
Un an. Voilà désormais ce qui sépare le XV de France de la Coupe du monde 2027 en Australie. Suffisamment proche pour commencer à y penser, beaucoup trop loin pour construire toute une saison autour de cette seule échéance.
Matthieu Jalibert le sait mieux que beaucoup d’autres : une blessure peut brutalement bouleverser les plans d’un international. Actuellement touché au quadriceps, l’ouvreur Bordelais a donc choisi sa méthode pour rejoindre l’Australie : ne surtout pas calculer.
La tentation pourrait pourtant être immense.
À mesure que le Mondial approche, chaque choc, chaque douleur et chaque match supplémentaire peuvent faire naître la même crainte chez un international : celle de voir quatre années de préparation disparaître sur une blessure.
Matthieu Jalibert ne veut pas entrer dans cette logique.
Il a déjà connu les rendez-vous manqués et se retrouve justement à l’infirmerie en ce début de saison. Mais plutôt que de se protéger pendant les prochains mois, le Bordelais entend continuer à jouer exactement comme il l’a toujours fait.
« Ça m’a déjà coûté, puisque j’ai raté de grands événements »
Le Mondial est évidemment quelque part dans sa tête. Avant cela, il y aura pourtant une saison entière à traverser, des objectifs avec l’UBB, la deuxième partie du Championnat des Nations puis le Tournoi des Six Nations.
Jalibert ne veut donc pas passer les prochains mois à regarder vers l’Australie.
Et surtout pas commencer à lever le pied pour tenter de se protéger. Il s’est confié pour Midi Olympique :
« Je pense que c’est dur de laisser de côté un tel objectif. Mais pour moi, la chose la plus facile à faire, c’est se donner à 100 % et ne pas faire de calculs, parce que c’est le meilleur moyen de se blesser. De toute façon, dans tous les cas, on va devoir aller sur le terrain et se donner à 100 %. Et puis, si quelque chose doit arriver, c’est le destin. J’essaie de ne pas trop y penser. Ça m’a déjà coûté, puisque j’ai raté de grands événements, mais c’est comme ça. Mon but, c’est d’être à la Coupe du monde et je vais me donner à 100 %. Juste me donner à fond, que ce soit pour le club ou l’équipe de France, jusqu’à cette Coupe du monde en Australie. »
Cette philosophie prend forcément une dimension particulière au moment où l’ouvreur soigne une déchirure au quadriceps.
Jalibert estime d’ailleurs que son corps lui présente peut-être aujourd’hui la facture d’une dernière saison particulièrement longue.
Il ne compte pourtant pas les jours avant le Mondial. Sa première bataille est beaucoup plus immédiate : récupérer, retrouver du rythme et redevenir pleinement performant.
2023 n’a pas éteint le rêve, bien au contraire
Derrière cette volonté de vivre le présent se cache pourtant une ambition immense.
Jalibert a déjà connu une Coupe du monde à domicile. Il en a connu l’engouement exceptionnel, mais également la brutalité d’une élimination alors que toute une génération Française rêvait de soulever enfin le trophée.
Trois ans plus tard, ce souvenir n’a rien effacé.
Il nourrit même la conviction que cette génération possède encore quelque chose de très grand à accomplir.
Pour Jalibert, l’échec de 2023 doit désormais devenir une expérience sur laquelle construire.
« Parce que c’est le trophée qui est le plus excitant dans le monde du rugby. Surtout en France, où aucune équipe n’a encore réussi à la soulever. Or, j’ai le sentiment qu’on a une génération qui a les capacités de pouvoir espérer et de rêver. Il y a tout pour faire de bonnes choses. Forcément qu’on a envie d’être dans le bon wagon pour vivre encore une fois une expérience extraordinaire, parce qu’on a déjà eu la chance de le vivre en 2023. Même si ça ne s’est pas fini comme on l’a voulu, on a vécu quelque chose de fou avec un engouement incroyable. Et ça, ce sont des moments qui restent inoubliables. »
La désillusion Française d’il y a quatre ans accompagnera donc forcément les Bleus en Australie.
Pas comme un poids, espère Jalibert, mais comme une leçon.
« Elle doit nous servir. Cet échec, ça doit être une expérience et un vécu collectif qui doit nous servir pour l’Australie. En tout cas, je l’espère. »
Et au bout du chemin, encore les Springboks ?
Impossible enfin de parler d’un titre mondial sans regarder vers l’Afrique du Sud.
Les Springboks restent, aux yeux de Jalibert, la référence. Leur maîtrise des grands rendez-vous et leur capacité à imposer leur rugby en font encore l’équipe à regarder.
Mais certainement pas une équipe devant laquelle les Français devraient s’avouer vaincus avant même de jouer.
C’est peut-être là que se trouve toute l’ambition de cette génération : respecter l’Afrique du Sud sans la considérer intouchable.
Jalibert assume cette confiance à un an du rendez-vous.
« Ça reste la nation qui domine le plus aujourd’hui. Après, on ne va pas partir perdants. Je pense qu’on a les capacités, les qualités pour les mettre à mal. Maintenant, c’est une équipe qui maîtrise tellement bien son sujet que ça sera toujours difficile. D’ici là, il y a du temps, on va encore progresser, et j’espère qu’on aura les capacités de les titiller. »
Pour Jalibert, le chemin vers l’Australie commence donc paradoxalement par ne pas trop regarder l’Australie. Jouer, retrouver son corps, ne rien calculer et laisser les prochains mois décider du reste.







