À quelques jours de la demi-finale du Top 14 opposant Toulouse au Racing 92, Anthony Mette, préparateur mental de plusieurs joueurs professionnels dont Romain Ntamack, lève le voile sur les coulisses de la préparation mentale avant un rendez-vous d’une telle importance.
Le spécialiste affiche une confiance sans faille envers le Stade Toulousain et son ouvreur international. Dans les colonnes de Midi Olympique, il détaille ses méthodes et son analyse.
**Phases finales : une préparation spécifique indispensable**
Pour Anthony Mette, les matchs à élimination directe nécessitent une toute autre approche que celles des rencontres de saison régulière. « C’est une phase de travail particulière parce que les joueurs ne sont pas habitués à jouer des phases finales toutes les semaines. Le côté rare de l’événement fait que leur cerveau a besoin de plus de travail. » Son objectif est limpide : réduire au maximum le stress tout en maximisant la confiance. « On axe sur deux compétences qui sont la recherche de stress le plus bas possible et la recherche de confiance la plus haute possible. Ce sont deux éléments qu’on va essayer de travailler en cumulé. »
Il souligne également l’impact de la fatigue accumulée tout au long de la saison : « Il y a de la fatigue tant morale que physique. Donc, les joueurs sont en recherche de boost, de quelque chose de plus énergisant ou de plus fort. »
**Des méthodes parfois étonnantes**
Pour optimiser l’état émotionnel des joueurs, Anthony Mette n’hésite pas à user de techniques originales. Certaines surprennent : « Pour travailler l’amour, on va mettre un parfum sur la manche qui rappelle l’odeur d’un truc amoureux comme sa femme ou ses enfants. » D’autres sont plus en phase avec le rugby : « Pour la colère, il y a des petites sessions de boxe ou de lutte, plus efficaces au rugby, dans les vestiaires pour se préparer au combat. » L’humour, lui aussi, trouve sa place : « Pour l’humour, c’est une sélection en amont de deux, trois vidéos comiques qui le font rire. »
**Romain Ntamack, un champion à part**
Interrogé sur Romain Ntamack, Anthony Mette ne cache pas son admiration. « De mon regard de préparateur mental, il a vraiment toutes les caractéristiques du champion. » Ce qui distingue l’ouvreur toulousain ? « Il a l’œil, le sentiment de différence et de talent perçu, l’ambition, le parcours de vie et ce petit truc qui fait qu’il va toujours plus loin que les autres. » Et d’ajouter : « Il va toujours chercher le détail, la perfection, l’excellence. »
**Motiver un joueur qui a tout remporté**
Avec déjà plusieurs Brennus, Coupes d’Europe et un Grand Chelem à son palmarès, une question se pose : comment maintenir la motivation d’un tel joueur ? Selon le préparateur mental, un champion doit impérativement se renouveler. « Il faut amener du nouveau dans son quotidien familial, sa routine, son cercle amical, dans sa préparation et il faut aussi qu’il se transforme. » Il compare cette exigence à la situation du champion de tennis Novak Djokovic : « Les bons joueurs restent les mêmes quasiment tout le temps. Les champions se transforment. »
**Faire lever le pied à Ntamack ? Mission quasi impossible**
Au Stade Toulousain, la profondeur de l’effectif permet parfois à certains cadres de souffler. Convaincre Ntamack de lever le pied reste cependant un défi de taille. Anthony Mette reconnaît en riant : « C’est un calvaire (rires) ! » Il explique : « Les joueurs de ce calibre ne veulent pas du tout l’entendre, ils sont contre ça, ils s’offusquent. » Toutefois, l’expérience appelle à une certaine sagesse. « À 26, 27 ans, tu les vois commencer à avoir un peu plus mal, en avoir un peu marre et donc ils acceptent de se relâcher un peu et de ne pas jouer tous les matchs à fond. » L’enjeu est clair : « Ainsi, ils se protègent pour être meilleurs dans les moments plus importants ou dans des matchs couperets comme la phase finale. »
**Les critiques, Ntamack sait gérer**
La comparaison avec Matthieu Jalibert ou les critiques médiatiques ne semblent pas affecter le Toulousain. Son préparateur mental souligne son incroyable capacité d’autogestion : « Romain, il fait ça très bien tout seul et je le trouve même expert là-dedans. » Il précise : « C’est un truc qu’il a mis en place tout seul, justement, en réaction aux critiques et à la difficulté du haut niveau. »
**Une forte prédiction avant les demi-finales**
Enfin, Anthony Mette livre son pronostic sur le parcours du Stade Toulousain vers le Brennus, misant sur l’expérience du club pour faire la différence. « Dans un jeune club comme l’UBB, j’avais observé que le cerveau des joueurs était arrivé à un niveau maximal. Ils ne se projetaient pas au-dessus : après un barrage ou une demie ils n’arrivaient pas à se dire qu’ils pouvaient aller au bout. »
Puis il conclut avec une prédiction qui ne manquera pas de faire réagir : « Pour les Toulousains, cette année, je dirais qu’ils ont 70 % de chances d’être champions ! »







