
Le Stade Toulousain a une nouvelle fois écrit une page de son histoire en remportant un quatrième Bouclier de Brennus consécutif. Un exploit exceptionnel que les Rouge et Noir peinent encore à mesurer quelques heures après leur victoire contre Montpellier.
Avant de rejoindre le XV de France pour la tournée estivale, Romain Ntamack est revenu sur ce nouveau sacre dans les colonnes de Midi Olympique. Entre la difficulté de cette saison, la fierté familiale et les ambitions déjà tournées vers l’avenir, l’ouvreur toulousain s’est longuement confié.
Un sentiment de soulagement avant tout
Romain Ntamack explique que l’émotion n’a pas encore totalement pris le dessus après cette nouvelle finale remportée.
« Oui, c’est toujours pareil. À chaque fois, les sentiments sont particuliers et, jusqu’à maintenant, il n’y a pas encore une grosse euphorie. J’ai l’impression qu’il y a un sentiment de soulagement, de joie d’avoir fini la saison. Parce qu’elle était longue, comme toutes. Mais j’ai l’impression que, chaque année, c’est de plus en plus dur, de plus en plus long. Il y a eu beaucoup de fatigue à la fin du match, donc pas une grosse effusion de joie. Mais quand on va prendre un peu conscience chacun de ce qu’on a réalisé, ça va monter crescendo. »
L’expérience du groupe a fait la différence
Pour l’ouvreur, le vécu accumulé dans les grands rendez-vous a permis au Stade Toulousain de résister au retour de Montpellier.
« Je pense que ça a payé en deuxième mi-temps. Même si on a une belle avance au score à la mi-temps, on sait très bien comment ça se passe. On s’était dit qu’il fallait marquer les premiers. On prend un essai à la 41e, donc ce n’est pas l’idéal pour démarrer la deuxième mi-temps. L’expérience des grands matchs, des phases finales, a payé en deuxième mi-temps. On ne s’est pas affolés. Malgré nos erreurs, on est restés soudés. On s’est accrochés, on s’est envoyés, alors qu’on était tous au bout du rouleau, avec une équipe de Montpellier qui poussait. Je pense que le calme qui a été le nôtre sur toute la deuxième mi-temps a fait qu’on a pu garder cette infime avance au score pour l’emporter. »
Il reconnaît également que l’interruption de la rencontre a modifié le scénario de cette fin de match.
« Oui, ça chamboule les plans. Je ne sais pas si ça nous aide à ce moment-là, parce qu’on est dans un gros creux. Mais on essaie de se répéter qu’il reste vingt minutes, qu’il faut tenir. On a une mêlée à 5 mètres qu’on perd en plus. C’était une deuxième mi-temps vraiment très compliquée. Montpellier a poussé très, très fort. On savait qu’ils n’allaient rien lâcher. Ils marquent un peu trop vite en deuxième mi-temps pour ne pas qu’on garde ce matelas plus longtemps. Mais c’est parce qu’ils jouent du rugby. C’est une très belle équipe qui mérite sa place. Ça ne s’est pas joué à grand-chose. Mais on a essayé de tenir notre avance qu’on avait jusqu’au bout. Et on a tenu. »
« Il va falloir en trouver ou en inventer »
Romain Ntamack admet que le groupe n’a pas encore réalisé la portée de ce quatrième titre consécutif.
« Aujourd’hui, il y a vraiment le sentiment du devoir accompli qui prédomine. On réfléchira à ce qu’on a fait, mais je pense qu’on n’arrivera pas à en prendre conscience encore. C’est assez exceptionnel de l’avoir réalisé. »
Il mesure également la difficulté d’accomplir une telle performance dans le rugby actuel.
