
Le décès de Cléa, jeune joueuse de rugby âgée de 17 ans, continue de bouleverser le rugby français. Victime d’un grave accident samedi 17 octobre lors d’une rencontre à Marmande, l’adolescente s’est éteinte mercredi 21 octobre à l’hôpital de Bordeaux.
Alors que la Fédération française de rugby promet de faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame, plusieurs responsables du rugby amateur s’interrogent sur la sécurité des jeunes pratiquants.
Une tragédie qui rappelle également celle de Nicolas Haddad, jeune joueur licencié au Rugby Club Toulonnais et à Saint-Maximin, décédé en mars 2025 après un accident survenu pendant un match.
Au-delà de l’immense émotion suscitée par la disparition de Cléa, les questions se multiplient autour de la formation des jeunes joueurs, de la maîtrise des contacts et des différences d’expérience entre les équipes.
Les circonstances exactes de l’accident restent toutefois à déterminer et aucun élément ne permet, à ce stade, d’attribuer une responsabilité à une joueuse ou à un encadrant.
Un accident dramatique lors d’un match à Marmande
Samedi 17 octobre, Cléa disputait une rencontre de la catégorie Cadettes Accessions à XV avec l’Union du Bassin Marmandais face à Agen Agglo Rugby.
La jeune joueuse, originaire de Virazeil, était titulaire au poste de troisième ligne aile.
Le coup d’envoi avait été donné à 15 heures au stade Georges-Dartiailh.
Selon les informations rapportées par La Dépêche, l’adolescente aurait subi un violent choc à la tête au début de la seconde période, suivi d’un arrêt cardiorespiratoire.
Les secours, dont l’arrivée est située à 15h52 selon le récit publié, seraient parvenus à rétablir une activité cardiaque après une réanimation.
Cléa avait ensuite été évacuée en urgence vers le CHU Pellegrin de Bordeaux.
Malgré sa prise en charge médicale, elle est décédée quatre jours après la rencontre, mercredi 21 octobre.
Les causes médicales précises de son décès n’ont pas été rendues publiques.
La Fédération française de rugby promet des explications
L’annonce de la disparition de Cléa a provoqué une immense émotion au sein de son club et dans l’ensemble du rugby amateur.
L’Union du Bassin Marmandais a rapidement publié un communiqué pour exprimer sa tristesse.
Le club a rendu hommage à sa jeune joueuse :
« C’est avec une immense tristesse et une douleur indescriptible que l’Union du Bassin Marmandais a appris le décès de Cléa, 17 ans, jeune joueuse de notre club, victime d’un accident lors de la rencontre face à Agen Agglo Rugby. »
Une cellule psychologique a été mise en place pour accompagner les joueuses, les éducateurs et les proches touchés par ce drame.
La Fédération française de rugby a également exprimé son soutien à la famille.
L’instance fédérale a assuré que :
« Tout sera fait pour comprendre les circonstances. »
La question des suites judiciaires a également été évoquée.
Contacté par L’Équipe, le procureur de la République d’Agen, Olivier Naboulet, a précisé qu’aucune procédure pénale n’avait été engagée à ce stade.
Le magistrat a indiqué :
« Cette dramatique affaire n’a pas fait l’objet d’une procédure judiciaire pénale, ni d’enquête de gendarmerie. Pour l’heure, je n’ai pas davantage été informé d’une plainte. »
Ces précisions distinguent les démarches visant à comprendre les circonstances sportives de l’accident d’une éventuelle enquête pénale.
« Est-ce qu’elle était prête à jouer face à une équipe d’un niveau supérieur ? »
Le décès de Cléa suscite également des interrogations sur les conditions dans lesquelles les jeunes joueuses découvrent le rugby et participent aux compétitions.
Jean-Claude Tardieu, président du comité du Lot, s’interroge notamment sur les écarts d’expérience susceptibles d’exister entre certaines équipes.
Dans L’équipe, il soulève la question de la préparation des jeunes joueuses :
« Cette gamine venait de découvrir le rugby (elle avait trois ans de licence). Est-ce qu’elle était prête à jouer face à une équipe d’un niveau supérieur ? Aujourd’hui, une gamine qui prend sa licence peut se retrouver à jouer huit jours plus tard contre une équipe expérimentée. »
Le dirigeant met en cause certaines pratiques de constitution des effectifs, notamment lorsque des clubs disposent d’un nombre limité de licenciées.
