Entendu plus de trois heures par la juge d’instruction Agnès Navarro à Agen, Florian Grill, président de la Fédération française de rugby (FFR), a réaffirmé sa ligne de défense dans l’enquête portant sur le drame du 7 août 2024 en Afrique du Sud, qui a coûté la vie au jeune joueur Mehdi Narjissi.
Malgré la mise en examen de la FFR pour homicide involontaire, Florian Grill rejette toute responsabilité institutionnelle dans cette tragédie. Selon lui, comme le révèle le journal *Sud-Ouest*, les décisions ayant mené à cet accident fatal relèvent exclusivement des encadrants présents sur place lors du stage de l’équipe de France U18.
**Une audition sous haute tension**
Le 24 avril, dans les locaux du palais de justice d’Agen, l’audition de Florian Grill s’est déroulée dans un climat tendu. À l’issue de cette longue déposition, la fédération demeure mise en examen, le juge estimant que des éléments sérieux laissent envisager une possible responsabilité. Une position contestée avec force par le président et son avocat, qui plaidaient pour un statut de témoin assisté.
**Une responsabilité renvoyée au terrain**
Face aux questions de la magistrate, Florian Grill est resté inflexible. Il soutient que le drame s’explique par des décisions locales, prises par le préparateur physique, qui avait organisé une séance de récupération sur une plage réputée dangereuse, ainsi que par le manager de l’équipe, qui ne s’y serait pas opposé. « Sa disparition s’explique par les décisions prises sur place », affirme-t-il, excluant toute implication de la fédération ou de la direction technique nationale (DTN).
**Le rôle de la DTN au cœur des débats**
Pour justifier sa position, le président de la FFR renvoie vers la DTN, qu’il considère responsable des décisions opérationnelles, des normes de sécurité, de la validation des stages et de la composition du staff. Il rappelle également que la DTN dépend hiérarchiquement du ministère des Sports, soulignant qu’il n’exerce pas d’autorité directe sur cette instance.
Cette lecture fait cependant débat. Dans un rapport publié en novembre 2025, la Cour des comptes affirme au contraire que le président de la FFR détient une autorité fonctionnelle sur la DTN, remettant en question la délimitation des responsabilités avancée par Florian Grill.
**Des éléments qui fragilisent la défense**
L’enquête révèle plusieurs faits susceptibles d’ébranler cette ligne de défense. La FFR apparaît en effet impliquée à différents niveaux dans l’organisation du séjour en Afrique du Sud : c’est elle qui signe les convocations des joueurs, finance le déplacement, organise la logistique et établit le programme officiel. De plus, plusieurs membres du staff sont des employés de la fédération. Ces éléments soulèvent des interrogations quant au cadre global du stage et à une éventuelle responsabilité indirecte de l’instance.
**La question cruciale du cadre de sécurité**
Au cœur de l’instruction, se pose une question déterminante : la FFR avait-elle mis en place un cadre de sécurité suffisant pour encadrer un groupe de mineurs à l’étranger ? La juge d’instruction s’est particulièrement penchée sur la présence d’une activité piscine dans le planning, alors qu’aucun encadrant ne disposait d’une qualification de surveillant de baignade. Florian Grill minimise ce point, affirmant qu’« aucune activité aquatique n’était initialement prévue ».
**Une ligne de défense maintenue**
Malgré ces éléments, le président de la FFR reste droit dans ses bottes. « Ce n’est pas mon style de ne pas assumer mes responsabilités […] mais je ne vois pas la moindre responsabilité de la FFR ou de la DTN dans cette disparition tragique. Si j’en avais eu une, j’aurais été le premier à le dire mais, en mon âme et conscience, je ne vois pas la moindre responsabilité », insiste Florian Grill.
L’enquête se poursuit pour déterminer si cette position tiendra face aux preuves ou si la responsabilité sera finalement étendue au-delà des seules décisions prises sur le terrain.







