
Ils ne marquent pas d’essais, ne soulèvent jamais de trophées et restent presque toujours loin des caméras.
Pourtant, les agents sportifs sont devenus des acteurs incontournables du rugby professionnel.
Présents dans toutes les négociations importantes, ils accompagnent les joueurs, les entraîneurs et les clubs tout au long de leur carrière, bien loin des clichés qui entourent encore leur profession.
« Ils peuvent faire ou défaire une carrière »
Leur influence est souvent évoquée, parfois exagérée, mais rarement expliquée.
Ancien président du Rugby Club Toulonnais durant douze saisons, Mourad Boudjellal estime que le choix d’un agent peut peser lourd sur l’avenir d’un joueur.
Selon lui, le bon accompagnement est déterminant comme il l’explique dans Midi Olympique :
« Ils ne m’ont jamais imposé mes choix de joueurs, mais je dirais qu’ils font et défont la carrière des joueurs et des entraîneurs. Si un joueur choisit mal son agent, il peut ne jamais faire la carrière qu’il mérite. »
En France, un peu plus d’une centaine d’agents possèdent la licence délivrée par la Fédération française de rugby, mais seule une cinquantaine exerce réellement cette activité à plein temps.
Contrairement au football, ces agents sont rémunérés par les clubs et non directement par les joueurs.
Pourquoi les clubs paient les agents
Cette particularité est propre au rugby français.
Miguel Fernandez, président du syndicat Intervals, rappelle que ce modèle a été voulu afin d’éviter certaines dérives observées dans d’autres sports.
Il revient sur l’origine de cette réglementation.
« C’est un choix voulu par le regretté Marcel Martin, qui ne souhaitait pas que les dérives observées dans le football deviennent le quotidien du rugby. Il voulait contrôler les flux financiers liés aux mutations professionnelles. Président du Biarritz olympique, il avait convaincu les autres dirigeants que ce devait être aux clubs d’indemniser les agents sportifs. »
La rémunération est également strictement encadrée. Elle est plafonnée par le Code du sport, avec une commission dégressive selon le salaire négocié.
Les transferts ne représentent qu’une petite partie du métier
L’image des agents courant d’un club à l’autre pendant le mercato est trompeuse.
Dans le rugby, près de 90 % des contrats vont jusqu’à leur terme. Les véritables transferts restent relativement rares.
Miguel Fernandez explique que les clubs sont souvent à l’origine des mouvements.
« Huit dossiers sur dix sont à l’initiative des clubs, qui nous demandent de trouver une solution pour « libérer » un joueur. »
Il cite notamment le cas de Julien Brugnaut en 2009.
Alors que Bayonne lui promettait un contrat avant de finalement recruter l’Italien Salvatore Perugini, le pilier s’est retrouvé sans solution à quelques jours de la fermeture du marché.
Miguel Fernandez raconte comment son réseau lui a permis de relancer la carrière du joueur.
« J’actionne alors mon réseau pour identifier les clubs susceptibles d’accueillir un pilier qui venait d’obtenir ses premières sélections internationales. En France, le marché est bouché. Le Munster me sollicite, à la recherche d’un pilier gauche de haut niveau. Vingt-quatre heures plus tard, nous prenons l’avion pour Limerick. Les Irlandais ne nous promettent rien. Ils veulent voir Julien, le tester. Les discussions se passent bien, les tests physiques aussi. Soixante-douze heures plus tard, ils nous transmettent une offre. Julien n’en revient pas. Il pensait se retrouver au chômage. Finalement, le revirement de Bayonne lui permet de multiplier son salaire par trois. »
Cet épisode illustre parfaitement une réalité souvent méconnue : derrière les signatures les plus médiatisées, les agents passent surtout leur temps à trouver des solutions lorsque les carrières basculent.







