La Ligue Nationale de Rugby (LNR) a tranché : dès la saison prochaine, les clubs du Top 14 devront revoir leur stratégie. Le nombre de changements autorisés pendant un match retournera à huit, abandonnant ainsi la règle des douze remplacements en vigueur ces dernières années.
Laurent Labit, actuel manager de l’USAP, s’est exprimé sur cette décision dans une interview accordée à Midi Olympique. “On s’était habitué à cette règle franco-française qui apportait une forme de confort aux managers. Tu avais moins à calculer puisque tu pouvais changer et faire revenir. Ça enlevait une vraie dimension stratégique aux matchs, au-delà du fait que ça ne préparait pas nos joueurs aux Coupes d’Europe et aux tests-matchs”, explique-t-il.
Si Labit comprend ce retour à huit remplacements, il regrette toutefois que les clubs ne puissent pas inscrire plus de joueurs sur la feuille de match. “J’étais plutôt favorable à ce retour aux huit changements. Mais avec l’idée d’avoir plus de joueurs à disposition, comme c’est le cas au foot. Après tout, on a davantage de gars qui préparent les matchs. J’aurais donc trouvé intéressant d’avoir vingt-huit joueurs sur la feuille de matchs tout en se limitant aux huit changements. C’était dans les préconisations présentées. Je ne sais pas pourquoi ça n’a pas été adopté, peut-être pour des raisons réglementaires ou de Jiff. On était un certain nombre à être en faveur de cette piste.”
Pour lui, cette possibilité aurait apporté une nouvelle couche stratégique, notamment dans la gestion des avants : “Ça aurait amené une dimension stratégique vraiment supplémentaire. Par exemple, au niveau de tes trois talonneurs, tu aurais pu décider, selon la physionomie du match, de miser sur celui qui était plus fort en mêlée ou celui qui lançait le mieux. Tu aurais pu, si tu le voulais, effectuer tous tes changements au niveau de tes avants. Il y a aussi les cas de figure où un joueur revient d’une blessure longue, voire celui où tu veux donner du temps de jeu à un jeune joueur… Avec un banc élargi, tu aurais eu plus de latitude sur la sélection de certains éléments.”
Concernant l’argument médical avancé lors de l’instauration des douze changements, Labit reste sceptique : “La santé des joueurs a été un prétexte pour créer cette règle. Ça fait six ou sept ans (huit ans, NDLR) qu’elle est en vigueur mais nous n’avons jamais eu de retours médicaux pour attester du fait qu’il y a moins de blessés. Quant aux commotions, il y en a même plus. Quand les mecs régénérés reviennent, ça ramène de la dureté dans les impacts. Comme au niveau international, ça va remettre de l’incertitude en amenant de la fatigue, en créant des espaces. Il y a qu’à voir le nombre de rencontres internationales qui se jouent dans les dix dernières minutes.”
Enfin, le manager toulousain anticipe un impact important sur la composition des effectifs : “Au-delà de l’approche des matchs, ça va impacter l’approche des effectifs. On va encore plus rechercher de la polyvalence avec des éléments capables d’être aligné aux trois postes de la première ligne, avec des 9-10 ou des 10-15… Les polyvalents vont être encore plus précieux sur la feuille de match. Jusqu’à présent, avec les douze changements et le « rentrer-sortir », tu pouvais t’adapter comme tu l’entendais. Ce ne sera bientôt plus le cas.”
Ce retour aux huit changements marque donc un tournant pour le Top 14, mêlant enjeux stratégiques et gestion des effectifs dans un championnat toujours plus exigeant.







