Avant de retrouver les pelouses de Nouvelle-Zélande, d’Australie et du Japon avec le XV de France, Antoine Dupont s’apprête à replonger dans un hémisphère Sud qui lui laisse un souvenir amer. Le capitaine des Bleus n’y a en effet porté le maillot tricolore qu’une seule fois, lors d’une tournée en Afrique du Sud en 2017, marquée par des défaites cuisantes et de fortes tensions en coulisses.
À seulement 20 ans, le futur meilleur joueur du monde découvrait un environnement hostile, sur le terrain comme en dehors.
### Une tournée charnière pour les débuts d’Antoine Dupont
À l’époque encore jeune demi de mêlée en quête de temps de jeu, Dupont espérait décrocher sa première titularisation après avoir été laissé de côté lors du premier test puis entré en jeu lors du deuxième. Pourtant, face aux journalistes, le Toulousain restait mesuré, témoignant d’une grande humilité, comme le rappelle *Midi Olympique* :
« Je ne sais pas si je vais être dans l’équipe, mais si je joue j’essaierai de jouer ma carte à fond et de profiter du temps de jeu que j’aurai. »
Conscient de la forte concurrence à son poste, il ajoutait :
« Je n’ai pas encore attaqué de match donc j’arrive encore un peu sur la pointe des pieds. Je n’en suis qu’à mes débuts, je suis en phase de découverte […] Il y a deux bons neufs avec moi, et seulement trois matchs à jouer. On n’est pas là pour faire plaisir à tout le monde, les meilleurs jouent. »
Finalement, Guy Novès choisit une fois de plus Baptiste Serin pour débuter la rencontre, reléguant Dupont sur le banc lors du troisième test. Ce choix retardera de longues années son retour sous le maillot bleu en hémisphère Sud.
### Des défaites lourdes et un climat explosif
Sportivement, cette tournée s’avère l’une des plus difficiles de l’ère Novès. Les Bleus enchaînent trois défaites sévères face à une Afrique du Sud alors critiquée. En interne, le constat est dur :
« On s’est fait tuer. Sur chaque impact, ils nous ont tués. »
Au-delà des résultats, c’est l’atmosphère autour du XV de France qui marque durablement. Cette tournée coïncide avec les débuts de Bernard Laporte à la présidence de la Fédération française de rugby. Son bras droit, Serge Simon, s’immisce rapidement auprès des joueurs, au point de provoquer une fracture avec le sélectionneur.
Après une première défaite, Simon intervient directement dans le vestiaire, geste perçu comme une intrusion par Novès. Les tensions sont palpables, si bien que certains surnomment Simon « Don Simone » au sein du staff. Deux clans s’installent, rendant l’ambiance pesante pour les joueurs.
### Le bras de fer Laporte – Novès
La situation se tend encore après le deuxième revers, quand Bernard Laporte décide lui aussi de s’adresser directement au groupe France, exprimant son immense déception :
« Je ne leur parlerai pas de technique, le staff est assez compétent pour ça. Je vais leur parler de l’essentiel du rugby : si on veut gagner, il faut être performant individuellement. Samedi, j’ai vu trop de mecs qui ont failli. Quand tu portes le maillot de l’équipe de France, tu n’as pas le droit de faillir. Ce n’est pas possible (…) Certaines choses sont inadmissibles. »
Novès réplique froidement, rappelant sa primauté :
« Je pense qu’avant de s’exprimer face aux joueurs, il s’exprimera avec moi. Cela paraît logique. On a une relation qui doit être forte. Après, s’il peut amener une valeur ajoutée au système, tant mieux. Mais je vous avoue que ce genre de match se prépare en amont. Pas comme ça, ce n’est pas un simple discours qui transforme un individu. »
Quelques semaines plus tard, les deux hommes affichent un apaisement en public. Novès affirme :
« Il faut dire une fois pour toutes qu’avec Bernard Laporte, nous avons des rapports normaux. Je n’ai absolument aucun problème avec lui. »
Laporte renchérit :
« Je l’ai dit 20 fois, je vais le répéter une 21e fois : Guy Novès sera là jusqu’en 2019. »
Mais la suite de l’histoire prendra un autre chemin.
Pour Antoine Dupont, cette première tournée dans l’hémisphère Sud restera synonyme d’un apprentissage brutal, entre déconvenues sportives et une guerre d’influence qui secouait un XV de France en pleine tourmente.







