
Mené 13-12 par Clermont à la pause, le Stade Rochelais a complètement changé de visage au retour des vestiaires pour finalement s’imposer 38-13. Grégory Alldritt raconte les coulisses de cette métamorphose.
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le scénario, aucun énorme coup de gueule n’a été nécessaire à la mi-temps. Quelques mots, des ajustements en conquête et l’impact considérable d’un banc composé de sept avants ont suffi à libérer les Maritimes.
La première période avait pourtant de quoi frustrer les Rochelais.
Après deux semaines compliquées, Alldritt reconnaît que son équipe évoluait avec une certaine fébrilité. Et c’est notamment sur les fondamentaux que La Rochelle éprouvait des difficultés.
« On est un peu fébrile sur nos basiques »
Pour Alldritt, le problème se situait principalement devant, avec une conquête incapable de fournir suffisamment de ballons propres dans les zones importantes. Il s’est confié pour Sud-Ouest :
« On est un peu fébrile sur nos basiques, surtout devant, touche, mêlée. Elle n’est pas si catastrophique que ça sur le plan défensif, on prend six points sur pénalité et un essai qu’on peut facilement éviter, je pense. Mais dans leurs 30 mètres, on n’a pas pu exploiter une seule mêlée ou une seule touche. Sur la seule touche qu’on exploite, ou quasiment, on arrive à marquer un essai. Il faut qu’on arrive à être plus précis là-dessus. »
À cette imprécision s’ajoutait le poids des résultats précédents. Les Rochelais avaient besoin de se libérer et surtout de retrouver du plaisir avec leur public.
Alldritt ne cache pas que les dernières semaines avaient laissé des traces.
« Bien sûr, on est humain, on est compétiteur, on n’est pas fier de nos résultats lors des deux derniers matchs. Il fallait aussi évacuer ça, arriver à retrouver un petit peu de plaisir, de communion avec le stade. C’est ce qui s’est passé en deuxième mi-temps. Avant, il nous a manqué quelques trucs pour vraiment lancer ce stade, ce public, et que la fête soit belle. On va le revoir. Quand tu fais les efforts à 30 mètres de leur ligne, avec mêlée ou touche pour toi et que tu prends un contre sur tes 22 mètres, tu perds une énergie folle… »
Pas de gros coup de gueule dans le vestiaire
Avec un point de retard à la pause, on aurait pu imaginer une intervention particulièrement musclée dans le vestiaire.
Il n’en a rien été.
Le message a surtout consisté à demander aux joueurs de respirer, de prendre confiance dans leurs qualités et de se libérer.
« Le banc a fait une très, très bonne entrée, ça aide énormément. Il n’y a pas vraiment eu de gros discours ou de coup de gueule à la mi-temps, c’était juste “soufflez un coup, on est largement capable, on a toutes les qualités nécessaires, il faut juste s’envoyer, laisser sortir et laisser partir”. J’imagine que Uini et Donnacha (Atonio et Ryan, les entraîneurs de la conquête) ont donné deux ou trois conseils parce que la touche et la mêlée ont été performantes. Chacun a fait son job. »
Le résultat a été spectaculaire : La Rochelle a retrouvé sa conquête et progressivement imposé sa puissance.
Le banc en 7-1 a fait la différence
Cette montée en puissance n’était pas totalement le fruit du hasard.
La Rochelle avait choisi un banc composé de sept avants et d’un seul trois-quarts. Une stratégie dont Alldritt détaille clairement l’objectif.
Les titulaires du paquet d’avants peuvent se dépenser sans compter pendant une cinquantaine de minutes avant que des joueurs frais ne viennent maintenir, voire augmenter, l’intensité.
« Quand tu fais 7-1, il faut qu’il ne reste quasiment qu’un seul avant sur le terrain, on doit donc voir la différence devant. Ça s’est vu en mêlée, en touche, partout. L’objectif, c’est de rester fort en conquête pendant quatre-vingts minutes. On veut mettre beaucoup de mouvement, et on sait que quand il y en a beaucoup, les joueurs qui pèchent sont ceux du 5 de devant. C’est pensé pour leur permettre de lâcher les chevaux pendant quasiment quarante ou cinquante minutes avant d’avoir ce turnover qui va amener beaucoup d’énergie, ce qui crée des turnovers qu’on peut exploiter. »
McFarland rappelle Victor Vito à Alldritt
Dans cette volonté de retrouver de la domination devant, Theo McFarland occupe également une place importante.
Et Alldritt utilise une comparaison particulièrement flatteuse pour décrire ce que son coéquipier apporte au jeu Rochelais.
Par certaines de ses qualités, McFarland lui rappelle Victor Vito.
« Il nous fait énormément de bien en touche, il me rappelle un peu Victor dans ses prises de balle, etc. Il amène énormément de hauteur et, dans les couloirs, de vitesse et de vista. Il nous fait avancer sur les côtés pour que nous ayons un petit peu plus d’espace au milieu. C’est super. En plus de ça, il amène beaucoup d’énergie au groupe, ce n’est pas un grand bavard mais il a les mots justes. »
Après deux semaines difficiles, La Rochelle a donc retrouvé de la conquête, de l’énergie et du plaisir. Mais malgré l’ampleur du score final, Alldritt refuse déjà tout emballement.
Pour le numéro 8, cette victoire doit avant tout servir de base de travail.
« L’objectif, même si Clermont est une magnifique équipe, était une belle victoire, prendre du plaisir, c’est chose faite. Maintenant, on sait aussi que le Top 14 est compliqué et que des scores comme Bordeaux-Lyon, 39-7 à la mi-temps, ce n’est pas tous les week-ends. Ce qui compte, c’est qu’au bout de quatre-vingts minutes, on finit à 6 essais à 1. On ne va pas s’emballer non plus, il faut continuer à bosser. »







