Le procès en appel des trois anciens rugbymen de Grenoble, accusés de viol en réunion, s’engage dans une phase déterminante à Bordeaux. Après la deuxième journée marquée par les témoignages de figures du monde du rugby, la défense a ouvert ses hostilités.
Me Denis Fayolle, avocat de Rory Grice, propose une interprétation radicalement différente des faits survenus en mars 2017 dans un hôtel de Mérignac, contestant point par point la version retenue lors du premier procès.
### Juger des hommes, pas un sport
Pour l’avocat marseillais, ce procès ne doit pas devenir une attaque contre le rugby. « Le but de notre défense, c’est bien de faire comprendre que la cour d’assises ne juge pas, comme certains voudraient le faire croire, le rugby. Le rugby n’est pas accusé contrairement à ce que voudraient faire croire certaines parties civiles. Nous ne faisons pas le procès des dérives du rugby, même si certains aimeraient faire une globalisation. Moi les globalisations me dérangent parce qu’on ne juge pas le rugby, on juge des hommes », affirme-t-il dans un entretien accordé à Midi Olympique.
Me Fayolle insiste également sur la singularité des accusés : « D’ailleurs on ne juge pas un pack, on juge trois hommes avec leurs différences, leur singularité. Et donc cette vision de vouloir tout amalgamer pour faire le procès du rugby me gêne. Parce que la responsabilité pénale est individuelle, ce n’est pas le rugby qui est accusé, ce sont trois hommes qui sont accusés. »
### Une version des faits contestée : « Elle n’était pas inerte »
Le cœur de la défense repose sur l’état de la plaignante à l’arrivée de Rory Grice dans la chambre. Contrairement à l’image d’une jeune femme inconsciente, Me Fayolle évoque une réalité différente. « Il faut prendre le temps de regarder ce dossier, ne pas se contenter des caricatures qui sont faites ici ou là, et des éléments qui ont été distillés de manière unilatérale en en occultant d’autres, qui certainement, conduiraient à une vision beaucoup plus, comment dire, nuancée », développe-t-il.
Selon l’avocat, son client est arrivé tardivement et a vu une jeune femme loin de l’état décrit par l’accusation : « Lui, il ne voit pas cette jeune fille-là. Il va voir une jeune fille beaucoup plus proche de l’état où on la voit repartir de l’hôtel le lendemain quand elle est à la réception, c’est-à-dire quelqu’un qui ne présente aucun signe du reste manifeste, qui est capable de textoter sur son portable, qui se tient debout parfaitement, qui marche tout à fait normalement. Bref, quelqu’un qui n’est manifestement pas en état d’alcoolisation évident, contrairement à ce qu’on a dit. »
### La vidéo au centre des débats
La défense s’appuie notamment sur les procès-verbaux d’une vidéo de la scène. Me Fayolle affirme que les images contredisent la thèse de l’inconscience : « S’agissant de la fellation dont il a bénéficié, nous nous basons sur une vidéo qui sera présentée au cours des débats. Même des enquêteurs ont indiqué dans le procès-verbal de retranscription de cette vidéo que la jeune femme avait des mouvements parfaitement coordonnés. Il est faux de faire croire que cette jeune femme serait inerte, comme on a voulu le faire croire. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas la réalité montrée par cette vidéo. »
L’avocat se montre confiant dans les observations de l’officier de police judiciaire (OPJ) : « Quand un OPJ voit une jeune femme inerte, il le dit. Quand il écrit qu’une jeune femme est réduite au rang de poupée de chiffon, il le dit. Quand en revanche, il s’agit qu’il y a à la fois, d’autre part, des mouvements coordonnés, une fellation pratiquée avec la main qui accompagne d’autres gestes et des gémissements. Ce sont, là encore, des propos qui sont tenus par un officier de police judiciaire, pas par un avocat de la défense. »
### La critique du premier procès
Enfin, Me Fayolle dénonce le contexte du premier procès, qu’il estime influencé par l’actualité judiciaire de l’époque, notamment l’affaire Pélicot, ainsi que par un manque de respect à la présomption d’innocence de la part de certains magistrats.
À l’inverse, il loue le comportement des dirigeants de clubs venus témoigner : « Les intervenants ont été remarquables. […] Ils ont montré peut-être qu’ils accordaient plus de valeur aux principes de la présence ou de l’innocence, que certains magistrats. Je pense notamment au procès de Bordeaux, où des magistrats se sont étonnés, ils ont même reproché manifestement à des dirigeants d’avoir employé des joueurs qui étaient accusés. À mon sens, c’est déjà considérer qu’ils étaient coupables et c’est très inquiétant. »







