
Quelle place doit réellement occuper l’arbitrage vidéo dans le rugby moderne ? Face à l’impression d’une utilisation toujours plus importante du TMO, Frédéric Michalak a posé directement la question à Jean Lespes, ancien arbitre central devenu arbitre vidéo depuis deux ans.
Celui-ci assure via L’équipe que le pouvoir reste entre les mains de l’arbitre de champ et détaille surtout les procédures qui permettent au TMO d’intervenir, parfois même sans avoir été sollicité. Un nouveau dispositif doit également permettre d’effectuer davantage de vérifications en arrière-plan sans interrompre les rencontres.
Le débat revient régulièrement lorsque l’arbitre central interrompt une rencontre pour consulter les images.
Frédéric Michalak a donc posé la question de manière très directe.
L’ancien international Français s’interroge sur une éventuelle dépendance croissante à la vidéo.
« On va parler de la place du TMO dans le rugby. Je ne suis pas arbitre donc j’ai invité Jean Lespes, un ancien arbitre central et depuis deux ans arbitre vidéo. On sent une dépendance au TMO. Qui arbitre réellement les matches ? »
« L’arbitre central reste le seul décisionnaire »
Pour Jean Lespes, la hiérarchie ne souffre d’aucune ambiguïté.
Le TMO appartient à une équipe arbitrale et doit fournir à l’arbitre central les images susceptibles de lui avoir échappé.
Mais la décision finale ne revient jamais à l’arbitre vidéo.
« C’est l’arbitre central qui reste le leader de l’équipe. On travaille toujours en équipe avec l’arbitre central et les juges de touche. Le rôle du TMO, c’est de lui montrer, via les images, des choses que tout le monde a vu et que l’arbitre terrain n’a pas perçu. L’arbitre central reste le seul décisionnaire car même quand on affiche aux écrans, c’est lui au final qui va décider de la sanction ou de la suite du match. »
Reste une question régulièrement posée par les spectateurs : pourquoi la vidéo intervient-elle parfois alors que l’arbitre central n’a formulé aucune demande ?
Pourquoi le TMO peut intervenir tout seul
Jean Lespes explique que l’arbitre vidéo ne possède pas une liberté totale pour revenir sur n’importe quelle action.
Ses possibilités d’intervention sont encadrées.
Deux domaines sont notamment concernés : la marque et le jeu déloyal.
« Le TMO intervient sur des process clairs. La marque et le jeu déloyal. S’il y a un jeu déloyal qui a été raté par l’équipe terrain, on peut y revenir. Ce sont des process bien définis et le TMO ne peut pas rentrer quand il veut au cours d’un match. On a des procédures assez claires et des champs d’action qui sont clairs aussi justement pour ne pas prendre la place de l’arbitre central sur le terrain. »
L’ancien arbitre central rappelle également l’impressionnante quantité de décisions prises par l’homme au sifflet au cours d’une rencontre.
« L’arbitre central, sur un match, a 100 décisions à prendre et il siffle 25 fois. Dans un match, si on a trois ou quatre interventions du TMO sur nos prérequis, je trouve que ce n’est pas excessif. »
Seulement quatre minutes sur 93 ?
L’un des principaux reproches adressés au TMO concerne les interruptions provoquées par la recherche et le visionnage des images.
Jean Lespes reconnaît que ces séquences peuvent ralentir une rencontre, mais relativise leur importance dans la durée totale d’un match.
« Mais ça peut faire perdre du temps à un match. Quand tu vois le temps que l’on met pour les mêlées, les touches et faire entrer les remplaçants, je trouve que 4 minutes sur 93 minutes de match, ce n’est pas énorme. »
L’objectif reste néanmoins de réduire encore ce temps.
Et une évolution technique est justement en cours.
Le TMO peut désormais vérifier une action « en off »
Jean Lespes explique que les arbitres vidéo disposent actuellement d’un nouveau système baptisé VOGO.
Celui-ci doit permettre au TMO d’accéder en direct à l’ensemble des plans de caméra et donc d’effectuer plus rapidement ses vérifications.
Surtout, certaines actions peuvent être contrôlées sans interrompre le match.
« On est actuellement sur un nouveau système VOGO qui nous permet d’avoir tous les plans de caméra, en live sur le match. Justement, dans le but d’accélérer cette prise de décision. Soit on rentre car on a trouvé quelque chose, soit on ne rentre pas car on a vérifié en off quand on a un petit doute pour ne pas casser le rythme du match alors que l’an dernier, on ne pouvait pas le faire. »
Une évolution importante puisque l’arbitre vidéo peut ainsi lever certains doutes en arrière-plan sans déclencher systématiquement une séquence vidéo visible de tous.
« On va pouvoir gagner du temps sur les matches »
Pour Jean Lespes, l’amélioration du TMO ne passera donc pas nécessairement par une révolution des règles.
Elle doit surtout venir d’une meilleure coordination entre les différents membres de l’équipe arbitrale et d’une utilisation plus efficace des images disponibles.
Le choix du bon angle de caméra devient notamment déterminant pour accélérer la décision.
« On peut vérifier en off si l’arbitre central n’a pas raté quelque chose ou s’il y a un doute. Il faut patienter que tout se mette en place et ça va le faire très prochainement. Il n’y a pas d’idée révolutionnaire pour améliorer l’arbitrage TMO, c’est dans la collaboration entre les TMO et les arbitres terrains. Le choix des angles est aussi important pour que l’arbitre décide rapidement. Puis nous avons des call que nous pouvons faire en off pour éviter de déclencher un appel vidéo et donc gagner du temps. Avec VOGO, on va pouvoir gagner un gain du temps sur les matches. »







