Près de deux ans après la mort tragique de Medhi Narjissi, emporté par une lame de fond en Afrique du Sud le 7 août 2024, une avancée judiciaire majeure vient d’être franchie. Ce vendredi 24 avril, la Fédération Française de Rugby (FFR) a été mise en examen pour homicide involontaire, à l’issue de l’audition de son président Florian Grill au tribunal d’Agen.
Initialement ouverte pour « disparition inquiétante », l’enquête a été requalifiée en « homicide involontaire » afin d’éclaircir les circonstances de la séance de récupération organisée sur la plage de Diaz Beach, qui a tourné au drame. Pour Me Mathias Chicheportiche, avocat de la FFR, cette procédure est le reflet de la douleur des proches de Medhi Narjissi. Il souligne que l’affaire a profondément bouleversé le milieu du rugby, y compris les équipes fédérales et leur président.
« Cette mise en examen est contestable en Droit », affirme toutefois Me Chicheportiche, précisant que Florian Grill « comprend la colère légitime de la famille et que leurs souffrances les conduisent à cristalliser leur colère vers l’institution ».
Au cœur du débat juridique, la question de la responsabilité de la fédération vis-à-vis des cadres présents lors du drame est cruciale. La défense soutient que les fautes commises ne peuvent être imputées pénalement à la FFR. Selon Me Chicheportiche, « juridiquement, pour engager la responsabilité pénale de la fédération, il faudrait que les fautes aient été commises par des personnes sous l’autorité hiérarchique de la fédération. Ce qui n’est pas le cas. Le fait d’avoir organisé cette baignade, dans ce contexte, est une faute grave qui doit être sanctionnée. Ces personnes ne sont pas sous l’autorité de la fédération. La fédération n’avait aucune forme d’autorité sur elles. »
L’avocat s’appuie notamment sur le code du sport, qui précise que les cadres techniques ne sont pas soumis à un lien de subordination directe avec la fédération.
La défense insiste également sur le caractère « incompréhensible » des décisions prises le jour du drame, estimant qu’elles ont été prises « en dehors de tout cadre officiel ». « La cause directe ou indirecte de la mort de Medhi, ce sont les décisions qui ont été prises sur place. Des décisions d’autant plus incompréhensibles qu’elles n’étaient ni prévues, ni validées, ni autorisées. Je comprends que ce soit inaudible pour la famille, mais, d’un point de vue strictement juridique, on ne peut pas mettre en cause la responsabilité pénale de la fédération dans cette affaire », affirme Me Chicheportiche.
Avec cette mise en examen, la FFR a désormais accès au dossier complet de l’instruction. L’équipe de la défense va analyser l’ensemble des pièces afin de déterminer les mesures à prendre pour défendre les intérêts de la fédération.







