
Tevita Tatafu se retrouve dans une situation assez paradoxale à l’Aviron Bayonnais. À 24 ans, le puissant pilier droit de 145 kilos enchaîne enfin les rencontres après de longs mois perturbés par les blessures.
Une excellente nouvelle pour le club basque, mais ses deux dernières prestations ont soulevé des interrogations, notamment en mêlée fermée. Malgré ces difficultés, Fabien Galthié continue de lui accorder sa confiance et l’a convoqué parmi les 42 joueurs du XV de France.
À Bayonne, ses partenaires restent convaincus de son immense potentiel, tout en estimant qu’il doit désormais franchir un cap.
Ce samedi face à Lyon, Tevita Tatafu disputera son septième match consécutif en Top 14. Une série qu’il n’avait plus réalisée depuis dix-huit mois.
Sous contrat avec l’Aviron jusqu’en 2030, l’international français aux trois sélections semble enfin retrouver la continuité qui lui a tant manqué. Mais pour s’imposer durablement au plus haut niveau, il devra transformer cette régularité en performances convaincantes.
« Il doit nous apporter plus » : Arthur Iturria attend davantage
Le capitaine de l’Aviron Bayonnais ne cache pas les attentes placées dans son jeune pilier droit.
Arthur Iturria connaît parfaitement les qualités physiques exceptionnelles de Tevita Tatafu, mais considère que le joueur doit désormais apporter davantage à son équipe.
Il rappelle néanmoins que les blessures ont considérablement freiné sa progression ces dernières saisons.
Arthur Iturria a livré son analyse via Sud Ouest sur la situation de son coéquipier :
« Certains disent qu’il est un peu fatigué par moments, mais en deux ans, on l’a vu un peu moins de 16 fois avec l’Aviron. Ce n’est pas assez pour un joueur de ce niveau-là. Il doit nous apporter plus. Mais il ne faut pas aussi oublier qu’il est jeune. On a tendance à croire qu’il a 30 ans (rires). C’est un joueur qui a aussi besoin aussi d’apprendre. Le fait qu’il enchaîne, c’est une très bonne chose pour lui, et pour nous. »
Un discours exigeant, mais également encourageant pour un joueur qui dispose encore d’une importante marge de progression.
Deux prestations compliquées en mêlée fermée
Si Tevita Tatafu bénéficie toujours d’une confiance importante, ses dernières sorties n’ont pas été à la hauteur des attentes.
Lors de la victoire de Bayonne contre le Stade Français (35-32), début octobre, le pilier droit a été mis en difficulté en mêlée fermée.
Ses problèmes dans ce secteur ont conduit le staff à le remplacer dès la mi-temps.
Une semaine plus tard, lors du déplacement à Toulouse (défaite 45-34), le scénario s’est répété, avec de nouvelles difficultés dans l’exercice.
Pour autant, le manager bayonnais Gerard Fraser refuse de remettre en question son joueur.
Il estime que Tatafu a surtout besoin d’accumuler les minutes de compétition pour retrouver son meilleur niveau.
Gerard Fraser a expliqué pourquoi il maintenait sa confiance au pilier international :
« Il a besoin de bosser en mêlée, et il le fait beaucoup avec Moretti (NDLR, Andrea, le coach des avants). Nous sommes contents de Tevita. C’est quelqu’un qui a besoin de jouer. Il a besoin de trouver ce rythme de match. C’est trop important, surtout pour les mecs lourds comme lui, parce qu’ils ne vont jamais retrouver la même intensité dans les entraînements. Le fait qu’il enchaîne, qu’il ne se blesse pas, qu’il soit motivé, c’est hyper positif. »
La priorité du staff reste donc de permettre à Tatafu de retrouver une véritable continuité physique et sportive.
Fabien Galthié continue de croire en lui
Malgré ses performances irrégulières, Tevita Tatafu conserve une place importante dans les projets du XV de France.
Fabien Galthié l’a de nouveau convoqué pour le prochain rassemblement des Bleus.
Le pilier bayonnais figure parmi les 42 joueurs retenus, aux côtés de trois autres éléments de l’Aviron : Esteban Capilla, Guillaume Cramont et Alexandre Fischer.
Le sélectionneur français voit toujours en Tatafu un joueur capable de s’imposer durablement au poste de pilier droit.
Une confiance qui ne date pas d’hier.