Il estime que ces différences d’expérience peuvent devenir problématiques :
« C’est là qu’arrive le drame. »
Ces interrogations ne constituent toutefois pas une explication établie de l’accident de Marmande.
Les circonstances exactes du choc subi par Cléa restent à éclaircir.
« Le risque zéro n’existe pas »
Stéphanie Vermande, présidente de la commission féminine du Lot, a de son côté échangé avec les jeunes joueuses de la sélection départementale des moins de 15 ans.
L’objectif était notamment de les accompagner après l’annonce du décès et de rappeler l’importance de la sécurité dans la pratique du rugby.
Elle explique le message transmis aux adolescentes :
« On leur a expliqué que cet accident a eu lieu à la suite d’un fait de jeu et que le risque zéro n’existe pas. La mise en sécurité des joueuses est la priorité. »
L’ancienne handballeuse insiste particulièrement sur l’apprentissage des gestes techniques et sur la maîtrise des chutes.
Elle rappelle également les limites des équipements de protection :
« Ce n’est pas parce qu’on porte un casque qu’on est hors de danger. Mais il ne faut pas jouer avec la peur au ventre. »
Pour Stéphanie Vermande, l’accompagnement psychologique doit aussi concerner les jeunes joueuses qui affrontaient Marmande au moment du drame.
Elle souligne :
« Il ne faut pas les oublier. Il va falloir un gros accompagnement psychologique pour les deux équipes et les dirigeants. »
Le souvenir douloureux de Nicolas Haddad, jeune joueur du RCT
Cette tragédie rappelle un autre drame qui avait profondément marqué le rugby français en mars 2025.
Nicolas Haddad, âgé de 14 ans, était licencié au Rugby Club Toulonnais et au club de Saint-Maximin.
Lors d’une rencontre amateur de Régional 2 Cadets U16 disputée en Haute-Corse, le jeune joueur avait subi un violent choc à la tête en tentant un plaquage.
Sa tête avait heurté le genou d’un adversaire.
Après être tombé au sol, il avait présenté des convulsions avant un arrêt cardiorespiratoire.
Hospitalisé à Bastia, Nicolas Haddad était décédé trois jours plus tard, le 18 mars 2025.
Une enquête judiciaire avait été ouverte afin de déterminer les circonstances de l’accident.
En avril 2025, le parquet de Bastia avait finalement décidé de classer l’affaire sans suite.
Le procureur avait alors expliqué :
« Les examens médicaux et les auditions de témoins permettent de conclure à l’absence de geste volontairement dangereux et à une cause accidentelle. »
La famille du jeune joueur avait également tenu à écarter toute recherche de responsabilité individuelle.
Ses proches avaient affirmé que :
« Personne n’était responsable de ce qui est arrivé. »
Les deux drames sont distincts et leurs circonstances ne doivent pas être confondues. Leur rapprochement ravive néanmoins les interrogations sur les risques liés aux contacts dans le rugby des jeunes.
« Au niveau fédéral, il va falloir faire quelque chose »
Parmi les personnes particulièrement touchées par le décès de Cléa figure Philippe Cubaynes.
Président de l’association Rugby Espoir Solidarité, qui accompagne les grands blessés du rugby français, il possède une histoire douloureuse avec le stade de Marmande.
Il y a 47 ans, lors d’une demi-finale de Fédérale 3 disputée sur ce même terrain, il avait été victime d’un grave accident qui l’a laissé en fauteuil roulant.
La disparition de Cléa ravive donc un souvenir personnel particulièrement éprouvant.
Philippe Cubaynes confie son émotion et appelle à une réflexion sur les règles :
« On est tous bouleversés, c’est dramatique. Ça me fait peur. Au niveau fédéral, il va falloir faire quelque chose au niveau des règles de jeu. Le plaquage est un geste qu’il faut apprendre. »
Son témoignage rejoint les préoccupations exprimées par plusieurs responsables du rugby amateur sur l’importance de l’apprentissage des contacts.
Alors que les familles, les joueuses et les clubs traversent une période de deuil, la Fédération française de rugby devra désormais chercher à établir précisément les circonstances de l’accident de Marmande, sans tirer de conclusions prématurées sur ses causes.






