Aujourd’hui, Barnabé Massa s’impose comme l’un des visages du renouveau de l’ASM Clermont Auvergne. Pourtant, derrière cette ascension fulgurante se cache un passé loin des exigences du rugby professionnel. Il y a seulement quelques années, le talonneur clermontois était encore très éloigné des standards du haut niveau… au point de consommer des McDonald’s en cachette.
Dans un portrait réalisé par Midi Olympique, de nombreux détails émergent sur le parcours atypique de Massa.
### Des débuts loin des exigences du haut niveau
Avant d’exploser au plus haut niveau, Massa était un joueur au talent naturel mais brut, notamment dans sa gestion quotidienne. Selon son ancien entraîneur, Nicolas Bonnet-Gros, il était parfois dépassé par les contraintes du métier :
« Babé, c’était un troisième ligne, au départ. Il lui a fallu apprendre à lancer et pour ça, on a réalisé un gros travail sur la tenue du ballon, le positionnement de ses doigts. Mais ensuite, ce qu’il a fallu lui faire comprendre, c’est que pour bien lancer, si tu n’es pas lucide en situation de match, ça ne marche pas. Il faut savoir qu’à l’époque, son hygiène de vie pouvait laisser à désirer. Une fois la crise sanitaire terminée, il aimait se laisser entraîner dans ses premières bringues valentinoises, se manger un petit McDo en cachette dans les toilettes de Louise-Michel… À 17 ans, on aurait dit un mec qui en avait trente, avec la pampa qui dépassait dans son maillot moulant. Tu le regardais, et tu disais : « Babé, regarde-toi… » Le truc avec lui, c’est que quand tu voyais ce qu’il était capable de ressortir sur le terrain, ça effaçait tout : sa dégaine, son petit ventre… Et ça lui donnait même son charme. Quand tu le regardais droit dans les yeux, et tu savais qu’il ne te « pinerait » pas. Et petit à petit, il a compris que l’extra-sportif était important pour ne pas qu’il se blesse, et pour qu’il puisse aller au plus haut niveau. »
Son coéquipier Marko Gazzotti rappelle également combien Massa était inconstant à l’époque :
« C’était un peu le caméléon à cette époque-là. Il s’était fait une coloration dégueulasse en orange, il se laissait pousser la ventrèche pour mieux la reperdre… Il prenait 15 kg, puis les reperdait, il n’arrêtait pas de faire le yo-yo. »
### Le déclic pendant le Covid
Le vrai tournant intervient pendant la période de confinement liée au Covid-19. Privé de compétition, Massa se lance dans un travail intensif alliant musculation, cardio et répétitions d’efforts :
« On a fait beaucoup de muscu, de cardio (…) ils ont taffé très fort. »
Ses coéquipiers en rient encore :
« Avec Bab’, on était deux criquets. »
En à peine quelques mois, il fait évoluer son corps mais surtout son approche du rugby.
### Une prise de conscience essentielle
Mais ce n’est pas qu’une transformation physique. C’est toute sa mentalité qui bascule. Massa prend conscience que le haut niveau ne se joue pas uniquement sur le terrain, mais que l’hygiène de vie devient une priorité :
« Il a compris que l’extra-sportif était important (…) pour aller au plus haut niveau. »
Les écarts répétés sont désormais derrière lui, laissant place à une discipline indispensable pour franchir un cap.
### Clermont, la confirmation
Son arrivée à Clermont marque une nouvelle étape dans son évolution. Après une période d’adaptation, il s’impose cette saison comme un pilier du pack clermontois.
« Je pense que j’ai mis six mois pour me mettre au niveau mais cette saison, je me régale. »
Dans un collectif en progrès, il trouve auprès de l’entraîneur Christophe Urios un cadre idéal pour exprimer pleinement son potentiel.
### Vers le très haut niveau
Aujourd’hui, la trajectoire de Barnabé Massa a changé de dimension. Appelé dans un groupe élargi du XV de France, il se rapproche du très haut niveau, tout en restant lucide :
« Je m’en doutais un petit peu (…) quand on voit la concurrence (…) il y a des monstres. »
Pour son entourage, la progression est évidente :
« Il n’était pas si loin que ça (…) ça ne me surprendrait pas qu’il y arrive. »
Du McDo en cachette aux portes du XV de France, le chemin parcouru par Barnabé Massa est impressionnant. Un exemple de transformation qui illustre que le talent, couplé à la prise de conscience et au travail, peut mener très loin.







