
Une dizaine de revolvers, des fusils et 1 239 balles et munitions ont été découverts au domicile de Romain Bouvier. Alors que s’ouvre le procès lié à la mort de Federico Martin Aramburu, le passé violent et l’idéologie d’extrême droite des deux principaux accusés devraient occuper une place importante dans les débats.
La perquisition menée dans l’appartement parisien de Romain Bouvier a également permis aux enquêteurs de retrouver un exemplaire de Mein Kampf, un disque lié au GUD, une statuette représentant Adolf Hitler ainsi que des cartes de police. Des armes appartenant à Loïk Le Priol ont par ailleurs été saisies chez ses parents, dans le Var.
Un lourd passé commun au sein du GUD
Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont d’anciens membres du Groupe union défense, organisation étudiante d’extrême droite dissoute en 2024. Ils partagent également un passé judiciaire marqué par une précédente affaire particulièrement violente.
En 2015, les deux hommes avaient participé avec plusieurs comparses à une expédition punitive contre Édouard Klein, ancien dirigeant du GUD. Cette agression humiliante avait été filmée par Le Priol.
Romain Bouvier a été condamné à trois ans de prison ferme pour ces faits, tandis que Loïk Le Priol a écopé de deux ans ferme. Dans le cadre de leur contrôle judiciaire, les deux hommes avaient interdiction de se fréquenter et de porter une arme. Ces restrictions étaient toujours en vigueur au moment de la mort de Federico Martin Aramburu.
La mère de l’ancien international argentin estime dans les colonnes de L’équipe que les autorités auraient dû exercer une surveillance plus importante :
« Le Priol et Bouvier ne sont pas des hommes qui ont perdu le contrôle cette nuit-là. Ils étaient déjà connus des autorités françaises pour leur dangerosité. Ils auraient dû être surveillés. »
La dimension idéologique au cœur des débats
L’enquête n’a pas retenu de mobile raciste. La cour d’assises devra néanmoins déterminer quelle place accorder à l’engagement politique des accusés, à leur appartenance passée au GUD et aux objets découverts pendant les perquisitions.
Pour les parties civiles, ces éléments empêchent de considérer la mort de Federico Martin Aramburu comme la conséquence d’une simple bagarre ayant dégénéré.
Yann Le Bras, avocat des parties civiles, avait livré une analyse particulièrement forte :
« Ce n’est pas un crime raciste, mais c’est le crime de suprémacistes blancs qui vont mener une chasse à l’homme dans les rues de Paris et tirer dix fois sur un homme en moins d’une minute. C’est quoi ça ? Un safari ? En tout cas, ce n’est pas un banal fait divers. »
Cette lecture sera contestée par les avocats de la défense, qui refusent que les faits soient systématiquement analysés à travers le parcours idéologique de leurs clients.
Les accusés interrogés sur leurs armes
Romain Bouvier devra notamment expliquer pourquoi il portait un pistolet Sharps de calibre 22 court datant de 1859. Face aux enquêteurs, il a déclaré avoir été menacé par le père d’Édouard Klein et craindre de ne pas arriver vivant à son précédent procès.
Loïk Le Priol a, de son côté, été interrogé sur le Colt à poudre noire datant de 1890 utilisé à six reprises en direction de Federico Martin Aramburu. Il a évoqué son sentiment d’insécurité depuis les attentats de Paris de 2015, mais également l’obligation dans laquelle il se trouvait de vider son appartement.
Fiché S en raison de sa radicalité, Le Priol avait aussi exhibé un brassard de police au Mabillon. Il a expliqué qu’il s’agissait d’un accessoire de cinéma susceptible d’être utilisé dans les clips qu’il réalisait.
La vidéosurveillance au centre de l’audience
Une grande partie des événements a été enregistrée par des caméras de surveillance. Ces images seront diffusées et analysées devant la cour d’assises afin de confronter les différentes versions.
Florian Lastelle, avocat de Lyson R., estime que les vidéos permettront de corriger une présentation qu’il juge orientée :
« Le grand avantage dans cette affaire, c’est que la majorité des scènes ont été filmées par la vidéosurveillance. Ces images vont être diffusées à l’audience, on va pouvoir les commenter, zoomer si besoin et on constatera que l’interprétation des faits a été extrêmement biaisée. »
L’avocat de Romain Bouvier conteste lui aussi toute lecture politique du drame. Selon lui, l’affaire trouve son origine dans une altercation entre plusieurs hommes alcoolisés et fatigués.
Me Hugues Vigier rejette la thèse d’une chasse à l’homme menée pour des raisons idéologiques :
« Depuis le début de cette affaire, nous avons été indignés de voir systématiquement accolés à ces faits dramatiques des considérations politiques ou idéologiques. Pour résumer grossièrement : cette histoire, ce serait une chasse à l’homme menée par des néonazis. Or ça n’a rien à voir. C’est uniquement un conflit de virilités entre des gens alcoolisés et fatigués, qui dérive en bagarre de bar comme cela arrive tous les samedis soir en France. »







