Mickaël Guillard : “J’avais les crocs” pour décrocher le Tournoi des Six-Nations
Le deuxième ligne international français Mickaël Guillard s’est livré au journal L’Équipe après le sacre des Bleus dans le Tournoi des Six-Nations. Auteur de prestations remarquables avec le XV de France, le joueur du LOU Rugby est notamment revenu sur la pénalité décisive inscrite par Thomas Ramos dans les toutes dernières secondes de la rencontre face à l’Angleterre.
« J’ai commencé à sprinter au cas où malheureusement elle ne serait pas passée ou si le ballon avait tapé le poteau mais j’ai compris tout de suite qu’il l’avait réussie. Je cours vers Thomas et je lui saute dessus avec les gars pour célébrer. Mentalement il fallait être costaud mais lui est toujours imperturbable dans les moments cruciaux. Il est vraiment impressionnant », confie Guillard.
Un bonheur intense après une épreuve douloureuse
Le deuxième ligne relate l’émotion profonde qui a envahi le groupe après ce triomphe, au lendemain d’une lourde défaite en Écosse (50-40) qui avait laissé des traces. « Un bonheur incroyable parce qu’on est allé se la chercher. On voulait se remobiliser après la déconvenue en Écosse qui nous avait fait très mal à la tête. On n’avait pas existé. Ça ne ressemblait pas à cette équipe de France qui n’avait encaissé que 34 points sur les trois premiers rendez-vous du Tournoi. Contre l’Angleterre, on savait qu’on avait juste à gagner pour remporter la compétition », explique-t-il.
Malgré la physionomie difficile du match, Guillard est resté serein : « Ce n’était pourtant pas évident vu la physionomie de la rencontre mais je n’ai pas eu peur. J’étais même serein car je savais qu’on était capables d’aller chercher cette pénalité de la gagne. On rentre dans l’histoire même si on aurait bien sûr aimé réaliser le Grand Chelem. C’est une frustration et un petit regret mais ça arrive de passer à côté d’un match. Malheureusement, ça s’est passé à Murrayfield. »
Une victoire riche de sens, marquée par une pensée pour Uini Atonio
Pour Guillard, cette victoire revêt une saveur particulière, notamment parce qu’elle fait suite à son premier Tournoi, remporté en 2025. « En 2025, elle était encore plus forte puisque c’était mon premier Tournoi. Contre l’Angleterre, elle était plus intense vu le scénario avec énormément de soulagement pour tous ceux qui ont participé à cette aventure. J’ai d’ailleurs une grosse pensée pour Uini (Atonio) qui aurait dû être avec nous. Ce qui lui est arrivé m’a marqué (un accident cardiaque qui l’a contraint à raccrocher). Il était le papa du groupe, toujours à faire des blagues et à rigoler. Et du jour au lendemain, il a dû arrêter sa carrière. Ça fait réfléchir. On se dit qu’il faut d’autant plus savourer ces victoires. »
Deux Tournois, deux titres : la fulgurante ascension de Guillard
Avec deux victoires en deux Tournois disputés, Mickaël Guillard savoure sa réussite à la fois collectivement et personnellement. « (Rire) C’est clair que j’ai de bonnes stats et j’espère que ça s’arrêtera le plus tard possible. C’est complètement fou d’avoir réussi ce doublé. Je mesure le chemin parcouru depuis cinq ans lorsque j’ai découvert le Top 14 (fin 2021) puis l’équipe de France (en juillet 2024). C’est allé vite. J’ai toujours rêvé de faire ce métier et j’ai la chance de bien gagner ma vie. D’autres ont des boulots bien plus durs et ont du mal à finir les fins de mois pour nourrir leurs familles », souligne-t-il.
La présence parmi ses proches lors du match face à l’Angleterre a rendu ce moment encore plus fort. « Ce que je vis est incroyable. Pour la première fois, mon meilleur ami (Fabien Witz, joueur de Chambéry) était même présent pour me voir jouer avec l’équipe de France. On sait à quel point on s’adore tous les deux depuis tout gamin. C’était génial qu’il soit là et je lui ai donné mon maillot. J’avais le sourire jusqu’aux oreilles et je voulais partager mon bonheur avec tous mes proches qui étaient dans les tribunes. »
Toujours souriant, mais combatif sur le terrain
Guillard explique que son sourire constant reflète son approche décontractée du rugby. « Oui, j’ai toujours la banane. Je suis quelqu’un de très décontracté. Le rugby reste un plaisir. Ça m’est déjà arrivé de vouloir me mettre de la pression par le passé et ça m’a complètement fait déjouer, comme contre l’Écosse l’an dernier (victoire 35-16). C’était ma première finale du Tournoi et j’étais passé à côté. Je l’ai aussi bossé avec un préparateur mental. J’ai mes petites routines maintenant. J’aime déconner avec Rodrigue (Neti), Manny (Meafou), Peato (Mauvaka), Yoram (Moefana) et Georges-Henri (Colombe). On traîne tout le temps ensemble. J’ai toujours été un vrai gentil et je ne changerai jamais. Je suis heureux et je veux le bonheur de tous ceux qui m’entourent. »
Mais dès qu’il enfourche le terrain, son tempérament s’enflamme. « Il suffit que je mette des crampons, un short et un maillot. J’enfile mon costume. C’est là que mon alter ego du Micka sur le terrain apparaît. Il exprime toute sa rage et son envie. Lorsque je suis arrivé à Massy (en 2017), j’ai réussi à faire ce switch avec une double personnalité entre le joueur et l’homme, avec deux caractères différents. »
Une gestion responsable de la concurrence
Lors du dernier match contre l’Italie, Guillard a laissé sa place de titulaire à Emmanuel Meafou. Il revient sur l’annonce faite par le sélectionneur Fabien Galthié : « Fabien Galthié avait été très clair. Il est venu me voir en me disant : ‘Ce n’est pas du tout une punition mais j’ai envie de partager les temps de jeu avec Manny Meafou.’ On enchaînait un troisième match d’affilée en autant de semaines. Le staff a voulu gérer et il a bien fait car les performances de Manny comme les miennes ont toujours été à la hauteur mise à part celle à Murrayfield où j’ai raté mon match. Tant que je suis sur la feuille de match, je suis content. Je ne cherche pas le pourquoi du comment et je ne me plains pas. »
Apprendre de ses erreurs
Interrogé sur sa prestation décevante contre l’Écosse, Guillard se montre lucide : « Ça ne m’a pas mangé le cerveau mais je n’étais pas du tout satisfait de moi à cause de toutes les erreurs bêtes que j’avais commises. Mais il fallait apprendre comme après n’importe quel échec. Je les ai analysées et je suis reparti de l’avant pour l’Angleterre. J’avais les crocs. En sortant du banc, je devais insuffler un nouveau souffle à l’équipe qui vacillait un peu à ce moment-là. Et je suis content de ma performance. »
À seulement quelques années de son entrée dans le grand bain du rugby professionnel, Mickaël Guillard affiche déjà une maturité et une ambition qui augurent d’un avenir prometteur avec le XV de France.







