
Le visage de Matthieu Jalibert résumait parfaitement celui du XV de France au coup de sifflet final. Souriant par moments en repensant à la qualité du rugby proposé, mais également marqué par la frustration d’être passé si près d’un immense exploit, l’ouvreur des Bleus a quitté Christchurch avec des sentiments contrastés.
Auteur d’une prestation de très haut niveau, impliqué sur plusieurs essais et constamment dangereux ballon en main, l’international français estime que son équipe a démontré qu’elle pouvait rivaliser avec les All Blacks malgré un groupe largement remanié et seulement quelques jours de préparation.
Pour lui, cette courte défaite (34-32) doit surtout servir de référence pour la suite de la tournée.
« On est fiers de notre performance »
Si les Bleus repartent avec deux points de bonus, Matthieu Jalibert ne cache pas que la victoire était à leur portée.
L’ouvreur regrette notamment la dernière occasion française, qui aurait pu offrir un succès historique en Nouvelle-Zélande. Malgré tout, il préfère retenir la prestation collective réalisée face aux All Blacks.
Pour Midi Olympique, Matthieu Jalibert insiste sur les nombreux motifs de satisfaction laissés par cette rencontre.
« Il y a d’abord de la frustration parce qu’on n’était pas loin… Mourir à deux points, c’est toujours frustrant. Mais il y a aussi beaucoup de fierté parce que c’est un groupe qui n’avait pas forcément l’habitude de jouer ensemble. On a eu dix jours de préparation, un long voyage. Donc venir faire ce genre de performance, ici en Nouvelle-Zélande face aux All Blacks, ça reste positif. On a eu la balle de match, on ne l’a pas très bien négociée à la fin. C’est ça qui nous laisse un petit goût amer. Mais globalement, on est fiers de notre performance. »
Cette ultime séquence fait d’ailleurs toujours débat. Les Français ont choisi un jeu au pied de pression plutôt qu’une relance à la main, un choix qui n’a pas fait l’unanimité sur le terrain.
L’ouvreur reconnaît que tous les joueurs ne partageaient pas la même opinion.
« Je pense qu’on n’était pas tous d’accord avec ce choix (sourire). Il y avait quelques joueurs qui avaient des fourmis dans les jambes, parce qu’on sentait surtout que quand on arrivait à imposer notre système, il y avait des solutions… Après, je sais que le staff voulait qu’on essaye d’avoir un jeu de pression, parce que c’est vrai que sur la deuxième mi-temps, cette arme nous avait été globalement favorable. Ça aurait pu nous donner un ballon un peu plus loin dans leur camp… C’est comme ça. Malheureusement, on ne pourra pas revenir en arrière. Il faut prendre les deux points qu’on a gagnés aujourd’hui pour continuer à travailler. »
Une attaque qui donne beaucoup d’espoir
Face à l’une des meilleures nations du monde, les Bleus ont inscrit quatre essais et mis en difficulté la défense néo-zélandaise pendant une grande partie de la rencontre.
Pour Matthieu Jalibert, cette réussite offensive est loin d’être un hasard. Il estime que le système mis en place par le staff permet aux joueurs d’exprimer pleinement leurs qualités, même avec peu de temps de préparation.
Le Bordelais est satisfait de ce que les Français ont montré ballon en main.
« Dans une carrière, venir jouer les Blacks chez eux, c’est extrêmement fort mais ça peut parfois être aussi très compliqué. Notre système nous permet d’avoir des solutions sur le terrain, et on a la qualité de joueurs pour trouver des espaces. Avec seulement dix jours de préparation et une équipe qui manquait de repères, on peut être contents de notre jeu offensif. »
Revenu récemment de blessure, l’ouvreur a également retrouvé d’excellentes sensations personnelles.
Il explique avoir profité de son arrêt forcé pour revenir dans les meilleures conditions.
« Avec ma blessure, j’ai coupé pendant six semaines, cela m’a permis de me régénérer et de bien soigner mon mollet. Je sais que ces matchs internationaux laissent de la place à l’attaque et à la qualité des joueurs qu’on a dans notre équipe. C’est mon rôle de donner le tempo du match : forcément, j’aime quand ça va vite. Tout n’a pas été positif mais globalement, on est très contents de notre performance au niveau de l’attaque, ça va nous donner une bonne base de travail pour la suite de la tournée. »
L’international français sait toutefois que plusieurs actions auraient pu changer le scénario de la rencontre, notamment cette pénalité jouée rapidement près de la ligne adverse ou encore plusieurs coups de pied mal récompensés en première période.
Il estime que les Bleus ont laissé échapper plusieurs occasions importantes.
« Cela fait partie de ces actions qui, peut-être, nous auraient permis de gagner le match. On a aussi eu des opportunités en première mi-temps, où je mets deux pieds rasants dans le dos où le rebond n’est pas favorable… Comme je l’ai dit, notre système nous donne pas mal d’options, que ce soit à la main ou au pied. Il faut continuer à travailler comme ça. Je pense qu’on peut être fiers de l’engagement de tous les joueurs, du combat qu’on a proposé ce soir. On a montré une belle image de l’équipe de France. »
Déjà tourné vers l’Australie
Le calendrier laisse peu de place aux regrets. Dès les prochains jours, le XV de France devra préparer son deuxième rendez-vous du Championnat des nations.
Matthieu Jalibert assure que cette succession rapide de matches constitue même un avantage pour le groupe.
L’ouvreur veut rapidement basculer sur le prochain défi.
« Ça va arriver vite, mine de rien… C’est bien, on va avoir besoin de se projeter rapidement. Les tournées d’été, ça va vite mais c’est aussi cool d’enchaîner les matchs. Ça permet de ne pas trop cogiter. »
Satisfait de son état physique malgré l’intensité de la rencontre, il a également livré son analyse sur l’évolution du jeu néo-zélandais.
Il estime que les All Blacks ont fait évoluer leur façon de jouer.
« J’en ai parlé avec Beauden Barrett à la fin du match : je trouve que les Néo-Zélandais ont changé leur façon de jouer. Ils ont beaucoup moins joué au pied que ces dernières années, ils ont tenu énormément le ballon. Sur les séquences longues, physiquement, on a été en difficulté en défense. Quand les conditions permettent de tenir le ballon, au niveau international, ça permet souvent aux attaques de trouver des solutions. Ça a été pareil pour eux, d’ailleurs… Je pense que c’était un match plaisant à regarder au niveau de l’attaque. »
Malgré la défaite, Matthieu Jalibert est convaincu que cette prestation laissera des traces positives.
Le demi d’ouverture refuse toutefois de parler de message envoyé aux adversaires.
« Je ne sais pas si on veut envoyer un message. En tout cas, nous, on se prépare toujours pour rendre la meilleure copie possible. On veut toujours gagner les matchs. Après, les gens se feront les conclusions qu’ils veulent… Nous, on est déçus parce qu’on est des compétiteurs et qu’on sentait qu’on avait les clés pour pouvoir le faire. Malheureusement, on meurt à deux points… Mais je pense qu’on est prêts pour enchaîner contre l’Australie. »
Même sans avoir créé l’exploit, les Bleus repartent donc de Christchurch avec de solides certitudes. Et Matthieu Jalibert en est persuadé : ce premier rendez-vous constitue une base de travail très encourageante pour la suite de la tournée.







