Double champion d’Europe en 2022 et 2023, le Stade Rochelais traverse une crise inédite. Après une décennie de progression constante depuis son accession au Top 14 en 2014, le club jaune et noir semble aujourd’hui à bout de souffle. Dixième au classement, il risque de rater une nouvelle fois les phases finales, suscitant des interrogations sur sa méforme persistante et sa perte d’efficacité.
Au cœur de cette situation se trouve Ronan O’Gara, entraîneur réputé pour son exigence radicale et sa personnalité volcanique. Sous sa direction, La Rochelle s’était imposée comme une place forte du rugby européen. Mais cette approche tranchante interroge désormais sa durabilité. L’intéressé confiait récemment : « Dans ma culture, la motivation vient de soi-même. Mais avec certains, je dois gueuler plus dans la semaine. » Cette méthode, parfois jugée trop abrupte, est nuancée par ceux qui le connaissent, comme Laurent Labit, ancien collègue au Racing 92, qui explique au Figaro : « Sur le management humain, c’était un peu difficile pour lui au début. Des fois, il était un peu « cash » avec les joueurs pendant les matchs… » Aujourd’hui, O’Gara semble à la recherche d’un nouveau souffle, conscient de son impuissance face à des résultats décevants.
Le Stade Rochelais souffre également d’un effectif vieillissant. Le pack, longtemps au cœur de la puissance du club, affiche une moyenne d’âge élevée. La retraite anticipée d’Uini Atonio, pilier incontournable, laisse un vide que les jeunes n’arrivent pas à combler. Jean-Pierre Élissalde, ancien joueur et entraîneur, souligne cette problématique : « Le constat est là : il n’y a pas d’huile dans le rouage, l’effectif est vieillissant. Les paroles sont là car je lis la presse et ils disent toujours qu’ils sont prêts et place aux actes. Le dimanche, je vois les mêmes mots et, le lundi, je vois les mêmes maux… » Pierre Bourgarit, talonneur lucide, évoque la difficulté de la transition : « On a pas mal d’éléments jeunes en première ligne. La moyenne d’âge de nos piliers droits n’est pas très élevée. » Ce déficit de puissance, parfois perceptible dans le manque d’engagement, a valu au staff des critiques sévères, comme après la défaite contre Montpellier : « Des mecs aiment le chocolat, le défi physique. Il y a des joueurs de rugby et d’autres qui font des combats de boxe. Bravo à Montpellier, qui a répondu présent à ce niveau. Nous, on était absents… »
Face à ce constat de « fin de cycle », la direction de La Rochelle a décidé d’agir vite. Le club mise sur une jeunesse prometteuse, avec des talents comme Nolann Le Garrec et Davit Niniashvili, tout en renforçant l’effectif avec Watisoni Waqanisaravi et Andy Timo. Ronan O’Gara admit à l’intersaison : « C’est une fin de cycle, il n’y a pas d’autre mot. On a besoin d’un nouveau départ avec de nouveaux joueurs pour créer une émulation interne. Et j’espère aussi progresser dans mon coaching avec mon staff. » Dans ce contexte, l’objectif de qualification pour les phases finales est relégué au second plan. Nolann Le Garrec résume la dure réalité du moment : « Si on faisait le deuil du top 6, je n’irais pas m’entraîner tous les matins. Bien sûr que dans nos têtes, on veut y être mais aujourd’hui, ce serait… malvenu de parler de top 6 et plus. On ne prend pas de points, on n’avance pas. La réalité, c’est ça. »
Pour retrouver son rang, le Stade Rochelais doit surtout accepter son nouveau statut. Grégory Alldritt exprime cette prise de conscience : « Je pense que La Rochelle est redevenue une équipe moyenne de Top 14. On est redevenus outsiders. Peut-être que c’est ce qu’il nous faut aussi maintenant, d’accepter ce rôle et de se libérer, comme disait Ronan (O’Gara), de ces tops 6, de ses qualifs, de ses trucs. » L’objectif immédiat pour les Maritimes est clair : stopper l’hémorragie et renouer avec la victoire dès ce samedi à Castres. Comme le résume leur numéro 8 international : « On va aller faire la guerre à Castres, on verra ce que ça donne… »







