
Laurent Thuéry sait mieux que quiconque ce qu’exige la défense au plus haut niveau. Ancien troisième ligne et désormais entraîneur de la défense du Stade Toulousain, le technicien de 37 ans insiste sur la dimension mentale nécessaire pour accepter, semaine après semaine, des impacts avec des joueurs dépassant parfois les 100 kg lancés à pleine vitesse.
Avant le déplacement de Toulouse à Rennes pour affronter Vannes ce samedi soir, Thuéry s’est également amusé de l’évolution de son propre rôle. Autrefois davantage impliqué physiquement dans les exercices, il préfère désormais laisser ses joueurs s’affronter entre eux.
« Ce n’est pas naturel de rentrer dans des mecs de 100, 110 kg »
Défendre ne repose pas uniquement sur le placement ou la technique. Pour Laurent Thuéry, les joueurs doivent également effectuer un important travail mental afin d’accepter la répétition des collisions pendant une saison particulièrement longue.
L’entraîneur toulousain décrit dans La Dépêche l’exigence imposée aux joueurs pendant près de onze mois :
« Ce n’est pas naturel de rentrer dans des mecs de 100, 110 kg, qui courent à 35 km/h. Personne n’est né pour faire ça donc ça demande une démarche mentale de préparation qui est un peu particulière. Et il faut maintenir ça 26 journées de Top 14, quatre de Coupe d’Europe, des phases finales si on a la chance d’en jouer… Donc c’est raide pendant une saison de 11 mois mais c’est notre job. »
Une réalité que l’ancien joueur du Stade Toulousain, de Pau et de Valence-d’Agen connaît parfaitement.
« Maintenant, je me l’interdis »
Thuéry continue de courir pour entretenir sa condition physique. En revanche, lorsqu’il s’agit de participer directement aux exercices de contact, les années ont progressivement changé ses habitudes.
Il reconnaît avec humour avoir appris à se préserver :
« J’essaie de courir un peu mais au niveau des chocs, c’est de plus en plus compliqué donc j’y vais de moins en moins. Au début, quand j’étais plus jeune et plus frais, j’y allais un peu plus, à doses homéopathiques. Maintenant, je me l’interdis sinon, je sollicite les kinés et mets beaucoup trop de temps (à récupérer). Et ce n’est pas bon ! »
Derrière la plaisanterie, l’entraîneur souligne surtout l’intensité réelle des séances toulousaines. Pour reproduire ce qui attend les joueurs le week-end, les entraînements doivent eux aussi se rapprocher des exigences d’un match.
« Je rigole mais pas complètement »
À 37 ans, Thuéry ne compte donc plus se retrouver au milieu de ces collisions simplement pour effectuer une démonstration.
Le technicien reconnaît que son absence des exercices les plus physiques n’est pas qu’une plaisanterie :
« Je rigole mais pas complètement. Sincèrement, vous voyez les matchs comme nous et pour jouer comme ça, il faut s’entraîner à une intensité qui est quand même proche. Donc moi, personnellement, je ne suis pas invité. »
Il a finalement trouvé une méthode beaucoup moins risquée et probablement plus utile à son travail d’entraîneur.
Thuéry préfère désormais prendre du recul pour analyser ses joueurs :
« On les fait travailler entre eux et cela me permet d’avoir un rôle d’observateur bien plus intéressant pour les corriger. »







