
Grand amateur de football, Christophe Urios ne se contente pas de suivre les grandes compétitions. Le manager de Clermont s’en inspire régulièrement dans son métier d’entraîneur et n’hésite pas à analyser les choix tactiques des plus grands sélectionneurs.
Interrogé par Midi Olympique sur le parcours de l’équipe de France lors de la dernière Coupe du monde, le technicien auvergnat a livré une analyse très détaillée. Pour lui, Didier Deschamps s’est éloigné de ce qui faisait la force des Bleus depuis de nombreuses années.
« La meilleure équipe du monde a gagné face à la meilleure sélection du monde »
Avant d’évoquer les choix tactiques de Didier Deschamps, Christophe Urios retient d’abord une phrase prononcée après la rencontre par le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente.
Le manager clermontois estime que cette déclaration résume parfaitement le scénario du match.
« J’ai marqué la réponse de Luis de la Fuente, le sélectionneur de l’Espagne, après le match. « La meilleure équipe du monde a gagné face à la meilleure sélection du monde ». C’est la vérité, en fait. »
Urios reconnaît la supériorité de l’Espagne, mais il regrette également le contexte qui a entouré cette demi-finale.
Certaines prises de parole avant la rencontre l’ont particulièrement agacé.
« Alors, ce qui me gêne là-dedans, c’est qu’ils ont beaucoup parlé avant, parfois de façon un peu déplacée, je pense à leurs politiques, et on s’est fait crever, quoi. Cela me chagrine. »
Christophe Urios estime que Didier Deschamps a changé ce qui faisait sa force
Pour le manager de Clermont, le principal problème ne vient pourtant pas de l’adversaire, mais de l’évolution de l’identité de l’équipe de France.
Il explique pourquoi il ne reconnaît plus totalement la philosophie de Didier Deschamps.
« Et je trouve que ce match n’est pas Didier Deschamps. J’adore Didier Deschamps car c’est le collectif, le don de soi, la rigueur, les leaders, le bloc défensif, les contre-attaques. Et là, on a changé, en fait. Quatre attaquants, des bombes atomiques, tous capables de gagner le Ballon d’or. Le premier match où ils tombent contre une équipe extrêmement prolifique, on se fait crever. »
Selon lui, cette évolution constitue une mise en garde pour tous les entraîneurs.
Christophe Urios estime qu’un coach ne doit jamais s’éloigner de ses convictions.
« Cela m’a tellement déçu. Et c’est cela, le danger d’un coach : à un moment donné, il ne faut pas dévier d’un pouce, ne pas évoluer en fonction de la vox populi, en fonction de ce qui se passe, au potentiel de talent. Et là, je trouve que l’équipe de France a peut-être évolué un peu plus vite que la musique. »
Un parallèle assumé avec Clermont
Cette réflexion ne concerne pas uniquement le football. Christophe Urios révèle qu’il s’est appuyé sur cet exemple pour échanger avec ses joueurs lors de la reprise de l’entraînement.
Le manager de l’ASM a en effet retrouvé de nombreuses similitudes avec une rencontre qui a marqué la saison de Clermont.
Le technicien auvergnat fait un parallèle direct avec la lourde défaite de son équipe face au Racing 92.
« C’est un peu notre match contre le Racing. »
Il développe ensuite son raisonnement.
Pour Urios, son équipe est tombée dans les mêmes travers que les Bleus.
« Le collectif, la préparation, les leaders, la relation au staff, le staff, tout est passé complètement à côté. Complètement. C’est ce que j’ai dit aux joueurs quand on s’est vus à la reprise, c’est que le match France-Espagne m’a rappelé le match du Racing. Non pas qu’on ait les meilleurs joueurs du monde, mais à partir du moment où on a pris des taquets, où ils ont monté l’agressivité, on s’est désunis et on a perdu complètement le fil. »
À travers cette comparaison, Christophe Urios délivre finalement un message qui dépasse largement le football : pour lui, le talent ne suffit jamais lorsque le collectif perd son identité et sa capacité à rester uni dans les moments les plus difficiles.







