Le Parquet national financier (PNF) prépare une offensive judiciaire majeure dans l’affaire des marchés publics liés à l’organisation de la Coupe du monde de rugby 2023. Au-delà du dossier des « 733 places », une vingtaine de personnes pourraient être poursuivies pour favoritisme, complicité et recel.
Au cœur de l’enquête, dix marchés publics du Comité d’organisation (GIP) dont les attributions auraient été étroitement contrôlées par Claude Atcher, ancien directeur général. Le journal L’Équipe révèle des pratiques troublantes qui jettent une ombre sur la transparence de l’organisation.
Parmi les exemples les plus embarrassants figure la société Be On Coaching, chargée d’animer des ateliers pour les apprentis du programme « Campus 2023 ». Ce marché, d’un montant de 89 000 euros — juste en dessous du seuil officiel de 90 000 euros qui impose une publication publique — présente les traits d’un « arrangement familial ». La société employait Baptiste Atcher, le fils du directeur général, en tant que prestataire. Un mail de mars 2021 révèle Baptiste envoyant un devis à son père, lequel l’aurait transmis au responsable financier en demandant : « On valide ? »
Benoît Rover, ancien bras droit d’Atcher, affirme que ce contrat a été mis en place « à la demande d’Atcher, spécialement pour son fils ». De son côté, Claude Atcher dément tout intérêt personnel, assurant par l’intermédiaire de son avocat que ses décisions visaient uniquement « la réussite de l’événement ».
L’enquête, déclenchée suite à un signalement de l’Inspection générale des finances, met en lumière des pratiques opaques sur une dizaine de marchés totalisant au moins 9 millions d’euros. Ces révélations dessinent un système de favoritisme orchestré en amont, avec des ententes préalables entre acteurs.
Plusieurs cadres financiers et juridiques du GIP confirment avoir reçu des consignes directes pour privilégier certains prestataires. Morgane Mombet, juriste, relate une réunion où « Claude Atcher a modifié le règlement de consultation avec Jérôme Papin pour qu’il corresponde à ce que celui-ci serait en mesure de fournir dans ce marché. Il s’est entendu avec lui sur le prix. » Jérôme Papin a quant à lui « confirmé avoir été présent à cette réunion et confirmé aussi une entente préalable entre lui et Claude Atcher sur la collaboration ».
Ce scandale judiciaire vient ternir l’image d’un tournoi pourtant attendu comme un succès économique. Alors que la compétition devait générer 200 millions d’euros de bénéfices, elle s’est finalement soldée par un déficit de 57 millions d’euros. Le PNF souligne des « atteintes graves au principe d’égalité de traitement des candidats », notamment dans le marché de la billetterie évalué à 7,9 millions d’euros. Un conflit d’intérêts « patent » est reproché à Matthieu Blondeaut, sans que les sociétés partenaires soient pour l’instant poursuivies.
Claude Atcher, qui qualifie ses anciens collègues de « menteurs pathologiques », devra désormais répondre de ces accusations de favoritisme. Ce dossier vient s’ajouter aux soupçons de corruption et de prise illégale d’intérêts déjà pesant sur lui, marquant un héritage judiciaire amer pour l’organisation de ce Mondial de rugby.







