
Les scores s’envolent en Top 14. Après seulement deux journées, 833 points et 109 essais ont déjà été inscrits. Une évolution spectaculaire qui oblige les entraîneurs à revoir complètement leurs objectifs défensifs.
Pau vient notamment d’infliger un 70-28 à Bayonne, tandis que le Racing 92 a déjà encaissé 112 points. Même la victoire de l’USAP contre Castres s’est achevée avec 72 points marqués (43-29). Pour Laurent Labit, les techniciens chargés de la défense traversent une période particulièrement délicate.
Défendre devient de plus en plus difficile
La vitesse des rucks, l’augmentation du temps de jeu effectif et l’évolution du règlement favorisent les équipes qui conservent le ballon. Les 50-22 valorisent également le jeu au pied offensif, tandis que les conditions imposées aux gratteurs sont devenues plus strictes.
La réduction du nombre de changements peut aussi provoquer davantage de fatigue en fin de rencontre et ouvrir de nouveaux espaces.
Après la victoire contre Castres, Laurent Labit a eu une pensée pour tous les techniciens responsables des défenses.
« C’est difficile tous les week-ends pour les coaches de la défense. »
L’entraîneur de l’USAP ne considère d’ailleurs pas les 29 points concédés face aux Tarnais comme un total véritablement inquiétant. Son équipe avait inscrit six essais et construit sa victoire par sa production offensive.
Le manager catalan ne fait plus de la meilleure défense du championnat une priorité absolue comme il l’explique pour L’Indépendant :
« Prendre 29 points, ce n’est pas trop. On ne cherche pas à avoir la meilleure défense du championnat. C’est difficile aujourd’hui de gagner des matches sans prendre 25 points. »
Encaisser seulement dix points devient irréaliste
Pour Labit, cette évolution ne vient pas simplement d’un changement de philosophie des entraîneurs. Les règles du rugby moderne récompensent davantage la possession et sanctionnent immédiatement les périodes de relâchement défensif.
Le technicien estime que les anciens objectifs chiffrés ne correspondent plus à la réalité actuelle.
« Les règles sont faites pour que l’équipe qui a le ballon soit récompensée, donc les moindres baisses de régime te sanctionnent. Aujourd’hui, dire qu’en défense on veut gagner en encaissant que 10 points, ça n’existe plus. »
Joe Worsley avait déjà établi le même constat la saison dernière. L’ancien responsable de la défense de Perpignan expliquait que les staffs avaient été contraints d’augmenter le nombre de points qu’ils jugeaient acceptable.
Selon lui, cette nouvelle tolérance défensive découle directement de l’évolution statistique du rugby.
« Avant, moins de 20 points par match était la cible. Maintenant, tous les entraîneurs de la défense ont augmenté leur moyenne pour être satisfaits. Le rugby a changé. Ce n’est pas un changement de mentalité, c’est juste statistique parce que les règles sont comme ça. Comme le jeu au pied, on ne peut plus bloquer celui qui tape, donc ça change l’organisation de la défense. »
Près de 60 points inscrits par rencontre
Cette tendance s’était d’abord imposée au niveau international. Le XV de France avait notamment battu successivement deux records d’essais au cours du Tournoi des Six Nations.
Le Top 14 suit désormais cette direction. La saison dernière avait été la première à dépasser la barre des 10 000 points, avec un total de 11 014 unités.
Après deux journées dans le nouvel exercice, la moyenne atteint déjà 59,5 points et 7,8 essais par match. Ces deux chiffres sont supérieurs à ceux de la saison précédente.
La comparaison sur dix ans illustre encore mieux la transformation du championnat. Lors de la saison 2016-2017, une rencontre produisait en moyenne 47 points et 4,5 essais. Le Top 14 génère donc aujourd’hui près de 13 points et plus de trois essais supplémentaires par match.
L’écart est également immense concernant les meilleures défenses. Montpellier a terminé la saison dernière avec 587 points encaissés. Dix ans auparavant, Toulouse avait dominé ce classement en n’en concédant que 393.
Un rugby plus spectaculaire qui séduit le public
Cette accélération doit aussi rendre les rencontres plus attractives. Le choc entre Toulouse et Bordeaux-Bègles, remporté 48-12 par les Toulousains, a rassemblé en moyenne 996 000 téléspectateurs sur Canal+, avec un pic à 1,2 million. Selon Médiamétrie, il s’agit de la meilleure audience de saison régulière depuis 2017, hors Boxing Day.
Les équipes hésitent également moins à jouer les pénalités pour aller chercher des essais. Lors de Pau-Bayonne, les deux formations ont inscrit 14 essais transformés sans tenter la moindre pénalité. Le Stade Français avait fait un choix comparable contre l’USAP.
Malgré cette explosion offensive, les écarts ne permettent pas forcément de multiplier les bonus. Seulement trois bonus offensifs ont été décrochés pendant les deux premières journées, signe que la majorité des équipes suivent la même évolution.
Le phénomène dépasse largement le championnat français. En Coupe d’Angleterre, les Saracens ont battu Northampton sur le score spectaculaire de 96-42 le 5 septembre.
L’USAP s’inscrit pleinement dans cette transformation. Après deux journées, Perpignan a marqué plus de deux fois plus de points qu’à la même période la saison dernière et parcourt près de 200 mètres supplémentaires ballon en main par rencontre.






