Cameron Woki, le héros de l’Union Bordeaux-Bègles, boitait encore après le coup de sifflet final de la finale de la Champions Cup. Le genou bandé et marqué par une douleur intense ressentie en plein match, le troisième ligne avançait pourtant avec le sourire, rayonnant de bonheur dans les couloirs du stade San Mamés. Car malgré la blessure, Woki venait d’atteindre l’objectif pour lequel il était revenu en Gironde : décrocher un titre avec son club de cœur.
« Je suis revenu à Bordeaux pour un titre », a-t-il déclaré avec émotion, mêlant soulagement et fierté après une saison riche en défis personnels. Touché au genou durant la finale face au Leinster, le Bordelais garde pourtant l’épreuve physique à l’arrière-plan. « Ça va, ça va. J’ai eu très mal, une très grosse douleur. Je pense que c’est plus de peur que de mal. J’ai les genoux hyperlaxes, donc je pense que j’ai un peu de chance. Mais j’aurai le temps de faire des examens, de voir avec le médecin, là j’ai juste envie de profiter du moment pour célébrer cette victoire. »
Malgré le bandage apparent, rien ne semblait inquiéter Woki, qui refuse de ménager son genou. « Honnêtement, je ne me soucie pas trop de mon genou. Comme je l’ai dit, je suis revenu à Bordeaux pour un titre, c’est chose faite. Donc aujourd’hui, mon genou passe après. » À la question de savoir s’il allait ralentir les festivités, il répond avec un sourire : « Non. S’il est abîmé, il le sera dans tous les cas. Donc non, je ne vais pas le ménager. »
Cette victoire revêt une dimension profondément personnelle pour le troisième ligne, qui avait connu un départ compliqué de l’UBB quelques années plus tôt. Il confie ressentir une grande reconnaissance envers le club, notamment envers le président Laurent Marti et ses anciens coéquipiers. « J’étais en mission parce que, d’abord, je dois beaucoup au club. Ça a été une énorme opportunité pour moi de revenir. À chaque fois que je croise Laurent, je le remercie. Je lui devais ça. »
La blessure passée rappelle aussi à Woki la nécessité de reconstruire des relations. « Je le devais aussi à mes coéquipiers, parce que je suis parti malgré moi, ce n’était pas ce que je voulais, et j’ai déçu certains d’entre eux. Tout ce que j’ai produit cette saison, c’était pour eux, et pour accomplir mon rêve, celui de gagner un titre avec ce club. »
Sur le terrain, Cameron Woki affirme n’avoir pas fondamentalement changé en tant que joueur. Ce qui a évolué, c’est avant tout son bien-être à Bordeaux. « Comme je l’ai dit à mes proches, c’est quasiment impossible de changer en trois mois. J’ai toujours été le même joueur, mais je n’étais pas heureux. »
Depuis son retour, il retrouve un quotidien épanouissant : « Ici, je suis heureux, et je sais que quand je suis heureux, je joue bien. C’est un plaisir d’aller à l’entraînement tous les jours. Je ne traîne pas les pieds, je suis content de m’entraîner, content de jouer tous les matchs. » Sa conclusion est claire et sincère : « Je n’ai pas changé. J’ai simplement joué avec le cœur, en étant heureux. Et ça, ça ne change pas. »
Sur la finale, Woki est revenu sur la première mi-temps spectaculaire de Bordeaux-Bègles, qui avait pris une avance écrasante de 35-0 avant la pause. « Non, jamais. Surtout après ce qui s’est passé ces deux dernières semaines, à Bayonne ou à Perpignan, où nos entames avaient été compliquées. » Pourtant, le groupe savait parfaitement comment attaquer une défense solide comme celle du Leinster.
Le plan de jeu mis en place reposait sur le travail des avants dans l’axe du terrain. « Oui, il fallait être patient. Il fallait qu’on passe par le centre du terrain pour permettre à nos trois-quarts d’exploiter les zones plus libres. » Selon Woki, l’équipe a suivi à la lettre les consignes de l’entraîneur Yannick Bru. « On a bien maîtrisé cette première mi-temps en appliquant exactement ce que Yannick nous avait demandé. Et ensuite, ça s’est libéré. »
Enfin, le troisième ligne souligne que la force de Bordeaux-Bègles réside dans sa capacité à faire vivre le ballon et à jouer debout. « Et puis il y a aussi notre capacité à jouer debout, à faire vivre le ballon. C’est ce qui fait notre jeu et ce qui nous a facilité les choses. »
Avec cette victoire historique, Cameron Woki et l’UBB ont marqué de leur empreinte la scène européenne, au prix d’un engagement total, sur et en dehors du terrain.







