Brice Dulin se confie sur les hauts et les bas de sa carrière avec le XV de France
Ancien arrière du XV de France, Brice Dulin revient dans les colonnes de L’Équipe sur les moments marquants de sa carrière internationale, entre souvenirs intenses et déceptions.
Il se rappelle notamment son premier Tournoi des Six-Nations, en 2014, lors d’une victoire historique en Écosse (17-19) : « Je me souviens de mon premier Tournoi des Six Nations. C’était en 2014 et une victoire (17-19, le 8 mars) à Édimbourg grâce à une interception de Yoann Huget. Un vrai hold-up. À l’époque, il fallait des exploits individuels ou des erreurs de l’adversaire pour qu’on remporte nos matches. L’ambiance à Murrayfield m’avait marqué, notamment durant les hymnes. C’est un super souvenir de se retrouver au milieu de ce stade-là. Ça laisse des traces indélébiles. »
Brice Dulin évoque aussi la défaite amère contre l’Écosse en août 2023, un match qui sonnait comme une transition avec une équipe jeune : « C’est dommage parce qu’on avait la capacité de gagner ce jour-là. On avait une équipe jeune en expérience avec pas mal de nouveaux. C’était un peu une transition. J’aurais aimé poursuivre l’aventure avec eux mais c’était cool. Le capitanat a été une expérience particulière dans le sens où il a été un peu partagé sur la fin de match, avec des décisions collégiales. »
Cette rencontre marquait également la fin de son parcours en Bleu, puisque Dulin apprenait alors sa non-sélection pour la Coupe du monde 2023 : « Je savais que ça risquait d’arriver. Je suis parti à la préparation de la Coupe du monde 2023 en sachant que je n’étais pas le choix numéro 1 au poste. Bien sûr je n’étais pas d’accord avec Fabien Galthié parce qu’il ne m’a pas pris. Mais il m’a expliqué sa manière de fonctionner. Avoir des arrières buteurs, ça s’entend totalement dans la construction d’un groupe. » Malgré la déception, il assume sa situation : « J’étais forcément très déçu car c’était vraiment mon dernier objectif en sélection. Je m’étais mis ça en tête pour me stimuler. J’aurais aimé vivre cette aventure en France. Plus tu vieillis, plus tu vis des choses dans ta vie perso et plus tu as envie de les partager avec tes proches et ta famille. Mais ça fait partie des aléas d’une carrière. Quand tu as vécu des galères, des blessures et que tu n’es pas sélectionné pendant un petit moment, tu sais très bien que ça peut s’arrêter à tout moment. Tu prends les choses différemment. »
Un autre épisode difficile reste en mémoire : la faute de relance en 2021 contre l’Écosse, qui avait coûté la victoire aux Bleus en toute fin de match. Brice Dulin en parle sans regret mais avec lucidité : « J’étais déçu parce que ça provoque notre défaite. Je le regrette mais ça ne m’a pas hanté. Quand je pars sur un match, c’est pour le gagner mais surtout pour respecter l’objectif qu’on s’est fixé à ce moment-là. C’était de gagner le Tournoi sur cette rencontre, même si ce n’était plus réalisable à ce moment-là. » Il analyse la décision prise en une fraction de seconde : « Quand je reçois le ballon où je veux tenter le coup, ça se referme et puis la pénalité se retourne contre nous. La prise de décision a été instantanée. Elle est mauvaise parce qu’on perd le match. Ça se joue à une demi-seconde et un soutien qui plonge selon l’arbitre. La seule chose qu’on aurait pu contrôler, c’est de taper le ballon en touche. Je ne l’ai pas fait. On n’aurait pas gagné le Tournoi mais on aurait fini sur une victoire et une saveur moins amère. »
Il raconte aussi avoir revu les images, et le soutien apporté par Shaun Edwards, l’entraîneur de la défense : « Vous vous doutez bien que beaucoup de personnes derrière m’en ont parlé. Shaun Edwards m’avait appelé deux semaines plus tard pour me dire qu’il avait encore revu le match et que ce n’était pas de ma faute et qu’il était conscient de l’état de fatigue dans lequel je pouvais être à ce moment-là. Surtout qu’on avait pris un carton jaune (Baptiste Serin, 74e) et que j’avais occupé le poste de 9. Mais je ne rejette la faute sur personne. J’ai pris une mauvaise décision. »
Au-delà de cet échec, Dulin affirme ne pas avoir sombré dans les regrets lors de sa longue période sans sélection entre 2021 et 2023 : « Non, pas du tout. Si tu t’arrêtes sur une action qui pourrait te coûter ta place, il faut arrêter le rugby. Cette défaite ne m’a pas traumatisé. Elle n’a pas bridé mon envie de jeu ni celle de prendre du plaisir sur le terrain. J’ai vraiment relativisé sur les cinq dernières années de ma carrière sans faire attention au reste. À cette époque-là, mon fils avait deux ans. Que je gagnais ou que je perdais, j’avais le sourire à la maison. Ma carrière n’a pas été linéaire ni homogène en équipe de France. Mais grâce à cette remise en question, j’ai pu vivre des moments extraordinaires avec La Rochelle. Franchement, je suis conscient de la chance que j’ai eue, et notamment de revenir en sélection pour partager un petit bout d’aventure avec cette dernière génération. Je me suis régalé même si j’avais un genou en moins. »
Brice Dulin tire ainsi un bilan lucide et apaisé de sa carrière internationale, nourri par ses expériences, ses réussites et ses échecs, toujours avec la passion intacte pour le rugby.







