Léa Murie a signé un retour exceptionnel en équipe de France féminine de rugby, mettant fin à quatre ans d’absence marqués par une grave blessure et de nombreuses désillusions. À presque 28 ans, l’ailière du Stade Toulousain a renoué avec le maillot bleu au moment où elle avait elle-même cessé d’y croire.
Ce come-back s’est déroulé lors du match contre l’Italie, au même stade et face au même adversaire qu’en 2019, lors de sa dernière sélection. Un hasard du calendrier chargé d’émotions. « J’avais l’impression de recommencer là où j’avais arrêté. J’étais émue, et de débuter un nouveau chapitre à l’endroit où je m’étais arrêtée il y a 4 ans, c’était fort. Je ne cache pas non plus un certain stress… » confie-t-elle à Actu Rugby.
Et comme pour sceller ce retour en beauté, Léa Murie a inscrit un essai, symbole d’une revanche personnelle qu’elle assume pleinement : « Oui, j’ai pris une revanche. Mais le job premier d’une ailière, outre d’être performante en attaque et en défense, c’est quand même de marquer. J’ai l’impression que cela m’a donné quelques points pour continuer à enchaîner les matchs durant ce Tournoi des 6 Nations et continuer à porter ce maillot bleu. »
Malgré ses débuts prometteurs en 2019, elle avait disparu progressivement des radars du XV de France, sans explications claires. Cette mise à l’écart a été difficile à vivre. « La première année, j’avoue tout de même que c’était une déception personnelle de ne pas faire partie des plans du XV de France », avoue-t-elle. Elle relate aussi la manière décevante dont elle a appris sa non-sélection, par une simple annonce sur les réseaux sociaux, sans appel du staff avec lequel elle avait pourtant des liens : « Cela m’a frustré, car je connaissais le sélectionneur depuis le pôle jeune et France U20. »
Peu à peu, Léa Murie a fait le deuil de sa carrière internationale, se concentrant sur le club : « J’ai décidé de passer à autre chose, que les Bleues c’était terminé, et que je n’avais plus qu’à me régaler en club. »
Mais alors qu’elle tentait de se reconstruire, une lourde épreuve est venue bouleverser sa trajectoire : une rupture des ligaments croisés du genou. Une blessure grave qui l’a tenue éloignée des terrains, la poussant à revoir son rapport au rugby. « Je ne voyais rien venir, je me disais que ça n’allait plus le faire et qu’il y avait une prime à la jeunesse », confie-t-elle. Son objectif s’était réduit à rester compétitive pour Toulouse, sans plus espérer un retour en équipe de France : « Si une nouvelle sélection arrivait, ce serait du bonheur. Mais je ne pensais pas qu’à un certain âge, on pouvait de nouveau être sélectionnée. »
Son improbable retour s’est dessiné lorsque François Ratier, alors sélectionneur, a engagé le dialogue avec elle. Prudente au départ, encore marquée par ses déceptions passées, Léa Murie ne s’est pas emballée. Mais les choses se sont rapidement enchaînées : convocation, stage, puis une place dans le groupe pour le Tournoi des Six Nations et une titularisation contre l’Italie. « Tout s’est enchaîné avec ma présence parmi les 23 pour France-Italie. Assez improbable », confie-t-elle. Face à sa titularisation, l’angoisse a laissé place à la détermination : « Qu’il ne fallait pas que je fasse n’importe quoi et que je déçoive (rires). Je pense que cela a été. Je n’ai pas fait un match dingue, mais j’ai sauvé les meubles on dira… »
Aujourd’hui, Léa Murie se considère transformée, autant mentalement que physiquement. La professionnalisation du Stade Toulousain féminin et surtout les épreuves de sa blessure l’ont fait mûrir. « Je pense que d’être semi-pro en club, ça m’a fait évoluer. Et forcément, je suis plus mature aujourd’hui », analyse-t-elle. Elle rappelle aussi que cette longue rééducation lui a fait prendre conscience de la valeur de sa carrière : « Il y a aussi une Léa différente depuis ma grave blessure à un genou. Elle m’a montré la chance que j’avais de pouvoir pratiquer ce sport à haut niveau. Je suis passée par une longue réathlétisation, du travail dans la souffrance. J’ai profité ensuite à fond. Je pense que cela a été un mal pour un bien. »
Avec ce retour symbolique, Léa Murie incarne désormais la résilience et la persévérance, offrant un message d’espoir aux sportives qui traversent les épreuves.