Depuis plusieurs rassemblements, le staff tricolore fait appel au Bayonnais dès que son état physique le permet.
Début septembre, Jean Monribot avait déjà souligné l’importance de son retour sur les terrains.
L’entraîneur de la touche bayonnaise s’était réjoui de revoir Tatafu en compétition :
« Ça fait plaisir de le voir sur le terrain. »
Il avait toutefois rappelé que les performances en club devaient rester prioritaires :
« C’est sûr qu’il a des ambitions en équipe de France mais il faut d’abord qu’il se concentre sur son club, qu’il fasse de bonnes performances, et les choses viendront naturellement après. »
« C’est un animal » : les Bayonnais impressionnés par sa puissance
Au sein du vestiaire bayonnais, personne ne doute des capacités physiques de Tevita Tatafu.
Avec ses 145 kilos, le pilier droit possède un gabarit particulièrement impressionnant. Mais ses qualités ne se limitent pas à son poids.
Sa puissance dans les contacts et sa capacité à faire reculer les défenseurs constituent des atouts majeurs.
Le demi de mêlée Léo Coly ne cache pas son admiration :
« C’est un animal, on ne va pas se mentir. Il est très puissant, avec des qualités physiques hors normes. »
Une anecdote racontée par Lucas Paulos illustre parfaitement cette puissance.
Lors de la réception de Clermont, le 19 septembre, Tatafu aurait notamment impressionné le troisième ligne argentin Marcos Kremer.
Lucas Paulos a raconté cet affrontement entre les deux joueurs :
« Quand ils sont venus ici (19 septembre), Tevita lui a mis un cul (sic) ! Je suis très proche de Marcos. À la fin, il m’a dit qu’il avait senti toute sa détermination. »
Des qualités qui expliquent pourquoi le staff bayonnais continue de miser sur le jeune international malgré ses difficultés récentes.
« Honnêtement, ça reste une machine »
Les coéquipiers de Tevita Tatafu insistent également sur son investissement au quotidien.
Derrière son tempérament souriant, le pilier droit serait particulièrement sérieux dans son travail.
Le talonneur Lucas Martin souligne notamment sa capacité à accepter les critiques et à se remettre en question.
Il a décrit l’attitude de Tatafu à l’entraînement :
« Sous son air un peu gentil, c’est quelqu’un qui sait se remettre en question et qui travaille fort. Peu de personnes le voient mais au Campus, il ne dit rien et travaille dur. Honnêtement, ça reste une machine. S’il continue d’enchaîner, ça va être un gros client. »
Léo Coly partage cette confiance, même s’il estime que son partenaire doit encore gagner en constance.
Le demi de mêlée a évoqué les progrès nécessaires pour franchir un cap :
« Je le suivais ces dernières saisons et tu pouvais le voir livrer un match trois étoiles un week-end puis disparaître pendant trois semaines. S’il est bien physiquement et mentalement, il peut s’installer dans cette classe de droitiers de niveau international. »
Un joueur apprécié, mais attendu au tournant
Malgré les exigences qui entourent son retour au premier plan, Tevita Tatafu conserve une excellente réputation humaine dans le groupe bayonnais.
Son sourire et sa bonne humeur sont régulièrement évoqués par ses partenaires.
Lucas Martin apprécie particulièrement son état d’esprit :
« Franchement, Tevita, c’est un plaisir de travailler avec lui parce qu’il a la banane tous les jours. »
Léo Coly confirme cette image, avec une pointe d’humour :
« C’est un îlien. Il est trop gentil, toujours sympa, toujours le smile (sic). Bon, il est un peu feignant parfois, mais ça fait aussi son charme. »
Le prochain rassemblement du XV de France pourrait également contribuer à accélérer sa progression.
Tom Spring, qui connaît les exigences de Marcoussis, estime que cette expérience lui sera bénéfique.
L’arrière bayonnais a expliqué ce que le joueur pouvait retirer de son passage chez les Bleus :
« Ils vont être exigeants avec lui et ça ne va lui apporter que du plus. On va le récupérer encore plus en forme. »
Avant de rejoindre éventuellement le groupe tricolore, Tevita Tatafu devra toutefois répondre présent ce samedi contre Lyon.
Face à la concurrence d’Emerick Setiano et de Luke Tagi au poste de pilier droit, l’international français sait que son statut ne le dispense pas de confirmer sur le terrain.







