Le troisième ligne international français Paul Boudehent s’est livré sans détour dans les colonnes de L’Équipe, dévoilant les coulisses de ses récentes adaptations tactiques au sein du Stade Rochelais.
Cette saison, le joueur tricolore a souvent été repositionné en deuxième ligne, un rôle qu’il occupe par nécessité plus que par choix. Aligné avec les Girondins de l’UBB à son poste de prédilection en troisième ligne, il a retrouvé ses sensations et savoure pleinement ce retour : « Honnêtement, j’étais très content, parce que c’est mon poste avant tout. J’ai quand même terminé deuxième-ligne en fin de match. Je suis content de dépanner. Tant que je suis sur le terrain, c’est le plus important. Après, j’estime que là où je suis le meilleur, là où j’aide le plus l’équipe, c’est en troisième ligne. En deuxième ligne, je ne fais que dépanner. »
Malgré sa polyvalence, le changement de poste n’est pas sans difficulté. « Là, ce week-end, j’ai eu des mauvais réflexes par exemple. Des trucs tout cons. J’ai été un peu aspiré au centre du terrain, là où normalement, je dois être davantage dans les couloirs, sur les extérieurs. Il y a des moments où je me suis dit : ‘Attends, je joue troisième-ligne aujourd’hui, il faut que je reste là !’ J’avais tendance à vouloir enrouler fort, dans le sens. Je me suis fait la réflexion trois ou quatre fois pendant le match. » Il souligne ainsi les différences majeures entre les deux postes : « Ce sont quand même deux métiers différents. Mais tu peux avoir des joueurs capables de faire les deux. Il y en a plusieurs au club. Cette saison, ceux qu’on a le plus vus faire la navette, c’est Judicaël Cancoriet et moi. Dans le sens inverse, Ultan Dillane, Charles Kante Samba et Kane Douglas, de manière plus exceptionnelle, peuvent le faire. Pour passer de troisième à deuxième ligne, il ne faut pas être trop léger. Tes piliers vont le sentir en mêlée. Après pour sauver les meubles, tu peux mettre n’importe quel troisième-ligne en deuxième ligne, mais ce n’est pas l’idéal. »
Le poids et la taille entrent en jeu dans ce choix de repositionnement : « Des mecs de 2 m et 120 kg, ça ne court pas les rues. Alors que des mecs de 1,90 m à 110 kg (lui fait 1,92 m pour 107 kg), tu en as cinq fois plus. C’est ce qui pousse les entraîneurs à faire ce choix. Si tu veux un bon numéro 4 JIFF (issus de la filière de formation française), ce n’est pas évident parce qu’ils sont tous sous contrat. Quand tu veux en recruter un, ça devient tout de suite très compliqué. C’est pour ça qu’il y a des changements de postes qui sont un peu forcés. »
Au-delà de la troisième et deuxième ligne, Boudehent avoue que le poste de centre pourrait être une solution d’urgence : « Techniquement, je peux jouer centre. Mais là, c’est vraiment sauve-qui-peut ! Si je commence à basculer à ce poste, c’est qu’il y a eu 4 blessés, 8 commotions, et c’est vraiment la guerre derrière. (Rire.) » Il voit dans la polyvalence un avantage stimulant : « Tous ces changements de postes, je trouve ça génial parce que ça te sort un peu de la monotonie. Sinon tu fais tout le temps un peu la même chose, toutes les semaines. C’est comme un bol d’air frais. Les courses, tu les fais différemment, tu ne réfléchis plus de la même manière. Ça te stimule. Évidemment, je préfère jouer troisième-ligne. Mais quand je changeais, que je passais à l’aile ou au centre, j’étais trop content. »
Conscient de son rôle au sein du club qui l’a formé, il confie : « J’estime que j’avais comme un devoir de reconnaissance envers le club. Quand je suis arrivé à La Rochelle (en 2017), honnêtement, je n’avais pas le niveau. Le staff, en espoir, puis en pro, a été très patient avec moi, parce que je n’étais pas forcément le plus simple à gérer. Ils ont pris le temps, ils ont persévéré à vouloir me former. Alors qu’ils n’étaient pas obligés de le faire, ils ont fait le choix de me garder. Cette année, si j’avais voulu penser qu’à moi, j’aurais refusé de jouer deuxième ligne. Mais le club avait besoin de moi. Le Stade Rochelais m’a beaucoup donné. C’était le moment de rendre. »
Enfin, évoquant son absence lors du dernier Tournoi des Six Nations, il confie sans détour : « Ouais… C’est dans un coin, on va dire. Je préfère y aller par étapes, prendre les week-ends les uns après les autres. Je vais tout faire pour être prêt. Mais je ne fais pas de plan sur la comète. Si ça doit se faire, ça se fera. J’ai eu pas mal de pépins physiques cette année. J’ai enchaîné deux blessures en janvier (cervicales) puis en mars-avril (genou). Entre-temps, il y a eu le Tournoi des Six Nations où j’étais avec les copains à Marcoussis mais sans participer… Là, ça a été vraiment, vraiment dur. J’ai ressenti énormément de déception… »
Paul Boudehent, fidèle à son club et lucide sur sa carrière, incarne la figure du joueur adaptable, prêt à tout pour soutenir son équipe, tout en nourrissant ses ambitions.







