Le Stade Toulousain en quête d’une page historique face à Montpellier
Face à Montpellier, le Stade Toulousain ne joue pas seulement un nouveau Bouclier de Brennus. Les hommes d’Ugo Mola visent un exploit majeur : un quatrième sacre consécutif qui les placerait au même rang que la mythique génération des années 90. Mais au sein du club, l’ambition dépasse largement ce seul objectif.
Depuis plusieurs saisons, ce groupe affiche ouvertement sa volonté de « laisser une trace durable dans l’histoire du club et du rugby français ». Fort d’un palmarès déjà impressionnant avec cinq Boucliers de Brennus et deux Coupes d’Europe, le collectif toulousain se nourrit des records établis par ses aînés pour repousser toutes les limites.
Ugo Mola n’hésitait pas à le confirmer récemment dans une interview accordée à RMC Sport : « Oui je pense qu’il en manque! Et heureusement qu’il en manque! Si nous, cela ne nous nourrit pas d’en manquer, qui d’autre va le faire à notre place? Saisir l’opportunité qui se présente à toi pour marquer ton sport, ton club et ta génération, cela ne se reproduit pas tant de fois. » Cette quête dépasse donc largement la simple volonté de décrocher un nouveau titre. En égalant les quatre victoires consécutives entre 1994 et 1997, Toulouse pourrait rejoindre une légende du club.
Au quotidien, l’ambiance est à la compétition face aux anciens, devenus désormais des « adversaires » au tableau des records. Des membres du staff comme Clément Poitrenaud, Jean Bouilhou ou Jérôme Cazalbou, eux-mêmes décorés, n’hésitent pas à taquiner les joueurs actuels, entretenant l’émulation dans le vestiaire.
François Cros soulignait après le troisième titre consécutif décroché face à Bordeaux-Bègles : « C’est sûr que des triplés, c’est très rare. C’était un levier de motivation en effet. Mais il y a eu mieux au club. Et comme on a une génération qui est ambitieuse et qui voit grand… ». Dans le même esprit, Romain Ntamack reconnaissait très tôt que ce défi occupait toutes les têtes : « Évidemment qu’on en a parlé, car ce n’est pas neutre. C’est quelque chose de fort car évidemment aussi qu’en réalisant ce triplé, on savait qu’on allait être titillé sur le quadruplé. On verra si on est en phase finale. Pour le moment, on en rigole, on se taquine avec les joueurs de cette génération-là. Mais on espère atteindre ce qu’eux ont réalisé, c’est l’objectif. »
Un quatrième titre consécutif viendrait ainsi confirmer la mainmise de ce groupe sur le rugby français depuis plusieurs années, installant durablement ce collectif parmi les plus dominants.
Cette dynastie doit également beaucoup à la capacité du club à préparer l’avenir. Le Stade Toulousain continue d’intégrer de jeunes talents, assurant une continuité sportive qui laisse entrevoir la possibilité d’ajouter encore des trophées dans les saisons à venir.
Thomas Castaignède, figure emblématique du Stade Toulousain des années 90, se dit impressionné par ce qu’il voit aujourd’hui : « Franchement, je ne pensais pas que ce soit faisable dans le contexte actuel. Aujourd’hui, la compétition est rude, beaucoup de clubs se préparent bien. Et puis on a une impression de facilité aussi et c’est ça qui est vraiment incroyable. Parce qu’ils jouent tranquillement, sereinement, avec des joueurs très complémentaires à qui rien ne fait peur. »
Selon lui, plusieurs joueurs actuels ont même le potentiel de dépasser les exploits de leurs glorieux prédécesseurs : « Ils en sont capables oui, sans aucun problème. Mais celui qui doit s’inquiéter c’est Jérôme Cazalbou! Avec son nombre de trophées aujourd’hui, parce qu’il y a plusieurs joueurs qui peuvent écrire l’histoire de façon encore plus importante que ce que cette génération ou notre génération avait fait. »
Parmi ces joueurs figurent notamment Romain Ntamack, qui pourrait un jour surpasser le nombre de Boucliers remportés par son père Émile. Le demi d’ouverture assume cette motivation familiale : « Quand j’ai soulevé mon premier, il me disait : ça va, j’ai encore un peu de marge. Il y a deux ans, il me disait : ‘T’en es à la moitié…’ L’an passé, t’en as cinq, ça commence à se rapprocher fortement! Donc évidemment que ce serait un plaisir d’égaler le nombre de Boucliers qu’il a. Mais aussi, avec les mecs qu’on a, qu’on n’ait aucun regret à la fin de notre carrière d’être passé à côté telle ou telle année. »
Pour l’instant, avant de penser aux statistiques, l’arrière Thomas Ramos rappelle que cette génération est encore en plein chantier : « Je pense que quand cette génération s’arrêtera, les gens réaliseront ce qu’elle a réussi. »
Le Stade Toulousain est donc à l’aube d’un tournant majeur : au-delà d’un simple titre, c’est toute une légende qui s’écrit.







