
Arbitrer un match de Top 14 ne consiste pas uniquement à faire respecter les règles. Pour Kévin Bralley, la mission va bien au-delà du coup de sifflet. Gestion des hommes, dialogue avec les joueurs, pression autour des terrains ou encore acceptation de l’erreur : le Tarnais a construit sa propre philosophie de l’arbitrage au fil des saisons.
Une vision fondée sur le respect mutuel, mais aussi sur la conviction qu’un arbitre ne doit jamais se laisser influencer par le contexte ou par le prestige des joueurs qu’il dirige.
« Nous ne sommes pas là pour bader les joueurs »
S’il évolue chaque week-end au plus près des plus grands noms du rugby français et international, Kévin Bralley assure qu’il ne s’est jamais laissé impressionner par les joueurs qu’il arbitre.
Dans Midi Olympique, l’arbitre explique qu’il considère avant tout les deux équipes sur un pied d’égalité.
« Nous ne sommes pas là pour bader les joueurs. Mon boulot, c’est arbitrer un match de rugby. C’est une équipe d’une couleur contre une autre. Si les mecs sont là, ils ont forcément des qualités. Ils ont aussi travaillé pour évoluer à ce niveau. »
Cette manière d’aborder son métier se retrouve également dans les échanges qu’il entretient avec les acteurs du jeu. Pour lui, l’autorité ne dispense jamais d’un minimum de dialogue.
Kévin Bralley défend une relation basée sur le respect entre l’arbitre et les joueurs.
« J’ai toujours ressenti énormément de respect de la part des joueurs. Et je crois énormément au fait du double respect. C’est-à-dire que nous, on a un pouvoir : l’autorité. In fine, on aura toujours le dernier mot. Mais on ne doit pas outrepasser notre fonction. Tu dois toujours rester à ta place. Affirmer ton statut et certaines choses par moments mais lors de quelques situations, tu peux répondre à un joueur qui te pose poliment une question. Même si ce n’est pas le capitaine. Pour moi, c’est juste normal et naturel. Si tu restes extrêmement cloisonné, ce n’est pas très intelligent. Dans la mesure du raisonnable, il faut des échanges. »
Les tensions viennent souvent de l’extérieur du terrain
S’il comprend qu’un joueur puisse parfois réagir sous le coup de la frustration, Kévin Bralley estime que les situations les plus délicates naissent bien souvent en dehors de l’aire de jeu.
Selon lui, les catégories de jeunes sont celles où les débordements sont les plus fréquents.
« Tu peux, parfois, entendre qu’un joueur s’énerve car il ne comprend pas ta décision ou alors il a commis une bêtise qui met en difficulté son équipe. Encore une fois, tu peux le comprendre tant que ça ne dépasse pas les limites. Mais quand je me trompe, je ne me venge pas sur les joueurs… Vous comprenez ? Nos paroles ne doivent en aucun cas dépasser notre pensée. Ça va dans les deux sens. Il faut tout de même dire qu’il y a très peu de moments où ça se tend. Très souvent, ce sont dans les catégories jeunes qu’il y a le plus de problèmes. »
Au cours de ses premières années d’arbitrage, une scène l’a particulièrement marqué. Alors qu’il officiait encore chez les jeunes, il a dû intervenir après un dérapage sur un banc de touche.
Il raconte la seule fois où il a exclu un entraîneur.
« Oui, et je m’en rappelle très bien. Je n’étais pas encore majeur, c’était ma deuxième année d’arbitrage. À ce moment-là, ma mère m’accompagnait sur mes matchs. C’était un match de phase finale chez les cadets. Un entraîneur d’une des deux équipes a complètement disjoncté. Il a été sur le banc adverse et en est venu aux mains avec un coach adverse. Mais ce n’était même pas lié au match, en fait. Sans aucune raison valable. C’est la seule fois de ma carrière où j’ai exclu un entraîneur. »
Avec le recul, ces expériences ont renforcé sa conviction qu’un arbitre doit rester maître de lui-même en toutes circonstances, sans jamais perdre de vue le respect qui doit exister entre tous les acteurs d’une rencontre.







