Le trois-quarts centre international français Emilien Gailleton s’est livré sans retenue dans les colonnes de L’Équipe à propos de son parcours avec les Bleus dans ce Tournoi des Six-Nations.
Titularisé à deux reprises lors des trois derniers matchs, le joueur du Pau rugby savoure cette confiance retrouvée : « Depuis que j’ai commencé en équipe de France, j’ai enchaîné pas mal de hauts et de bas, des non-sélections, des blessures, etc. Pouvoir être aligné deux fois d’affilée, et en plus avec deux belles victoires, donne beaucoup de confiance. Je me suis bien senti autour de mes collègues palois (Fabien Brau-Boirie et Théo Attissogbe évoluaient à ses côtés) et, plus globalement, dans cette ligne de trois-quarts composée de joueurs talentueux qui sentent le rugby et qui aiment jouer. »
S’il se dit globalement satisfait de ses performances, Gailleton reste lucide : « Plutôt bien. Contre le pays de Galles, je fais un match plutôt propre défensivement et je suis opportuniste sur l’action où je marque. Face à l’Italie, je suis un peu moins content en défense, je loupe quelques plaquages (trois). En revanche, je suis davantage satisfait offensivement. J’ai réussi à me mettre un peu plus en valeur. Je me suis fait plaisir. C’est chouette. »
Par ailleurs, il confie avoir géré un certain stress lors de son entrée sur le terrain : « Quand je rentre, je fais deux bons plaquages puis je marque. Pourtant, j’ai pris un coup de stress pour me remettre dedans et me relâcher. Mais, au final, peut-être que j’ai un peu moins gambergé. Je réfléchis beaucoup à ce que l’on peut faire de mieux… Sébastien Piqueronies (son manager à Pau), lui, nous dit souvent qu’on doit se poser le moins de questions possibles et foncer. »
Emilien Gailleton est conscient de la fragilité de sa position au sein du collectif : « J’ai envie de profiter pleinement de chaque instant dans ce collectif qui va bien. Mais je sais que ça peut aller très vite dans un sens comme dans l’autre. Certes, il y a eu les blessures des centres bordelais (Yoram Moefana et Nicolas Depoortere) mais aussi de Kalvin (Gourgues), pour qui j’ai eu une pensée, mais Fabien (Galthié) et son staff m’ont accordé une grosse marque de confiance avec ces deux matches d’affilée. »
Surprise par sa convocation rapide en équipe de France, il avoue : « Honnêtement, je ne m’attendais pas du tout déjà à être appelé aussi rapidement dans les 42. C’était une surprise très agréable. Je sortais d’une blessure à l’épaule (gauche) durant deux mois (contractée contre La Rochelle, le 30 novembre). Je n’avais pas été pris au départ car je n’avais pas encore rejoué. Finalement, une opportunité s’est ouverte et je l’ai saisie. Ça fait du bien à la tête. Quand tu es compétiteur, tu as envie de te mesurer à ce qui se fait de mieux. C’est très fort de jouer pour son pays, encore plus quand tu y as déjà goûté. C’est le Graal. »
Toutefois, il évoque aussi la déception d’être parfois écarté : « C’est très douloureux. Pour l’avoir vécu plusieurs fois ces dernières années, je sais à quel point ça fait mal au cœur de ne pas être pris. Je l’ai dit, oui, j’ai été déçu en novembre de ne pas jouer (Il était remplaçant face aux Fidji et a joué seize minutes). Mais, en prenant du recul, je trouve que les joueurs sélectionnés ont amplement mérité leur place. Il faut essayer d’analyser ce qui a été, ce qui n’a pas été, comprendre, parler avec le staff, construire son parcours pour essayer de s’en approcher le plus possible. Parfois, un style de profil va être plus privilégié par rapport à un plan de jeu. Je le comprends. Maintenant, j’ai envie de me concentrer d’abord sur moi-même et j’espère que j’aurai encore quelques minutes à savourer sur la fin de ce Tournoi. »
Pour gérer la pression inhérente à la haute compétition, Gailleton fait appel à un préparateur mental : « Oui, je vais voir un prépa mental à Pau une fois par mois ou tous les deux mois depuis un petit moment. J’essaie de casser un peu les routines. Ça me fait du bien mais je n’aime pas en parler. J’ai l’impression que si je dévoile ce que je fais, je vais un peu annuler mon travail. J’ai envie de garder ça en moi. »
Il souligne également la forte concurrence au poste de centre en équipe de France : « J’ai l’impression qu’un nouveau centre apparaît chaque année. Pour l’équipe de France, c’est super. Cette émulation permet d’élever le niveau des individus qui vont ensuite élever celui du groupe. Mais il faut faire en sorte que ça ne devienne pas une pression. Personnellement, je regarde ce que les autres font de bien pour leur prendre éventuellement des choses, les recopier et me les approprier. C’est davantage comme ça qu’il faut tourner la concurrence. On se tire vers le haut. Ils vont me permettre de m’améliorer. »
Enfin, il refuse de s’emballer avant le choc contre l’Écosse : « Je sais que c’est dans la tête de tout le monde. Mais, avant le Grand Chelem, on aura ce gros morceau contre l’Écosse (le 7 mars à Édimbourg). Si ça gagne, on pourra alors y penser. Mais pas pour le moment. Jusqu’à présent, les rencontres ont été prises dans l’ordre, avec chacune son importance. Évidemment, on a conscience des attentes mais ça ne nous met pas plus de pression. Encore une fois, pour l’instant, mes objectifs sont déjà personnels. »
Et de conclure sur son ambition à long terme : « J’ai envie de me pérenniser un peu plus dans cette équipe pour gagner ma place chaque week-end, même si je sais à quel point c’est difficile d’y rester. Le reste, on verra plus tard. Je suis conscient de la belle génération que l’on a, avec des joueurs très talentueux. Forcément, on a envie d’écrire l’histoire. Bien sûr, on pense aussi à la Coupe du monde 2027, qui arrive à grands pas (du 1er octobre au 13 novembre, en Australie). Plein de choses font que l’on peut rentrer dans l’histoire du rugby français et peut-être du rugby mondial. »







