Florian Grill, président de la Fédération Française de Rugby (FFR), est revenu en détail sur l’affaire Narjissi lors d’un entretien exclusif accordé à Midi Olympique. Il y évoque la gestion de la disparition tragique du jeune Mehdi Narjissi, les critiques dont il a fait l’objet, ainsi que son engagement et ses choix face à cette crise.
Lorsque la disparition de Mehdi lui a été annoncée, Florian Grill a immédiatement contacté la famille. « Quand Olivier Lièvremont m’a appelé pour m’informer de la disparition de Medhi, j’ai d’abord considéré que c’était mon devoir d’appeler moi-même la famille pour les prévenir. Et j’ai ensuite beaucoup échangé avec eux. Après, j’ai pensé, à tort, qu’il ne fallait pas imposer ma présence à leurs côtés en Afrique du Sud. Je me suis trompé et je m’en suis excusé », confie-t-il, assumant aussi que ses maladresses n’expliquent en rien le drame.
Avec du recul, le président admet qu’il aurait dû se rendre sur place : « Avec le recul, je prendrais la décision d’aller sur place et de déléguer le pilotage de la cellule de crise. Mais c’est extrêmement difficile à imaginer… Je pense que personne n’est préparé à une crise de ce type-là. C’est très difficile de trouver le bon ton, les bonnes décisions. »
Florian Grill ne cache pas ses émotions, qu’il considère comme une force plutôt qu’une faiblesse. « Je ne pense pas que mon jugement ait été altéré à aucun moment mais j’assume mes émotions. C’est aussi ce qui fait mon engagement au service du rugby français… Certains vont considérer que c’est une faiblesse ; moi, je considère que c’est une force », déclare-t-il, appelant au respect face à la diffusion d’informations personnelles : « Je voudrais surtout que tout le monde respecte l’instruction en cours. »
Malgré une rupture de contact apparente avec la famille Narjissi, il assure continuer à leur tendre la main : « Depuis le premier jour, je leur tends la main. Je ne vais pas arrêter de le faire. Après, on est dans une période judiciaire. Ce que j’espère, c’est que la justice aille vite. »
Le président détaille également les actions menées pour accompagner la famille : « On a organisé le déplacement de toute la famille sur place, y compris un ami de Djalil. On a envoyé un DTN sur place, parce qu’il n’était pas question que la famille Narjissi y aille seule. On a créé un trophée, organisé un hommage au Stade de France. On a piloté et géré le dossier “assurance” pour le compte de la famille. On a produit très vite un rapport, demandé au départ par la famille, que j’ai partagé avec Djalil à Paris. »
Il parle aussi de l’hommage annuel à Mehdi : « On a organisé un trophée France-Afrique du Sud des moins de 18 ans, pour rendre hommage à Medhi lors des stages en Afrique du Sud. J’ai même accompagné le staff des moins de 18 ans sur place pour une cérémonie sur la plage, où j’ai mesuré à quel point la décision prise ce jour-là était incompréhensible. »
Face aux appels à sa démission, Florian Grill répond fermement. « Ceux qui demandent ma démission ou qui cherchent à faire un parallèle entre la disparition de Medhi et celle de Maagi Jessop le font pour des raisons bassement politiques, pas pour les familles ni pour l’intérêt du rugby français. Ce sont souvent les mêmes qui ont laissé la fédération en déshérence, que nous avons redressée. Ce n’est pas digne d’exploiter ces drames en vue des prochaines échéances électorales. »
Sur le cas de Maagi Jessop, jeune joueur décédé par noyade hors cadre fédéral, il précise : « L’affaire a été jugée, l’encadrant condamné. Le bureau de la FFR a rendu un hommage officiel le jour même, et le comité directeur a été informé par écrit. »
Enfin, Florian Grill avoue avoir envisagé la démission : « Oui, on est plusieurs à avoir envisagé de démissionner. Parce que c’était très dur. Moi, Jean-Marc Lhermet, Sylvain Deroeux… Mais on s’est dit que notre peine était accessoire face à celle de la famille. Notre devoir, c’est de faire face, d’aider la justice à établir les responsabilités, pour que la famille puisse, si possible, faire son deuil. »
À travers cette longue interview, Florian Grill s’est livré avec franchise sur une période particulièrement délicate, marquée par la douleur, la responsabilité et la volonté de soutenir la famille Narjissi tout en défendant son engagement à la tête de la FFR.







