
À un an de la Coupe du monde 2027, Fabien Galthié possède forcément déjà une idée précise des joueurs qu’il souhaite emmener en Australie. Mais Laurent Labit sait mieux que quiconque que rien n’est encore totalement figé. Ancien entraîneur de l’attaque du XV de France entre 2019 et 2023, l’actuel manager de Perpignan raconte les coulisses de cette dernière année si particulière. Et se souvient notamment de l’irruption spectaculaire de Louis Bielle-Biarrey avant le Mondial 2023.
Construire un groupe pour une Coupe du monde ne commence évidemment pas quelques semaines avant le départ.
Durant quatre années, le staff du XV de France observe, teste et accumule les informations. Puis, à mesure que le Mondial approche, les possibilités se réduisent.
Mais les certitudes d’aujourd’hui ne seront pas forcément celles de juillet 2027.
« Tu passes ton temps à faire des listes »
Laurent Labit connaît parfaitement le processus pour l’avoir vécu lors du précédent cycle.
À un an de la compétition, le staff possède déjà une ossature. Mais entre les performances individuelles, les blessures et la difficulté d’une saison de Top 14, la hiérarchie peut encore évoluer.
L’ancien adjoint de Fabien Galthié raconte dans L’équipe cette permanente remise à jour des plans.
« Quand tu es en équipe de France, tu passes ton temps à faire des listes. Au fur et à mesure, elles changent à cause d’impondérables, notamment en raison de la densité accrue du Top 14. Et on essaie de les réduire au fur et à mesure. Pour la Coupe du monde, il y a forcément encore plus d’excitation. Après le Japon en 2019, on avait voulu, pendant quatre ans, donner à des joueurs de l’expérience, du temps de jeu et des sélections. Des révélations sont aussi malgré tout possibles sur les derniers mois. »
Et le précédent Louis Bielle-Biarrey est là pour le rappeler.
Bielle-Biarrey avait immédiatement bluffé le staff
À l’approche de la Coupe du monde 2023 organisée en France, le staff avait décidé de ne pas fermer complètement son groupe.
Quelques jeunes joueurs particulièrement performants avaient été conviés à la préparation avec un objectif précis : augmenter encore la concurrence.
Louis Bielle-Biarrey en faisait partie.
La suite est connue, mais Labit se souvient surtout de la vitesse avec laquelle l’ailier avait marqué les esprits.
Dès sa première séance avec les Bleus, Bielle-Biarrey avait impressionné l’ensemble du staff.
« En 2023, on avait envie d’inclure dans les 42 quelques jeunes performants pour secouer la pulpe et créer de l’émulation. Louis Bielle-Biarrey avait alors impressionné tout le monde dès le premier entraînement. »
Un précédent qui démontre qu’à un an du Mondial Australien, la porte n’est pas nécessairement fermée pour ceux qui ne figurent pas encore parmi les premiers choix de Fabien Galthié.
Une émergence tardive peut encore bouleverser une hiérarchie.
Les blessures peuvent faire exploser tous les plans
Mais cette dernière année avant une Coupe du monde ne se résume pas aux révélations.
Elle est aussi marquée par une incertitude impossible à éliminer : les blessures.
Le staff Français en avait fait l’expérience de manière particulièrement brutale en 2023.
Romain Ntamack s’était blessé pendant la préparation, tandis qu’Antoine Dupont avait été touché durant la compétition.
Pour Labit, le travail d’un staff consiste alors à ne pas subir l’événement mais à essayer de le transformer en opportunité.
« Malgré tout ce que tu peux préparer, des blessures peuvent changer tes plans. On avait connu ça avec Romain pendant la préparation et Antoine durant la compétition. Sur les derniers mois, il peut se passer plein de choses. Tu dois savoir les maîtriser et réussir à passer au-dessus pour ne pas les subir au moment de l’échéance la plus importante. Il faut surtout le tourner comme une opportunité pour d’autres joueurs. Toutes les nations ont de toute façon des blessés importants et il est impossible de disputer toute la Coupe du monde avec une équipe type du début jusqu’à la fin. »
Une réalité qui explique aussi pourquoi le staff doit conserver plusieurs solutions crédibles à chaque poste.
« Chaque match compte double »
Avant le Mondial 2023, les Bleus avaient également identifié certains rendez-vous comme de véritables tests grandeur nature.
Le France – Afrique du Sud remporté 30 à 26 à Marseille en novembre 2022 en faisait partie.
Les Springboks étaient alors des concurrents directs pour la Coupe du monde et le staff Français voulait mesurer son équipe face à une nation capable d’imposer une pression particulière à ses adversaires.
Labit reconnaît que ce genre de rendez-vous possède une importance supérieure à celle affichée publiquement.
« On avait coché ce match contre des concurrents directs pour la Coupe du monde. Tu sais que ces adversaires rentrent dans la tête de leurs adversaires. Ce sont des points de passage importants pour se situer même si parfois dans la communication extérieure on va dire que ça ne ressemble pas aux matches de la Coupe du monde. Quand tu démarres la dernière saison qui va t’amener au Mondial, chaque match compte double pour la confiance mais aussi pour l’expérience et la maturité collective. »
À un an du Mondial 2027, les prochaines rencontres des Bleus auront donc une importance particulière.
Pour les cadres qui devront consolider leur statut, pour ceux qui tenteront de gagner les dernières places disponibles, mais également pour les éventuelles révélations capables de reproduire ce qu’avait réussi Louis Bielle-Biarrey quatre ans plus tôt.






