Cette saison, une statistique atypique interpelle dans le Top 14 : les avants de l’ASM Clermont Auvergne réalisent davantage de passes après contact — les fameux « offloads » — que les trois-quarts de l’équipe. Ce choix n’est pas fortuit, mais le fruit d’une réorganisation tactique ambitieuse mise en place par le staff clermontois.
### Un nouveau schéma : les « cellules de quatre »
Pour comprendre cette évolution, il faut observer le positionnement des joueurs sur le terrain. L’été dernier, le club a modifié sa structure offensive : au lieu de former des groupes de trois autour du porteur du ballon, les avants évoluent désormais en « cellules » de quatre.
Cette configuration garantit en permanence la présence d’un coéquipier à proximité pour récupérer le ballon si le joueur porteur est arrêté.
Thomas Ceyte, deuxième ligne de l’ASM, éclaire ce choix dans un entretien à *L’Équipe* :
« On a changé de système de jeu l’été dernier, en passant à des cellules à quatre avants, au lieu de trois. Ça permet d’avoir toujours un avant disponible, si le ruck est propre, pour ramasser les ballons et faire jouer tout de suite, dans la défense, même avant le neuf. »
Cette organisation accélère considérablement la circulation du ballon et déstabilise les défenses adverses, puisque le jeu ne s’interrompt pas au sol.
### Pourquoi privilégier la passe après contact ?
L’avantage principal reste physique. Réussir une passe alors qu’un joueur est plaqué évite la chute au sol, économisant ainsi de l’énergie tout en maintenant le ballon en mouvement.
Selevasio Tolofua, pilier de cette stratégie, résume l’esprit du collectif :
« J’essaie de faire vivre le ballon, de donner de la continuité au jeu. »
Il ajoute : « Moins on passe par le sol, moins on perd d’énergie. »
Pour les avants, c’est aussi une manière de s’impliquer davantage dans le jeu offensif. Thomas Ceyte le souligne avec enthousiasme :
« On a beau jouer deuxième-ligne et faire le travail de l’ombre, on aime aussi faire comme ce qu’on voit à la télé des fois ! Quand tu es petit et que tu aimes le rugby, tu ne regardes pas comment sont nettoyés les rucks… Les offloads, j’aime en faire, et j’essaie de montrer qu’on peut jouer deuxième-ligne et faire ce genre de gestes ! »
### Un apprentissage rigoureux
Cette approche n’a pas été simple à intégrer. Au début, l’équipe a commis des erreurs en perdant trop souvent le ballon durant les passes, ce qui donnait des occasions à leurs adversaires.
Julien Laïrle, coach adjoint, explique :
« On encaissait beaucoup d’essais sur turn-over. »
Pour y remédier, le staff a ajusté les entraînements, privilégiant les séquences longues où le jeu continue sans interruption. Cela permet aux joueurs de mieux apprendre à se replacer défensivement en cas de perte de balle.
« Alors sur nos séances de volume, on a commencé à plus laisser jouer sur des séquences plus longues, plutôt que de les interrompre pour revenir à de l’offensif. On a laissé courir le ballon, pour retrouver la capacité de bien défendre sur les pertes de balle. »
Cependant, ce système repose sur une condition indispensable : le joueur doit d’abord remporter son duel physique. Sans impact initial déterminant, faire une passe après contact est impossible.
Dans les mots de Selevasio Tolofua :
« La passe après contact, c’est d’abord la conséquence d’un duel gagné. C’est quand tu as dominé ta collision que tu peux libérer les bras ! »
Grâce à cette innovation tactique et à une mise en œuvre rigoureuse, l’ASM Clermont Auvergne a réussi à dynamiser son jeu offensif, plaçant ses avants au cœur d’une révolution stratégique qui pourrait bien influencer le Top 14 dans les mois à venir.