« C’est compliqué de mettre des mots sur ça. Quatre d’affilée, on ne s’en rend pas compte… Pour chacun de nous, avant de commencer nos carrières, si on nous avait dit qu’on allait gagner juste un championnat, cela aurait déjà été un rêve. Certains de cette génération en ont gagné six, dont quatre d’affilée. C’est indescriptible. Avec un rugby qui est de plus en plus dur, de plus en plus bataillé, des équipes qui sont de plus en plus armées… Jouer sur deux compétitions depuis tant d’années et gagner à chaque fois un titre ou deux, c’est quand même exceptionnel. Je n’arrive pas à trouver les mots pour décrire cette génération. Il va falloir en trouver ou en inventer, je ne sais pas. »
Ugo Mola pense déjà à la saison prochaine
L’ouvreur est persuadé que son manager trouvera rapidement un nouveau défi à fixer au groupe.
« Je ne suis pas inquiet avec Ugo. Cette année, c’était quelque chose. Et je sais déjà exactement ce qu’il va nous dire à la préparation. Il va trouver les mots pour nous motiver. Le groupe restera quasiment le même l’année prochaine. Il faudra encore trouver les ressources. On sait à quel point c’est compliqué. Il n’y a plus de matchs faciles. Il faudra trouver les ressources pour tout ça. Mais on va bien se préparer, bien récupérer déjà. Parce qu’on le mérite. Et on se projettera sur la saison prochaine quand il le faudra. »
Concernant un éventuel cinquième Bouclier de Brennus consécutif, il préfère néanmoins rester prudent.
« Oui, mais c’est tellement dur de se projeter. L’année dernière, on nous disait pareil avec un quatrième. Les saisons sont tellement longues, tellement compliquées… Il peut se passer tellement de choses. On va déjà savourer ça. Ce qu’on a fait, ça reste quand même unique dans l’histoire du Top 14. Ugo nous parlera du cinquième en temps voulu. Mais à la fin du match, il nous disait qu’on en avait encore sous la pédale. Ça veut dire ce que ça veut dire. On sait très bien à quoi s’attendre la saison prochaine (sourire). On va être encore attendus partout. Mais ça, on commence à avoir l’habitude. »
Une émotion particulière dans la famille Ntamack
Ce quatrième titre revêt une dimension encore plus forte pour Romain Ntamack, dont le père avait déjà participé au quadruplé des années 1990.
« Oui, la famille commence à avoir un certain nombre de boucliers. Entre mon frère, moi et mon père. Il n’y a plus de place. Mais c’est génial. Encore une fois, j’ai baigné dans le trophée de mon père. J’ai rêvé de soulever des boucliers et des Coupes d’Europe comme il l’a fait. D’avoir les maillots des finales. Aujourd’hui, c’est moi, c’est mon frère. Et on va essayer de transmettre ça au petit (son fils, NDLR) derrière. C’est juste génial de pouvoir marcher dans les pas de notre père, dans les pas des grandes générations de ce club. Et puis, dans quelques années, les jeunes qui prendront notre place s’identifieront à nous, j’espère. »
Une tournée avec les Bleus pour terminer la saison
À peine le Bouclier remporté, Romain Ntamack va désormais rejoindre le XV de France.
« Ce qui va arriver cet été, ce n’est que du plus. Je suis super content de faire cette tournée-là, de rejoindre le groupe. On verra comment ça se passe. J’espère que la joie qui est la nôtre va amener une certaine forme de bonne humeur, même si je ne doute pas qu’elle soit déjà présente là-bas. »
Malgré une saison éprouvante, il assure avoir encore les ressources nécessaires.
« Oui, on va la trouver. Il restera deux matchs à jouer dans cette tournée. Ça va être des contextes différents. Mais partir là-bas avec le sentiment du travail accompli, c’est quand même autre chose. L’énergie, on va réussir à la trouver, j’en suis sûr. On va fêter ça tranquillement et on va partir lundi. »
Enfin, il a conclu avec une touche d’humour lorsqu’il a été interrogé sur un éventuel surf avec le Bouclier de Brennus en Australie.
« Non, pas cette année. Je ne sais pas si le bouclier rentre dans la soute pour surfer en Australie. Mais ce n’est peut-être pas trop bon de surfer en Australie en ce moment (rire). »







