Si le XV de France reste en course pour un Grand Chelem, la rencontre face à l’Italie à Lille a mis en lumière une inquiétante faiblesse : la mêlée, autrefois un bastion quasi invincible, révèle aujourd’hui des fragilités préoccupantes.
Ce match, marqué par seize épreuves de force, a fait ressortir les difficultés apparues après la fin brutale de la carrière d’Uini Atonio, difficultés amplifiées par une infirmerie débordée.
### Le casse-tête du poste de pilier droit
L’absence d’un successeur naturel au colosse rochelais est désormais un casse-tête majeur. Entre les blessures à répétition de Tevita Tatafu et Demba Bamba, et des profils jugés trop légers ou inadaptés, le staff tricolore manque cruellement de profondeur.
Patrice Collazo, manager du Racing 92, tempère ce constat dans Midi Olympique :
« C’est sûr que nous ne sommes pas aussi riches à droite qu’à gauche, mais il faut leur laisser un peu de temps car le niveau international est différent du Top 14. »
Pour pallier ce déficit, Fabien Galthié a opté pour la cohésion toulousaine. En alignant un pack majoritairement composé de joueurs du Stade, il espérait s’appuyer sur des repères communs :
« Quand on fait une équipe, il y a un équilibre à trouver. La mêlée, c’est subtil : ce sont des sensations, des ressentis, des liaisons. Nous retrouvons donc dans notre huit de départ beaucoup de joueurs qui jouent dans le même club. »
### Entre « triches » adverses et sanctions arbitrales
Malgré la puissance apportée par la paire Flament-Meafou en deuxième ligne, la mêlée française a enchaîné les difficultés, concédant quatre pénalités et deux coups-francs. Ce bilan s’explique aussi par la stratégie italienne flirtant avec les limites du règlement.
Yannick Bru, manager de l’UBB, décrit ce combat tactique borderline dans Midi Olympique :
« J’ai remarqué l’agacement de Dorian Aldegheri et je le partage car j’ai trouvé le placement du gaucher Danilo Fischetti très limite. Je l’ai souvent vu placé en retrait, avec son épaule intérieure cachée derrière celle de Nicotera, ce qui forçait Aldegheri à partir en travers à chaque fois. »
Un constat partagé par Patrice Collazo qui dénonce la passivité arbitrale :
« Ce qui est surprenant, c’est que l’arbitre ait laissé faire. »
### Un secteur fragile, mais compensé par l’excellence globale
Faut-il craindre que cette faiblesse ne compromette les ambitions françaises ? Si la réussite en mêlée est en recul par rapport aux éditions précédentes, la solidité des autres secteurs, notamment la touche et la défense, offre un filet de sécurité important.
Patrice Collazo se veut rassurant pour la suite du tournoi :
« Je ne pense pas que la mêlée coûtera des matchs à l’équipe de France. Pourquoi ? Parce que tout le reste est solide. Alors bien sûr, on est habitué à des 93 % ou 94 % de réussite en mêlée sur les derniers Tournois. Ce ne sera peut-être pas le cas cette année, mais autour, on voit que les autres secteurs marchent fort, comme la touche. Avec le temps et les joueurs qui vont monter en compétence, je pense que cela ira de mieux en mieux. »
Reste maintenant à savoir si cette progression sera suffisamment rapide pour accompagner le sprint final vers le titre.







