
L’Aviron Bayonnais est totalement passé à côté de son déplacement à Pau, conclu par une défaite historique (70-28). L’expulsion de Yohan Orabé dès la quatrième minute a cependant pesé très lourd et provoqué deux lectures radicalement différentes.
Le jeune arrière bayonnais a reçu un carton rouge après un duel aérien avec Théo Attissogbe. Le Palois, monté plus haut, a basculé avant de retomber dangereusement. Bayonne a alors disputé presque toute la rencontre en infériorité numérique, et même dix minutes à treize.
Laurent Travers conteste la logique de la sanction
Le manager de l’Aviron ne cherche pas à masquer les insuffisances de son équipe, notamment son incapacité à conserver le ballon et à contenir les transitions paloises. Il estime toutefois que son joueur disputait loyalement la possession.
Après la rencontre, Laurent Travers a revu la séquence avec l’arbitre Adrien Marbot et s’est confié auprès de Midi Olympique.
Selon lui, Orabé était même le premier des deux joueurs à s’engager vers le ballon.
« Les deux joueurs sautent au ballon. Notre joueur est en avance, le Palois arrive après, mais il saute plus haut et vers l’avant. Notre joueur est en dessous et il est plus bas. »
Le technicien bayonnais considère que la chute spectaculaire d’Attissogbe résulte des trajectoires prises par les deux adversaires, et non d’un geste volontaire ou irresponsable.
Il insiste sur l’impossibilité pour les joueurs d’anticiper précisément leur position dans les airs.
« Yohan Orabé, quand il saute, ne sait pas que son adversaire sera au-dessus et Attissogbé, quand il saute, ne sait pas que son adversaire sera en dessous. À la fin, les deux vont au ballon, et l’un prend rouge. »
Travers redoute désormais que cette interprétation incite ses joueurs à abandonner certains duels aériens.
Le manager a résumé son incompréhension avec une formule particulièrement piquante.
« Ça veut dire que je devrais dire à mon arrière de ne plus aller au ballon. Les deux joueurs sont venus jouer au rugby, ils l’ont fait correctement. Mais l’un va plus haut, et ça crée un mouvement de bascule. »
Il pousse ensuite son raisonnement jusqu’à l’ironie.
« Si on me dit que mon joueur n’a pas sauté assez haut, alors il faut que je prenne des gymnastes. »
Piqueronies estime Orabé en retard
Sébastien Piqueronies partage un point avec son homologue : il ne prête aucune mauvaise intention au jeune Bayonnais. Le manager palois défend néanmoins l’application d’une règle destinée à protéger le joueur placé en position vulnérable.
La chute de Théo Attissogbe a immédiatement suscité une vive inquiétude.
« Quand un joueur tombe de 3 mètres sur la tête, on a toujours peur. Après, je sais que Théo est très courageux. Je sais que Théo a d’énormes qualités aériennes. Donc, quand on mélange ses qualités plus le courage, il est normal que la règle les protège. »
Pour Piqueronies, Orabé a surtout commis une erreur d’appréciation en poursuivant son engagement alors qu’il n’était plus en position favorable.
Il estime que savoir renoncer à un duel fait aussi partie de l’apprentissage.
« Je sais aussi que le petit Orabé ne le fait pas exprès. Il est juste en retard. Et je trouve logique que la règle fasse apprendre aux jeunes joueurs que bien jouer au rugby, c’est aussi par moments accepter d’être en retard et donc de ne pas s’engager. »
Deux analyses opposées d’une même action : Travers voit un duel loyal dont l’issue malheureuse a condamné son joueur, tandis que Piqueronies considère que la protection du réceptionneur devait primer.







