Malgré un début prometteur dans le Tournoi des Six Nations 2026, le XV de France se heurte à une fragilité persistante sur son flanc droit en mêlée. Depuis la retraite forcée d’Uini Atonio, le staff dirigé par Fabien Galthié peine à trouver un pilier capable d’assurer la stabilité essentielle à l’édifice tricolore.
### Un vivier restreint et un « chantier » permanent
La fin de carrière d’Atonio a brutalement mis en lumière la faiblesse du réservoir français à ce poste si particulier. Didier Bès, entraîneur de la mêlée à Montpellier, souligne dans les colonnes de *L’Équipe* le contraste frappant entre la profondeur des talents dans les lignes arrières et la rareté des candidats crédibles en pilier droit : « Aujourd’hui, le poste de pilier droit est un chantier pour l’équipe de France. Dans les lignes arrières, on a deux ou trois équipes avec une richesse terrible. Pas au poste de pilier droit. »
Samuel Cherouk, entraîneur des avants chez les U20, partage le même constat et insiste sur la complexité du rôle : « On a des joueurs qui aiment ce poste, mais il est tellement exigeant. Il te faut des années de métier avant de le maîtriser. Il y a énormément de paramètres à gérer : ta force, ta technique individuelle, ta coordination, ta cohésion avec ton 5, avec ton 7, avec ton talonneur… C’est fou. Tu joues au rugby mais tu as un job différent des autres. »
### L’arbre Atonio cachait la forêt
Pour l’ancien international Sylvain Marconnet, cette difficulté est un problème structurel qui remonte à plusieurs décennies. Dès les années passées, la France avait dû compter sur la naturalisation de Pieter de Villiers pour tenir la mêlée.
« Je ne vois pas arriver les Bielle-Biarrey, Dupont et Ntamack au poste de numéro 3. Mais ces manques ne datent pas d’aujourd’hui. Je jouais avec Pieter de Villiers (70 sélections) qui avait été naturalisé mais n’était pas un pilier français issu de notre formation. Aujourd’hui on est en pleine souffrance. Uini Atonio était un peu l’arbre qui cachait la forêt », analyse Marconnet.
Le consultant rappelle aussi l’importance d’une mêlée dominante pour viser le titre mondial : « Si tu veux être champion du monde, il faudra avoir une mêlée un peu plus dominatrice que ce qu’on a aujourd’hui. C’est la leçon de 2023. Il va falloir un bon axe droit et un bon pilier droit. Mais malheureusement, en un an, tu ne vas pas le trouver. On ne va pas faire de miracle. »
### La solution passe par le travail collectif et la stabilité
Face à cette réalité, Didier Bès mise sur une démarche collective et un travail de fond. « Pour la Coupe du monde, tu as deux ou trois mois pour la préparer en amont. Si tu mets sérieusement l’accent sur la conquête à ce moment-là, tu peux arriver à recaler les choses. Dans le Tournoi, tu as moins de temps pour le faire », précise-t-il.
L’entraîneur appelle aussi à la patience et à la continuité : « Il n’y a pas pléthore de choix, c’est un poste spécial qui demande une maturité un peu plus longue. Il faut qu’on soit plus stables dans ce secteur. Si on décide d’amener Aldegheri, Montagne ou (Georges-Henri) Colombe, il faut de la continuité, les laisser en place, et travailler collectivement. »
Le chantier est donc lancé : sans star providentielle, la voie vers la domination en mêlée repose sur la persévérance et la construction patiente d’un collectif solide à l’ombre des projecteurs.







