, le rugby ne prévoit aucun changement réglementaire à court terme.
La raison est simple : la LNR estime que les études disponibles ne démontrent pas un risque supérieur de blessure par rapport aux pelouses naturelles.
Richard Cacioppo est clair sur ce point :
« Nous nous sommes posés la question plusieurs fois. Mais, étant donné qu’aucune donnée scientifique ne vient démontrer un risque de blessure plus important sur un terrain synthétique et qu’il est autorisé par World Rugby, nous considérons qu’il n’y a pas de problématique. »
Cette position illustre les difficultés auxquelles le rugby est confronté face aux nouvelles réalités climatiques. Entre sécurité des joueurs, entretien des infrastructures et gestion de la ressource en eau, les clubs devront probablement continuer à adapter leurs pratiques, alors que les épisodes de chaleur extrême deviennent de plus en plus fréquents.







