Le rugby français se mobilise contre les réformes imposées par World Rugby, accusées de menacer l’identité et la sécurité du jeu. Ce dimanche sur Sud Radio, Mathieu Raynal, désormais à la tête de la cellule haute performance de l’arbitrage au sein de la FFR et de la LNR, a sonné l’alarme.
Au cœur des tensions : la généralisation du carton rouge avec suspension de 20 minutes. « L’exclusion de 20 minutes est imposée par World Rugby à tous les pays du monde à l’heure actuelle. Nous, nous avons juste amené un changement de couleur pour que ce soit plus lisible aux yeux du grand public », explique Raynal. Si cette sanction intermédiaire semblait pertinente pour clarifier certaines décisions contestées, elle reste selon lui limitée à « très peu de cas ».
Le technicien catalan dénonce surtout ce qu’il considère comme une « dérive inquiétante » : « Le danger aujourd’hui, c’est que World Rugby est en train de faire disparaître le carton rouge définitif en passant tout en exclusion de 20 minutes, et ça, c’est dramatique. […] Leur ligne, c’est : les morsures, coups de poing ou de pied, c’est exclusion définitive, mais tout le reste, c’est exclusion de 20 minutes. » Avec ses collègues Florian Grill et Abdelatif Benazzi, Raynal a directement interpellé la direction de World Rugby pour défendre la fermeté nécessaire à la protection des joueurs.
Autre bastion menacé : la mêlée fermée, véritable socle du rugby français. « Ça fait 150 ans que les ballons se mettent droits en mêlée, ce qui est très important pour le principe d’équité », souligne Raynal. Face aux pressions venues du Sud, notamment de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, pour accélérer le jeu en modifiant cette phase, il affirme : « Ce n’est pas parce que les Néo-Zélandais ou les Australiens disent qu’il faut qu’on passe moins de temps sur les mêlées, qu’il faut que ça aille plus vite, que l’on doit mettre les ballons directement dans les pieds du 8. Ça fait partie du symbole de notre sport. Si on enlève la mêlée du rugby, je ne suis pas convaincu qu’on va plus remplir les stades qu’à l’heure actuelle dans les pays du Sud. »
Le constat de Raynal est sans appel : « Ce qu’ils veulent, c’est plus de passes, plus d’essais, moins passer de temps sur les mauls et les mêlées. Pour nous, ce sont des symboles forts. On défend ces spécificités de notre sport et on pense que ça fait partie de l’intérêt général. » Il souligne également la vitalité du rugby en France, où « on a un championnat qui fonctionne très bien, les stades sont pleins et le rugby est plus regardé que le football en France actuellement. On ne veut pas subir des orientations qui viennent de pays où les stades sont vides. »
En conclusion, Raynal rappelle fermement les priorités qui devraient guider l’évolution des règles : « Les nations de l’hémisphère sud tentent de recréer du spectacle et de faire revenir des gens à tout prix en sacrifiant le principe d’équité et de sécurité des joueurs, et ça, on est absolument contre. Les évolutions des règles doivent se faire selon trois principes : sécurité, équité et continuité du jeu. Eux mettent le troisième principe au-dessus des deux premiers et ce n’est pas normal, car ça ne s’est jamais fait dans l’histoire de notre sport. On essaie donc de faire respecter ça, ainsi que notre culture et nos racines. »
Dans ce bras de fer entre traditions et spectacle, la France résiste pour préserver l’essence même du rugby.







